Mohamed Diallo Dimanche, 26 Janvier 2014 22:16
Le président de l’AFAG, Baidy Aribot, est de ceux qui pensent que la nomination de ce nouveau gouvernement est sans intérêt pour l’avenir de la Guinée. Il l’a fait savoir dans un entretien qu’il nous a accordé au lendemain de cette restructuration.
L’Indépendant : Baidy Aribot quel commentaire faites-vous de la composition du nouveau gouvernement qualifié par le Chef de l’Etat de « gouvernement de mission » ?
Baidy Aribot : C’est zéro pointé ! Ce gouvernement n’est pas un gouvernement de mission, c’est l’ancien gouvernement qui a été redéployé et puis on a pris les mêmes et on veut recommencer. Ça veut dire que la gouvernance Alpha Condé ne peut rien apporter à ce pays. Franchement, après trois ans d’exercice, nous avons vu le résultat : c’est un recul de la démocratie, des libertés publiques, des droits de l’homme et individuelles. C’est la décadence économique. Franchement, on ne peut rien attendre, ni tirer du gouvernement d’Alpha Condé.
Quelle lecture faites-vous de l’ouverture de la session parlementaire en tant que député ?
C’est une bonne chose pour le pays dans la mesure où la mise en place d’une Assemblée parachève à mi-parcours la transition en République de Guinée en attendant les élections communales et communautaires. Et mieux, je crois que ça va nous permettre quand même de clarifier le débat politique. Aussi, ça permet aussi de peser la recomposition du paysage politique. Donc, toute chose qui nous donne à l’idée des forces politiques en présence dans notre pays et voir comment le débat politique va quand même permettre aux différents acteurs politique de mieux jauger les problèmes ce qui sous-entend des problèmes qui assaillent nos populations, voir comment les résoudre et essayer en fait de faire avancer le débat de manière objective. A ce que quand même, l’exécutif, qui doit appliquer les mesures sur le terrain soit à même de répondre à l’attente de nos populations.
Votre groupe parlementaire a défini ses objectifs et compte apparemment se distinguer. Quelle est la méthode que vous allez utiliser pour ne pas être absorbés par les deux autres groupes parlementaires ?
Vous savez, on a déjà dégagé non seulement nos objectifs, mais on a dit ce pourquoi nous nous battons à l’Assemblée. Cette méthode, comme je vous l’ai dit, ce sera dans les débats démocratiques qui sont instaurés à l’Assemblée et aussi comme on aime souvent à le dire, le terrain va commander l’explication de ses motivations et mieux, nous permettre aussi de défendre ses idéaux qu’incarne notre groupe parlementaire, préparer le pays à l’alternance en 2015.
Justement, comme vous l’avez dit, on assiste à une recomposition du paysage politique de notre pays, comment comptez- vous préparer les élections locales qui pointent à l’horizon ?
A temps, on va répondre à cette question. Mais ce qui est sûr, c’est que c’est le terrain qui va commander.
Et vous irez sous la bannière de l’UFR ou bien de l’AFAG ?
On ne sait pas qui va aller. C’est le parti qui décide. Moi, je suis président de l’AFAG. Pour le moment, l’AFAG n’est pas dissoute et je compte aussi avoir des conseillers communaux. Je vais voir sous quelle couleur partir. S’il y a des alliances politiques qui se tissent dans le futur, on verra ce qui est important pour notre parti, on verra comment nous devons participer à ces élections et sous quelle bannière.
Justement, parlez-nous de cette journée du 21 janvier où il y a eu la passation entre le Conseil national de la transition et la nouvelle Assemblée ?
C’était une passation conviviale. Je crois qu’une institution qui était dite de transition a laissé la place à l’institution légalement installée par le peuple. Il faut maintenant passer aux choses essentielles et aller dans le sens souhaité par nos populations. Donc, voilà aujourd’hui ce que nous avons pu en tirer comme conclusion, c’est-à-dire que les choses se sont passées normalement et on a quand même continué le travail qu’on a commencé depuis l’installation de l’assemblée. C’est-à-dire la mise en place du bureau, des commissions. Maintenant, on va aller vite aux choses essentielles.
Il n’y a pas eu d’incident lors de la passation ?
Non pas du tout. Il ne peut pas y avoir d’incident car ce n’est qu’une passation. L’incident de l’autre jour était dû à une incompréhension qui a été mal gérée et je crois que c’est regrettable, mais on ne reviendra plus sur ça, on ne verra plus ça à l’Assemblée nationale.
Vous avez été élu à l’uninominal à Kaloum et il y a assez de difficultés sur le plan de l’aménagement. Qu’est-ce que vous allez faire concrètement pour soulager ces populations ?
Ce n’est pas moi qui dois faire, c’est à l’exécutif de faire. Moi, je vais essayer de poser le problème de Kaloum et des Kaloumkas à l’Assemblée. Bientôt, je vais entamer une tournée dans les quartiers pour discuter avec les populations, pour comprendre leurs problèmes et avoir leur sentiment par rapport à ce qui se passe, et je vais essayer de faire un rapport qui permettra quand même à l’exécutif et aux ministres qui sont chargés chacun dans le domaine qui le concerne de mettre en place un système qui pourra aider Kaloum, ses problèmes dont vous parlez.
A un moment donné lorsqu’il y a eu des déguerpissements dans certains quartiers de Kaloum alors qu’on préparait le sommet de l’OCI, vous vous êtes opposé au gouverneur de la ville de Conakry, pourquoi ?
Oui, c’est vrai. Je me suis opposé parce que c’était un déguerpissement anarchique. Mieux, ce n’était pas des zones qui étaient concernées par les déguerpissements. Il y avait abus d’autorité. J’ai réagi parce que quelque part, ce n’est pas normal que des pauvres gens qui cherchent à manger soient sous le dicta d’une autorité qui ne sait pas quoi faire. Donc, c’est pour cela que j’ai réagi
Donc, vous confirmez que vous vous êtes opposé à cette décision pour le bien-être de ces populations ?
Non, j’ai défendu l’intérêt de ces populations. J’ai défendu en fait leur droit de propriété, leur droit aussi d’accéder à la consommation dans l’espace qui leur est réservé pour qu’ils fassent leur petit commerce.
A un certain moment, vous avez eu des problèmes avec la justice. Cette histoire est -elle derrière nous, où en êtes-vous ?
Franchement, ça c’est derrière nous et c’était un problème qui ne me concernait pas, mais que des gens qui sont cachés dans l’ombre que le pouvoir voulait utiliser pour me discréditer. En fait, leur problème c’était de me barrer la route aux futures échéances électorales. Et c’est ce que la population de Kaloum n’a pas accepté. C’est réglé.
Vous semblez très attaché à la jeunesse de Kaloum en particulier et à la jeunesse guinéenne qui opte pour l’aventure pour trouver un meilleur avenir.
D’abord opter pour l’aventure, ce n’est pas une chose aisée. C’est parce qu’on n’a pas les moyens sur place qui vous permettent de rester, l’environnement certainement ne vous permet pas aussi de vous épanouir. C’est pour cela vraiment que les gens partent à l’étranger. Quand bien même moi je ne partage pas ce point de vue, je respecte la décision des uns et des autres. Mais ce qui est bon, c’est que lorsque vous partez à l’aventure que vous gagnez ou que vous ne gagnez pas ; sachez pas qu’il y a des gens qui sont là et qui compte sur vous. Sur le plan familial, sachez que votre pays a besoin de vous, de votre expérience, de tout ce que vous avez gagné. Je demande maintenant à cette jeunesse de s’engager parce qu’il ne suffit pas de voir le problème et de l’éviter, il suffit de l’affronter. Nous, c’est ce que nous faisons. On l’a fait pendant que nous étions comme eux. Nous pensons que cette jeunesse pourra vraiment changer les choses comme ça se fait ailleurs. Au Sénégal, l’alternance politique a eu lieu grâce à la jeunesse sénégalaise. Je crois que la Guinée doit avoir maintenant une jeunesse responsable, visionnaire, qui s’attaque aux vrais problèmes qui sont les problèmes fondamentaux d’accès à la consommation. Et je pense que ce n’est pas en restant passif par rapport aux actions nocives de l’exécutif qu’ils vont vraiment trouver la solution à leurs problèmes, s’adonner à la drogue ou à la délinquance. Donc, je les invite à plus de responsabilité, à plus d’engagement et plus de patriotisme, et mieux de permettre à cette nation de voir sa jeunesse se porter à l’avant-garde de son bien-être. Voilà ce que j’attends de la jeunesse guinéenne.
Interview réalisée par El Hadj Mohamed Diallo
L’indépendant, partenaire de GuineeActu