Adjidjatou Barry Baud Dimanche, 04 Septembre 2011 14:08
A la suite de l’interview de Bah Oury, de nombreux internautes nous ont demandé de donner la parole à Cellou Dalein Diallo. GuineeActu.com s’est donc approché du président de l’UFDG pour lui poser quelques questions. Voici cette interview au moment du retour de Cellou à Conakry.
GuineeActu.com : Certains ont évoqué une rupture entre vous et Bah Oury. Qu'en est-il, après votre récente rencontre ?
Cellou Dalein Diallo : Je me demande sur quoi les gens se fondent pour annoncer une rupture entre Bah Oury et moi, et, d'une manière plus générale, pour parler de crise au sommet de l'UFDG. Il y avait certes, de part et d'autre, quelques frustrations, contenues ou exprimées, des questions d'intendance et de préséance et surtout de petits malentendus qui ont néanmoins été traités dans la courtoisie et à la satisfaction de l'un et de l'autre. Mais il y avait surtout cette volonté partagée de mettre fin à ces folles rumeurs qui font état d'une rupture effective ou annoncée des deux responsables de l'UFDG. C'est ainsi que nos échanges ont beaucoup plus porté sur les voies et moyens renforcer l'unité et la cohésion de l'équipe dirigeante, d'élargir les bases du Parti et d'améliorer son fonctionnement. A cet égard, on s'est mis d'accord sur la nécessité de veiller au respect des statuts et du règlement intérieur, de renforcer la discipline et d'éviter le bicéphalisme au niveau de la direction du parti tout en restant fidèles aux valeurs et principes républicains de l'UFDG. Notre rencontre qui s'est déroulée dans une atmosphère détendue et conviviale a été plus une réunion de travail qu'une confrontation où, comme l'avait annoncé une certaine presse mal intentionnée, l'un "devait cracher ses 4 vérités" à l'autre.
L’UFDG a fait une déclaration relative à la rencontre entre le Dr Saliou Bella Diallo et monsieur Alpha Condé. Avez-vous quelque chose à ajouter ?
La déclaration est suffisamment claire. Le Président du Parti n'a pas été consulté, ni informé, par Saliou Béla de l'entretien qui était prévu entre lui et le Président de la République. Aucun autre membre du Conseil politique n'a reçu de sa part d'information ou de compte rendu sur l'entretien. Ceci étant, et n'ayant aucune indication sur l'objet de cette rencontre, la Direction nationale du parti a estimé utile de lever toute équivoque en publiant cette déclaration.
Certains disent que les absences de Bah Oury et de Cellou Dalein Diallo favoriseraient le dialogue entre le gouvernement et l'opposition, dont l'UFDG est le principal parti. Qu'en pensez-vous ?
Je ne pense pas que l'absence d'un responsable de l'UFDG puisse gêner ou favoriser le dialogue entre le gouvernement et l'opposition. Au sein du Collectif pour la finalisation de la transition, notre parti est valablement représenté dans toutes les commissions de travail. Nos représentants rendent quotidiennement compte de leurs délibérations au Conseil politique et au Président du parti et reçoivent de ceux-ci des directives par rapport aux positions à défendre au nom de l'UFDG. Actuellement, le Conseil politique se réunit tous les jours, le Bureau exécutif, chaque vendredi et l'Assemblée générale, chaque samedi. Au cours de ces réunions, les militants et responsables du parti sont informés entre autres des activités de la Direction nationale du parti et du Collectif et sont appelés à se prononcer sur les projets de décisions de ces derniers. L'UFDG est bien structurée et ses organismes fonctionnent correctement si bien que l'absence d'un ou de deux responsables n'empêchent pas le parti de prendre des décisions et de mener normalement ses activités. Pour les décisions importantes qui requièrent l'avis du Président, celui-ci est toujours joignable par le téléphone et par le net.
A l'inverse, d'autres considèrent qu'au-delà de vos éventuels différences, y compris sur le plan personnel, le bon sens veut qu'à un moment décisif concernant l'avenir du parti et du pays, l'unité prévale, pour faire aboutir les revendications de l'opposition, et éviter que le régime d'Alpha Condé ne tourne vers une nouvelle autocratie. Pour cela il faut d'abord et prioritairement remporter les législatives. Qu'en pensez-vous ?
Pour remporter les élections, il faut d' abord qu'elles aient lieu. Ensuite, il faut qu'elles soient organisées de manière équitable, libre et transparente. Ce que ne semble pas vouloir Alpha Condé et son gouvernement. Leur tentative de reprendre le recensement des électeurs, de transférer les prérogatives de la CENI au MATAD, la mise en place de délégations spéciales composées de militants du RPG en lieu et place de Conseils communaux et communautaires démocratiquement élus, l'instruction solennelle donnée par le PRG (à Boké) aux gouverneurs et préfets de sortir de leur neutralité pour soutenir le parti présidentiel lors des élections, tous ces actes pris ou envisagés, en violation flagrante de lois de la République, ne visent qu'à créer les conditions d'une fraude massive en faveur du RPG. La priorité pour l'UFDG et les partis du Collectif, c'est d'abord d'obliger le gouvernement à se conformer à la loi en revenant notamment sur les intentions et les actes illégaux ci-dessus énumérés et d'obtenir l'accès des partis de l'opposition aux médias publics et surtout une restructuration immédiate de la CENI afin de faire de celle-ci une institution crédible, efficace et réellement indépendante.
Ces revendications du Collectif ont été présentées au gouvernement dans un mémorandum remis au Ministre de l'Administration du territoire et de la Décentralisation. Nous sommes toujours dans l'attente de la réaction du gouvernement
Bien entendu, nous ne pourrons pas continuer à attendre indéfiniment. Il ne faut pas attendre de remporter les élections législatives pour lutter contre les dérives autoritaires d'Alpha Condé. Il faut s'organiser dès maintenant pour, entre autres, exiger le respect de la constitution et des autres lois de la République, garantir l'égalité en droit des citoyens, obtenir des élections législatives équitables, libres et transparente.
L'UFDG représente au moins 40% des électeurs, ce qui est énorme. Ne faut-il pas sauvegarder cette unité que le régime peut légitimement redouter, pour pouvoir peser, plutôt que de risquer de faire exploser le parti ?
Il n'y a aucun risque d'explosion de l'UFDG. Les militants du parti sont soudés et déterminés à défendre l'unité et la crédibilité du parti. Ses dirigeants sont conscients de la nécessité de maintenir cette unité pour pouvoir contrer efficacement les dérives d'Alpha Condé et œuvrer à l'avènement d'une société démocratique en Guinée. Nos adversaires peuvent toujours essayer d'exploiter nos différences ou nos frustrations éventuelles pour nous diviser. Mais c'est à nous de prouver notre maturité et notre sens de responsabilité en évitant de tomber dans les pièges tendus par les adversaires. Dans tous les cas, nos militants sont vigilants et conscients des enjeux, et ne suivraient aucun responsable du parti qui tenterait, pour des ambitions personnelles ou des intérêts mesquins, de trahir nos idéaux ou de porter atteinte à l'unité et à la cohésion du parti.
Pour l’amour de la Guinée et de son peuple, vous avez renoncé à revendiquer votre victoire volée. Ne le regrettez-vous pas ?
Non, je ne regrette pas parce que mon acte a permis de préserver des vies humaines et d'éviter à la Guinée des violences qui auraient pu déboucher sur une guerre civile aux conséquences incalculables. Par contre, je suis très déçu de la manière dont Alpha Condé gère mon pays. Je m'attendais à ce que "le professeur de droit", conformément au serment qu'il a fait lors de son investiture, s'emploie à respecter et à faire respecter la constitution et les lois de la République et, mieux, à ce qu'il soit l'artisan irréprochable de l'instauration de l'Etat de droit dans notre pays. J'espérais que "le leader historique", qui revendique 40 ans de combat pour la démocratie et les libertés allaient être un défenseur intraitable de ces valeurs. Je pensais qu’Alpha Condé, qui a été à l'origine de l'empoisonnement bidon, attribué arbitrairement à la communauté peule et des violences ethniques qui ont suivi, allait avoir à cœur, une fois installé comme PRG, la réconciliation nationale en tenant un discours et en posant des actes susceptibles de créer l'espoir chez chacun et de rassurer toutes les composantes politiques et ethniques du pays sur sa volonté de garantir l'égalité des citoyens, le respect des droits de l'homme et la défense des principes et règles de la démocratie. Oui, ma déception a été grande de constater que contrairement à ces attentes, Alpha s'est livré à des violations flagrantes et répétées de la constitution et des lois de la République. La nomination du Général Facinet Touré comme Médiateur de la République, la nationalisation sans justification ni indemnisation de la ferme d'Alseini Barry, la dissolution de Conseils communaux et communautaires démocratiquement élus et l'installation à leur place de délégations spéciales composées de membres du parti présidentiel sont des exemples particulièrement édifiants à cet égard. La répression sauvage infligée aux militants de l'UFDG lors de mon retour à Conakry, le 3avril dernier, les instructions données par Alpha Condé de tirer sur la foule et à la Justice de condamner d'innocentes personnes illégalement arrêtées à cette occasion, sont des atteintes graves aux libertés, au droits des citoyens et à l'indépendance de la Justice. Ce qui a le plus indigné nos compatriotes, c'est le refus du gouvernement de faire ouvrir une enquête sur l'assassinat, par les forces de l'ordre, de Zakariaou Diallo et, surtout, l'ordre reçu et exécuté par la Justice de refuser de recevoir la plainte formulée par la famille de la victime. En effet, aucune juridiction de Conakry n'a encore accepté de prendre ce dossier qui comprend, outre la plainte, le rapport d'autopsie et la balle extraite par le médecin légiste du cou de feu Zakariaou Diallo.
Propos recueillis par Adjidjatou Barry Baud
pour www.guineeactu.com
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