Imprimer

Entretien avec Faya Millimouno, leader du BL (Bloc Libéral)

Mams Sow et Mamadi Doukouré  Mardi, 23 Juillet 2013 23:22

Facebook

 

MILLIMOUNO_Faya_L_2_01Faya Millimouno nous a reçus pour parler du BL, du retrait de son parti du dialogue politique, de sa vision de la politique. Tout y passe ou presque. Grand orateur, Dr Faya nous parle de tout, c’était avant la signature de l’accord politique inter-guinéen.


GuineeActu : Comment se porte le BL aujourd’hui ?

Faya Millimouno : Le BL se porte bien. On accuse beaucoup de partis politiques d’être des partis cabines téléphoniques, le BL n’en sera pas un. A notre légalisation, nous avons fait une première mission à l’extérieur, parce que l’extérieur est un vivier important pour le parti. Washington, New York, Paris, Bruxelles abritent de solides fédérations de notre parti.

Nous avons un plan pour notre implantation, nous le faisons lentement mais surement. A Ratoma, nous avons deux fédérations qui sont installées, il en est de même pour Matoto. Des structures sont déjà en place à Kindia, Macenta, Yomou, Siguiri, notre méthode est originale. Pour nous, chaque Guinéen est une valeur, personne n’est négligée.

Des points focaux sont identifiés qui travaillent à l’installation des fédérations à l’intérieur du pays. Nos points focaux sont formés, on en a entre 3 et 5 par préfecture. La formation vise à harmoniser nos points de vue et faire connaitre la stratégie, qui est commune.

Nous nous sommes donné jusqu’à la fin juillet pour terminer la Basse Guinée, nous ne ferons pas que les préfectures, nous identifierons des sous-préfectures, ce que nous allons faire.

Nous préparons la « rupture » en 2015 parce que le changement est devenu un mensonge en Guinée. En 2015, ça sera la rupture.


Le BL est un parti observateur des groupes politiques qui existent, quelle différence entre ce statut et celui de membre ?

Nous sommes pleinement un parti d’opposition par nos déclarations et nos actions, il n’y a pas de doutes sur l’affirmation de notre position sur ce qui se passe dans le pays actuellement. Etre de l’opposition ne signifie pas appartenir à un groupe et dans le paysage politique actuel, il n’y a pas d’alliance ou si elles existent, elles sont peu. Le Collectif n’est pas une alliance, mais un groupe politique pour la finalisation de la transition. Il en est de même pour les autres groupes. En ce qui nous concerne, nous sommes parmi les derniers-nés. Après l’obtention de notre agrément, nous avons mis la question de notre positionnement vis-à-vis des groupements politiques existants sur la table. A date, il est clair que nous ne sommes pas de la mouvance ; pour ce qui est des groupes de l’opposition, le débat a lieu au sein du parti avant toute décision. Les décisions que prennent ces groupes n’engagent pas le BL. Aussi, les déclarations et les prises de position du BL n’engagent pas l’opposition dans son entièreté.


Depuis l’investiture d’Alpha Condé, l’opposition a marché pour exiger un dialogue. Le dialogue a lieu, vous n’y prenez pas part et vous qualifiez les premières conclusions de catastrophiques. Quelle est votre démarche ?

Nous sommes en tant que parti politique ouvert au dialogue. Mais nous n’acceptons pas d’aller au dialogue sans conditions. Si nous en avons, nous allons les poser. Il est de notre droit de poser les conditions que nous avons. S’il y a un préalable que nous trouvons nécessaire de poser pour un débat serein, dans l’intérêt des militants de notre parti et par ricochet des populations guinéennes, il est de notre devoir de faire valoir ce préalable.

Avant l’entame du dialogue, nous avons convenu de choisir trois facilitateurs : un choisi par la mouvance, un deuxième par l’opposition et le troisième par la communauté internationale. Lors de la première discussion, le BL était présent par ma personne avant de constater que des militants étaient en prison. J’ai trouvé immoral politiquement et humainement anormal de dialoguer quand ceux-ci (NDLR, qui n’ont fait qu’exercer un droit constitutionnel) sont privés de liberté.

Je n’accepterai jamais qu’on étiquette ceux-là de loubards ou de grands bandits. Je me rappelle simplement que le même pouvoir, par la voix du président de la République, a traité les leaders de l’opposition de chiens, je n’en suis pas un, les autres leaders non plus. Partant de cela, je ne peux me fier à un qualificatif que ce pouvoir attribuerait à des personnes pour des actions auxquelles j’ai été associé. Donc, pour le BL, nous étions ouverts au dialogue, la facilitation devait se faire correctement. On a accepté François Fall comme président de séance, je ne lui reconnais d’ailleurs aucune neutralité. Ainsi sa partialité dans l’exercice de son rôle était en cause. Dans la déclaration que le BL a faite par la suite, nous avons relevé que la distribution de la parole était sélective. Tout cela était de nature à ne pas tenir compte des sacrifices qui ont été faits. Il y a eu des morts, des handicapés à vie et des destructions importantes. Nous avons estimé que nous ne sommes pas en politique pour négocier qu’un Guinéen ait le droit de vivre.


Êtes-vous prêts à garder cette logique de fermeté même s’il faut que la crise perdure avec des risques de morts et de blessés ?

A chaque fois que nous avons vu un Guinéen blessé, ça nous a fait très mal. Nous nous sommes rendus dans des hôpitaux à plusieurs reprises voir des jeunes avec des balles dans la tête. Mais la lutte dans laquelle nous nous sommes engagés est une lutte suffisamment noble pour prendre en compte ce qu’on peut retenir de l’expérience d’autres peuples, qui ont été confrontés aux mêmes problèmes que ceux des Guinéens actuellement.

Il n’est un secret pour personne qu’aujourd’hui, nous vivons dans la discrimination, nous vivons une dictature naissante, qui d’ailleurs s’affirme de jour en jour. Maintenant, on ne se gêne plus de s’attaquer au domicile d’un leader politique. Au-delà du leader politique, chaque Guinéen a le droit à la sécurité, son domicile protégé. Alors, les autres peuples qui ont été confrontés aux mêmes problèmes ont eu les mêmes ressentiments. Je n’irai pas jusqu’à comparer notre situation actuelle à celle de l’apartheid en Afrique du Sud, mais une discrimination reste une discrimination. Et nous savons bien que la discrimination est en train de devenir un comportement officiel dans notre pays. Dans le combat contre l’injustice, la discrimination, nous devons apprendre ce que d’autres peuples nous enseignent.

Revenons sur la situation d’apartheid en Afrique du Sud, des enfants de 10 ans étaient les cibles de balles. Pour autant, est-ce que les Sud-africains avaient décidé d’arrêter le combat parce qu’il y a eu trop de morts ou de blessés ? Je ne le crois pas. Si nous avons eu la chance d’avoir Mandela, c’est parce que les Sud-africains, malgré la violence de la répression, n’ont pas renoncé ou reculé. D’autres exemples existent. Les noirs américains sont fiers d’avoir Obama parce que leurs devanciers n’avaient pas abdiqué dans leur lutte. Même si tout n’est pas rose pour eux actuellement, la donne a changé. De la même façon qu’on nous asperge avec des canons à eau chaude, de la même façon, les noirs américains avaient été traités, mais le résultat est là. Il suffit d’avoir ces enseignements là pour savoir qu’on ne peut laisser une dictature s’installer malgré la douleur que nous ressentons. En tout cas au BL, nous ne pensons pas qu’on doive étaler le tapis rouge à la dictature.


En parlant de votre appartenance à part entière à l’opposition, vous avez dit que le débat est en cours au BL. Vous a-t-il paru nécessaire de le faire ?

Bien entendu, nous sommes un parti politique. Vous savez, il faut rompre avec l’habitude de faire croire aux Guinéens que les partis politiques sont des entreprises privées avec des PDG (Présidents directeurs généraux) à leurs têtes. Ne pensez pas qu’il aurait suffi que Faya dise non pour que les autres suivent.


N’est-ce pas cependant ce que vous avez fait lors de votre retrait du dialogue ?

Non pas du tout. Notre retrait n’a pas eu lieu au palais. Il y a eu de l’amalgame, certains sont allés jusqu’à dire que nous avons claqué la porte. Ça ne s’est pas passé comme ça.

Le premier jour, lorsque le parti a décidé que je sois autour de la table de dialogue, nous nous sommes maitrisés malgré toutes nos dénonciations parce que nous avions un mandat de notre parti pour être là. Ensuite, le compte rendu a été fait aux autres membres du parti. La technologie aidant, même les responsables du parti à l’extérieur ont été consultés sur le sujet. Notre retrait n’est pas une décision que Faya a prise. C’est quand nous avons eu une réunion d’urgence et en concertation même avec certains partis politiques de l’opposition que notre décision a été rendue publique. Que des personnes nous traitent de radicaux, c’est de bonne guerre. En Guinée, la politique est faite de tout ce qui est sale. On considère la politique comme un mensonge. Au BL, nous considérons la politique comme quelque chose de noble qui nous permet de nous battre pour le bienêtre de nos concitoyens et la préservation de leur dignité, une telle activité ne peut pas être synonyme de mensonge.


On a comme l’impression que votre malentendu avec certains grands partis lors de la quête de votre agrément est à l’origine du débat sur la nécessité d’intégrer un groupe politique de l’opposition ?

Très honnêtement, ce n’est pas un problème personnel même si c’est lié en partie. L’alliance entre des partis se fait sur la base des visions qui doivent être semblables. Nous disons et nous continuons à le clamer haut et fort, que le BL n’est pas venu en politique pour un intérêt personnel mais pour la défense de valeurs et de principes.

Prenez le temps où nous nous battions pour la légalisation de notre parti. Certains y ont vu un intérêt personnel. À notre niveau, nous avons estimé que c’était un problème de valeur qui consistait à affirmer un droit constitutionnel, celui de s’associer. Si ce droit nous était dénié et que tout le monde se taise dessus, on ne serait pas étonné que ce droit vous soit dénié demain et que chacun se taise. Certains voyaient cela comme un problème de Faya qui veut un parti qui lui permettra d’être au parlement demain. C’est une question d’appréciation. A un certain moment de notre lutte pour la légalisation de notre parti, nous avons estimé qu’il fallait solliciter le soutien de certains partis « amis », nous l’avons fait. Une correspondance fut adressée à plusieurs partis politiques y compris le RPG Arc-en-ciel parce que nous avons estimé que dans le combat pour la défense de nos valeurs, il n’y a pas d’exclusion. Nous nous sommes adressés à la société civile aussi.

Une petite anecdote, lorsque nous avons transmis le courrier au RPG, pour rappeler que leur président qu’ils aiment tant, lorsqu’il ne présidait que son parti, avait tenu un discours pour se battre pour des valeurs, et qu’aujourd’hui ces valeurs sont menacées. C’est à l’entrée du siège que leur permanent, un certain Komara a intercepté notre émissaire et m’a appelé pour me dire que ce n’est pas au RPG d’aider le BL à affirmer ses droits.

Donc, vous voyez bien la différence de nos visions. Nous avons déploré à l’époque le manque de soutien et solidarité de la part de la classe politique. Il faut que nos principes républicains soient défendus par tous, quelles que soit nos différences.


Maintenant que vous avez votre agrément, cette petite inimitié demeure-t-elle ?

Non pas du tout, malgré tout, j’ai dit aux amis d’être présent comme observateur et de participer au débat.


Vous, à votre niveau, on comprend votre approche républicaine, mais est-ce qu’au niveau des autres partis on ne vous reproche pas d’avoir créé un parti au lieu d’intégrer un autre ?

Si quelqu’un me reproche de créer un parti, je le combattrai vaillamment. Si dans la classe politique, quelqu’un nous reproche d’avoir créé notre parti politique, nous le combattrons à visage découvert et officiellement


Et si c’est de façon dissimulé que vos adversaires le font ?

Nous allons les combattre ouvertement


L’autre aspect, c’est que votre parti est jeune, on vous reproche de ne pas vouloir qu’il y ait des élections de sitôt parce que vous n’avez pas une assise électorale solide.

Non pas du tout. Là aussi, c’est un autre procès d’intention. Nous étions prêts à continuer notre combat aussi longtemps que ça prendrait pour avoir notre agrément, même si cela se faisait seulement après les élections. La seule chose que nous souhaitons pour le peuple de Guinée, c’est qu’il n’y ait plus de dictature dans ce pays. Et quand nous le disons, nous sommes très sincères. On a fait l’expérience de deux dictatures dans ce pays et d’une troisième qui avait commencé mais qui a vite été étouffée. Nous avons une quatrième qui est en train de s’affirmer. Elle coute chère, la dictature ! La préoccupation du BL, c’est moins d’être dans un fauteuil du parlement. Lisez les textes de lois, on peut faire de l’opposition extra parlementaire en Guinée, ce n’est pas illégal. L’opposition en Guinée peut être intra parlementaire mais aussi extra parlementaire. Bien entendu, un parti politique concourt pour les élections, mais je retiens un enseignement : « si les Guinéens sont convaincus que les élections ne seront pas propres n’y allons pas ».


Au risque de laisser Alpha Condé diriger sans parlement ?

Depuis deux ans et demi, il gouverne seul. S’il arrive à gouverner avec un parlement à sa solde, il légitimera ses actions. Aujourd’hui, au moins on se dit que ce n’est pas un parlement. Et honnêtement, Alpha ne peut pas avoir la majorité si les choses se passent légalement. La preuve c’est qu’au premier tour, il n’a eu que 18%. Si les choses se font normalement, le RPG a perdu au moins 50% de son poids parce que même des RPGistes se rendent compte qu’on dirige le pays dans le mensonge. Je me souviens lors de ma jeunesse, que le PDG avait tous les députés habillés en blanc mais qui ne prenaient jamais des décisions à la couleur de leur tenue pendant 26 ans. Ensuite le pouvoir de Lansana Conté nous a habitué a nommer les députés avant les élections. Cela nous mènera à quoi ? A rien.

N’oubliez pas que le Parlement a deux rôles : voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. Si Alpha a un parlement à sa solde, il fera voter tout ce qu’il veut et n’aura pas de contre-pouvoir.


Lors de votre retrait du dialogue, vous étiez avec les NFD, cette formation politique a néanmoins fini par se solidariser avec les conclusions du dialogue. N’avez- vous pas l’impression d’être seul ?

Non pas du tout. En politique, il y a un seul isolement qu’il faut craindre, c’est celui de s’isoler de ses propres convictions. Lorsque vous prenez une distance avec vos convictions, c’est ce qui fait mal. N’ayez pas peur d’être parfois seul. En politique, la reconnaissance peut être posthume. Laissons les choses évoluer.


Vous évoquiez tantôt la distribution sélective de la parole lors du dialogue. Si Faya avait eu droit à la parole, le BL se serait-il retiré du dialogue ?

Nous allions le faire. Dans notre déclaration, nous avons dénoncé la mauvaise répartition du temps d’expression. Mais là n’est pas le motif de notre départ. La seule chose pour laquelle nous sommes partis et qui reste valable est notre refus de la violation des droits de l’homme. Vous n’êtes pas sans savoir que le vice-président du BL, Aliou Barry, est un activiste des droits de l’homme, ce qui fait que nous avons des informations solides sur cette question. Je ne vois pas de frontière entre être activiste des droits de l’homme et faire de la politique, parce qu’en Guinée, on se méprend souvent sur le but de faire de la politique. Donc pour nous, il n’était pas question de continuer à dialoguer alors que les droits de certains Guinéens sont violés.


Une rencontre de jeunes leaders politiques a eu lieu récemment à Dakar (il s’agissait de Mouctar Diallo, Faya Millimouno, Baidy Aribot, Boubacar Barry et Isto Keira, NDLR), le critère générationnel était marquant. Est-ce le début de la fronde contre les anciens ?

Pas du tout. C’était une rencontre naturelle (rires). Des jeunes se sont rencontrés pour discuter des questions guinéennes. On a à faire à un pouvoir dictatorial très pernicieux qui nécessite qu’il y ait des échanges entre les acteurs politiques. C’est vrai qu’il y a eu une photo qui a fait le tour des réseaux sociaux et des médias, mais rien d’autre. Je rencontre tous les jours presque, Cellou ou Sidya ou Kouyaté.

Avec les anciens premiers ministres le courant passe, avec nos ainés il n’y a pas de complot. Nous discutons franchement de toutes les questions. Il n’y a pas de coups bas entre nous

 
N’est-ce pas la relève qui se dessine ?

La relève doit être préparée mais pas contre l’âge. Je crois que même nos ainés ne sont pas mécontents que la relève se prépare maintenant.


Certains observateurs notent que depuis que la fonction de porte-parole de l’opposition vous a été ravie, vous semblez souvent avoir des avis contraires à ceux des groupes politiques existants.

Non, ça n’a rien à voir. Lorsque j’ai démissionné de la NGR en 2012, naturellement pour moi, puisque je n’appartenais plus à un parti politique membre d’un groupe politique, j’ai estimé que je ne devais plus remplir cette fonction. C’est une question de cohérence. Je me suis toujours exprimé sur toutes les questions. Cela ne m’a pas empêché de donner mes points de vue sur plusieurs questions, même lors de la recomposition de la CENI. Tout ce que je demande, c’est qu’on s’écoute entre nous.

 
Est-ce que certains n’ont pas souhaité votre retour comme porte-parole ?

Très honnêtement je n’étais pas au courant, je viens de vous dire que le BL n’est pas membre de ces groupes politiques. Je ne vois pas comment j’aurais pu remplir cette responsabilité. Il nous faut être membre de ces groupes pour avoir une responsabilité.


Après votre retrait du dialogue, certains avaient parlé de défection au sein de votre parti. Qu’en est-il ?

Non, des défections au sein de nos rangs non. C’est plutôt des adhésions que nous avons enregistrées même de la part des militants du parti présidentiel. Chez moi, j’ai des cartes des membres du RPG qui ont fait défection.


Des observateurs ont vu votre position lors du dialogue comme une tentative de récupération de certains militants de certains partis politiques.

C’est là aussi qu’on nous fait un autre procès d’intention. En toute sincérité, nous n’avons pas pensé à ça. Si nous voulons que les gens adhèrent à nos idéaux, il nous faut agir conformément aux valeurs que nous défendons. Nous ne faisons pas de coups bas même si on en reçoit. Nous sommes très sereins, nous sommes convaincus au BL que ce qui a retardé la Guinée, ce sont les coups bas, les mensonges. Prendre des fonds publics pour payer des gens à blesser, tuer et saccager, c’est ce qui nous a retardés jusqu’à présent. Nous proposons du nouveau au BL, la défense de nos convictions.

Merci !


Propos recueillis par Mams Sow et Mamadi Doukouré
pour GuineeActu


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook