Moro Amara Camara Jeudi, 21 Novembre 2013 16:08
L’opération ville morte du 25 novembre, les risques de débordement, la saisie des juridictions internationales, des Nations unies, voici les précisions d’Aboubacar Sylla, le porte-parole de l’opposition.
L’indépendant : Quelles sont les grandes recommandations de votre réunion de ce mercredi au siège du PEDN ?
Aboubacar Sylla : D’abord, nous avons réaffirmé l’unité de l’opposition, notre détermination à former toujours un seul groupe uni, aussi bien avant qu’après les élections législatives. Nous avons également déploré les violences qui continuent à être exercées par les forces de l’ordre sur les populations. En particulier, nous avons parlé du cas du jeune Aziz Baldé qui était âgé de 15 ans ainsi que d’une douzaine de personnes qui avaient été blessées, dont certains par balles, dans la répression de la manifestation. Nous avons également condamné les violences qui sont exercées contre les journalistes. On a évoqué en particulier le cas de monsieur Diangolo Barry de Tamata FM qui a été molesté devant le président de la République, ensuite le cas de monsieur Mandian Sidibé qui est harcelé au niveau de sa radio. Nous avons aussi décidé d’adresser une lettre, avec une documentation fournie à l’appui, aux Nations unies, à la CEDEAO, à l’Union africaine et à l’Union européenne. Cette lettre va transmettre un résumé de nos différents recours auprès de la Cour suprême pour attester de la pertinence des recours que nous avons introduits et insister sur l’absence totale de recours en Guinée en ce qui concerne les contentieux électoraux. Nous avons également pris acte de la fin de la mission du comité de suivi de l’accord du 3 juillet et de sa dissolution. Nous avons donc souhaité qu’une autre instance de dialogue, un autre cadre permanent de dialogue soit mis en place pour continuer à veiller à l’application des dispositions du 3 juillet. Car, beaucoup de dispositions de cet accord ne sont pas encore exécutées. Il y a notamment l’agenda électoral qui prévoit que les élections communales doivent se tenir avant la fin du premier trimestre de l’année prochaine, il y a le changement d’opérateur technique sur la base d’un appel à concurrence international. Il y a également des engagements du gouvernement autour de cet accord. C’est-à-dire l’indemnisation des victimes des manifestations ainsi que l’accès équitable aux médias de service public de même que la neutralité de ce même service public vis-à-vis de tous les courants de pensée et d’opinion notamment vis-à-vis des partis politiques de l’opposition.
Vous avez aussi décidé d’appeler les populations de Conakry à une journée ville morte pour le lundi 25 novembre. Ce mot d’ordre concerne-t-il exclusivement la ville de Conakry ?
Tout à fait, nous appelons exclusivement les populations des cinq communes de la capitale Conakry à observer ce mot d’ordre de « journée ville morte ». Pour protester contre la démission de la Cour suprême et l’organisation d’élections truquées en République de Guinée. Compte tenu du fait que certains partis politiques n’avaient pas achevé encore leur processus de consultation de leur base et de leurs structures respectives, nous avons décidé enfin de ne pas nous prononcer aujourd’hui sur notre participation ou non à l’Assemblée nationale. Etant donné que nous avons pris un temps pour donner à chaque parti politique la possibilité de trouver en son sein un consensus autour de cette question essentielle, étant donné que beaucoup de partis politiques nous ont dit qu’ils n’étaient pas encore prêts et que le processus n’était pas encore terminé à leur niveau, nous leur avons donné quelques jours supplémentaires.
Donc, dans les jours à venir, on va réunir la presse pour lui dire la décision consensuelle qu’on aura retenue. En tout état de cause, notre souhait, c’est de faire en sorte que l’opposition guinéenne reste toujours unie. Si nous devons aller à l’Assemblée, qu’on y aille ensemble, et si on ne doit pas y aller, qu’on reste ensemble aussi en dehors de l’Assemblée.
Est-ce que ce mot d’ordre de ville morte ne va pas à l’encontre de votre volonté de saisir une juridiction internationale ou supranationale ?
Non ! Cela ne remet absolument rien en cause. Nous suivons deux voies différentes mais qui concourent au même objectif. Il y a une voie judiciaire. Là, nous avons épuisé nos recours nationaux, c’est la Cour suprême. Nous allons vers les juridictions internationales notamment la Cour de justice de la CEDEAO. Il y a une autre voie, c’est la voie politique à l’extérieur qui consistera pour nous à saisir les Nations unies pour demander que celles-ci continuent à s’impliquer dans la crise guinéenne pour trouver une solution. Non seulement aux contentieux actuels mais aussi pour éviter les contentieux à venir pour les communales et pour la présidentielle de 2015. Toujours dans le cadre de cette lutte politique, nous organisons cette journée ville morte. Il s’agit des démarches politiques qui n’ont rien à voir avec notre démarche judiciaire qui continue.
Vu la fragilité sociale du pays et le caractère de plus en plus violent des Guinéens, est-ce que vous ne pensez pas aujourd’hui que cette opération ville morte va dégénérer ?
Non. Vous savez, les journées « ville morte », ce sont des actions de protestation passive. Ce n’est pas une marche ni un meeting. Donc, on demande à chacun de rester à la maison. On a opté pour ce type de manifestation pour essayer de limiter les risques de violences, pour éviter que les forces de l’ordre n’interviennent comme d’habitude, n’importe comment, et nous mettent encore dans une situation conflictuelle qui risque de reléguer au second plan nos soucis électoraux. Nous avons donc décidé une journée ville morte, c’est passif et on reste à la maison.
Quel appel avez-vous à lancer en cet instant précis ?
L’appel que je vais lancer à la population, c’est d’observer cette journée ville morte. Nous lançons un appel aux autorités publiques, sans aucun espoir d’être entendu, de respecter les principes démocratiques, de ne pas entraver la liberté de manifester des populations et de ne pas utiliser les armes de guerre pour les opérations de maintien de l’ordre. Et nous demandons également à ce que l’impunité s’arrête enfin dans ce pays.
Alors qu’il y a une douzaine de blessés dont au moins 6 par balles, on ne se demande pas quels sont ceux qui ont tiré ces balles, on ne cherche pas à faire même des enquêtes administratives au niveau des services, à plus forte raison, à ouvrir des informations judiciaires, on s’en prend à Mandian Sidibé. Contre lui, on envoie des convocations au niveau de la police judiciaire, parce qu’il était dans la détresse la plus totale, il avait peur de subir le sort du journaliste ivoirien qui a été retrouvé mort hier après avoir été enlevé ‒ connaissant le manque de célérité des services de sécurité guinéens, même en plein jour, on attaque des marchés, comme le marché de Lambanyi il y a trois jours et, en plein jour, on appelle au secours, mais les forces de l’ordre ne viennent que deux ou trois heures après ‒. Donc dans cette inquiétude, il a appelé ses voisins à venir à son secours et puis, c’est sur lui qu’on se focalise. On ne s’intéresse pas à savoir qui a tiré sur le jeune Baldé, qui a tiré sur les autres, on ne s’y intéresse pas.
Entretien réalisé par Camara Moro Amara
L’indépendant, partenaire de GuineeActu