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Jean-Marie Doré à propos de la date du 30 juin : «Ce décret est à contresens de la réalité sur le terrain»
Moro Amara Camara Vendredi, 19 Avril 2013 14:03
Le décret du président de la République fixant la date des élections législatives au 30 juin, continue de susciter des réactions au sein de la classe politique guinéenne. Comme les partis de l’opposition républicaine, l’UPG qui se réclame du Centre, désapprouve, à son tour, la date du 30 juin qu’elle considère comme une provocation. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, son leader tire à boulets rouges sur le président Alpha Condé et l’opérateur sud-africain, Waymark. En outre, Jean-Marie Doré nous fait part de l’objet des discussions qu’il a eues avec le facilitateur des Nations Unies, l’algérien Saïd Djinnit.
L’Indépendant : Le 13 avril dernier un décret du président de la République a convoqué le corps électoral pour les élections législatives dont la date est fixée au 30 juin. L’UPG est-elle favorable à cette date ?
Jean-Marie Doré : Je demeure convaincu que c’est une erreur tragique, une erreur grave d’évaluation des données et faits que d’avoir pris un décret à contresens de la réalité sur le terrain. Quand on dit qu’on appelle les citoyens aux urnes, il s’agit des citoyens qui sont dûment recensés, qui figurent sur un fichier révisé. Rien n’est fait sur le terrain et le président Alpha Condé prend un décret pour appeler, rien, aux urnes. Je pense que ce n’est pas bien. Il faut que le président de la République respecte le peuple de Guinée. Il dit qu’il a consacré 40 années de sa vie pour la promotion de la démocratie. Il faut qu’il respecte les règles démocratiques. Il a un bilan à présenter et tout ce temps qu’on perd, vient perturber le cadre de son bilan. Donc, je ne suis pas d’accord sur l’opportunité de ce décret qui, à certains écarts, apparaît comme une provocation.
Dans le cadre de ses prises de contacts avec les différents acteurs politiques concernés par le dialogue, Saïd Djinnit, le facilitateur onusien vous a rencontré ce mardi. Sur quoi ont porté vos entretiens essentiellement ?
Monsieur Saïd Djinnit et ses collègues sont venus se présenter pour prendre la température de la situation sociopolitique de notre pays à l’occasion de l’annonce du scrutin fixé au 30 juin et pour relier cela avec le dialogue que la publication du décret a interrompu. C’est la raison pour laquelle ils sont venus. On a disserté sur la situation qui prévaut en Guinée. Mon point de vue est que je ne souhaite pas que ce soit le président qui ait réfléchi personnellement pour prendre le décret… Parce que c’est très grave. Mais si c’est d’autres personnes qui lui ont dit de prendre le décret, parce qu’il a un boulevard devant lui, ce sont ses ennemis qui lui ont donné ce conseil. Car le peuple de Guinée n’est pas un troupeau de moutons. Nous sommes dans un Etat et nous marchons vers la construction d’un Etat de droit démocratique. La démocratie suppose le débat. Puisqu’elle permet la pluralité des opinions, des courants. Donc, s’il y a plusieurs courants, chaque fois qu’il faut prendre une décision importante dans un pays, il faut ouvrir le débat et tout débat doit déboucher sur un compromis. Le compromis est l’expression, au jour le jour, du débat démocratique. Personne ne doit imposer sa volonté à la majorité. Parce que nous sommes dans une démocratie représentative, les partis politiques représentent les populations. Quand on commence un débat avec eux, il faut aller jusqu’au bout. Puisque l’intérêt de la Guinée est en conclusion. Ici, à l’UPG, nous sommes un parti du Centre. Le Centre fait des analyses impersonnelles, uniquement axées sur l’intérêt de la Guinée. Si les analyses du gouvernement recoupent les nôtres, on soutient ce point de vue là . Si l’opposition avance des thèses qui recoupent nos analyses, on soutient et on fait avec. Mais, nous ne pouvons pas, après avoir examiné de tout côté la crise née du refus catégorique de renvoyer Waymark, accepter le décret. Parce qu’il n’y a aucune justification et que les Guinéens vont se battre pour une société commerciale. On nous dit que c’est parce que monsieur Alpha Condé veut avoir 90 députés pour gouverner la Guinée comme il veut. Mais, la Guinée n’est pas sa propriété privée. Il est président de la République avec des pouvoirs légaux précis mais, il n’a pas le titre foncier de la Guinée. Il ne peut faire de la Guinée ce qu’il veut. Il fait de la Guinée, ce que la loi lui a commandé de faire, de conduire la Guinée dans la sécurité totale, sécurité des personnes et de leurs biens à partir du fonctionnement régulier des institutions qui s’équilibrent. Il est le président de la République, la clé de voûte des institutions. Le parlement a la vocation de faire des lois et l’organisation judiciaire pour appliquer les lois, c’est de cela, il s’agit. Mais personne n’est propriétaire de la Guinée et personne ne peut la conduire comme il l’entend. Jamais et jamais, nous n’accepterons cela.
L’opposition républicaine envisage d’organiser le jeudi 18 avril une nouvelle marche pour protester contre ce décret qui fixe la date des législatives au 30 juin et pour exiger le départ de l’opérateur sud-africain Waymark ainsi que le vote des Guinéens de l’étranger. Est-ce que l’UPG est prêt à se joindre à cette manifestation puisqu’il y a apparemment une coïncidence de revendications entre vous et l’opposition radicale. Sinon, quelle stratégie adopterez-vous pour vous faire entendre par le pouvoir ?
Je n’ai pas le droit de juger ce que fait l’opposition. Elle est libre, dans le cadre de ses attributions légales, d’entreprendre des actions légales qu’elle juge opportunes pour porter ses thèses et ses actions sur le terrain. Mon parti, l’UPG se réunit ce mardi soir en assemblée extraordinaire pour prendre des positions par rapport à toutes ces questions. Ce que je dis, c’est conformément à nos statuts. Ceux-ci donnent au président du parti un mandat permanent de représentation, à charge pour lui de rendre compte au parti lors de sa plus prochaine réunion. Donc d’ici là , je ne peux pas vous donner d’indications sur ce que mon parti va faire et ce qui ne veut pas faire. Mais ce que je peux vous dire avec force, détermination, c’est à la lecture de la constitution, des lois organiques, des lois ordinaires et de la philosophie d’Etat qui nous a conduits, nous, les jeunes de Guinée en 1958, à soutenir à cent pour cent Sékou Touré pour arracher notre pays des griffes de la colonisation, c’est que nous aimons passionnément ce pays et qu’il ne sera jamais l’objet de la fantaisie d’un homme. Jamais !
Plus récemment encore, quand Dadis était au pouvoir, les critiques qui fusaient de partout, venaient essentiellement du RPG. Car, il était notre porte-parole pour revendiquer l’application rigoureuse de la loi. Même le vote des Guinéens de l’étranger, le RPG était l’un des partis qui était férocement partisan du vote des Guinéens de l’étranger. A l’époque, le RPG avait fait une liste de 134 pays dans lesquels les Guinéens de l’étranger devaient voter coûte que coûte et ça été difficile au temps du premier ministre Souaré d’obtenir que l’on ne vote que dans 17 pays comprenant les pays limitrophes, la France, les Etats-Unis, le Canada, l’Angola, l’Algérie, le Maroc… Il a oublié cela, ce n’est pas normal. Nous avons pensé que c’était bien qu’il soit président de la Guinée parce qu’on le créditait d’une expérience internationale d’avoir vécu dans un pays démocratique comme la France. Alors s’il a oublié très rapidement les habitudes auxquelles il était confronté, la Guinée ne peut pas souffrir de cela. Il faut que ça soit clair. Nous ne sommes pas dans un jardin d’enfants. Nous sommes des combattants de la liberté, des combattants de la Guinée pour que notre pays soit économiquement puissant, socialement stable et fort. Nous ne pouvons pas accepter les petites combines de cette nature. Waymark est une société sud-africaine, l’Afrique du Sud est un pays ami, c’est vrai, Jacob Zuma est un des grands chefs d’Etat africains mais, je n’accepte pas qu’on permette à une société sud-africaine de venir opposer les Guinéens entre eux. Pourquoi ?
Je n’aime pas faire la politique par mode. Je suis né dans la politique. J’ai commencé à gouverner à l’âge de 17 ans. Je n’aime pas la plaisanterie. Alpha Condé est un ami, notre amitié ne peut pas avoir pour effet de tolérer des choses qui humilient mon pays. Parce que quand on organise des élections, il faut une certaine démarche pour que les résultats soient plus ou moins acceptables. Mais si on veut comme ça, parce qu’on a la police, l’armée, la gendarmerie pour imposer sa volonté, je dis non. La gendarmerie, la police, l’armée appartiennent à tous les Guinéens, personne n’est propriétaire de l’Armée. Je souhaiterais que l’on ne joue pas avec le destin de notre pays.
En quoi, le décret fixant la date du scrutin peut-il interrompre le cours du dialogue politique en vue ?
Etonnante, cette question. Le décret met fin au dialogue qui a pour but d’arriver à résoudre le problème du vote des Guinéens de l’étranger, de résoudre le problème de Waymark, c’est-à -dire l’opérateur de saisie. Mais aucun de ces problèmes n’est encore réglé et lui, il prend un décret alors que le décret vient pour constater les accords entre les parties. Et puis, il y a des habitudes auxquelles Alpha et ses ministres doivent renoncer. Le premier ministre Saïd Fofana a prié les 4 anciens premiers ministres, Sidya Touré, Cellou Dalein, Lansana Kouyaté et moi, d’aller le voir. On aurait dû exiger de Saïd Fofana d’envoyer une invitation personnelle par écrit. Mais, on s’est dit que c’est le premier exemple de comportement républicain, il ne faut pas trop tirer sur la corde, allons-y répondre à cette invitation sans poser de conditions. Nous sommes partis. Monsieur Saïd Fofana, pendant 5 minutes nous a remerciés d’avoir répondu à son invitation pour examiner avec lui, les causes de la crise et comment faire pour qu’on trouve une solution qui nous permette d’aller rapidement aux élections. Parce qu’à un moment ou à un autre et à certain degré, chacun a eu à gouverner ce pays. Alors, chacun s’est exprimé pour montrer du doigt la cause de la crise. C’était cela. Nous sortons de cette invitation, le porte-parole du gouvernement dit que les anciens premiers ministres ont demandé une audience au premier ministre pour discuter avec lui. C’est tout ceci qui crée le manque de confiance. Maintenant, ils veulent utiliser cela pour dire que nous avons trouvé un premier accord. Mais, il n’a jamais été question d’aller trouver un accord… On ne gouverne pas par des combines, il faut gouverner avec des principes saints et nets. Parce que certains croient que la Guinée, c’est pour eux. Ce n’est pas vrai, la Guinée n’appartient à personne. C’est un pays compliqué qui appartient à la fois aux Malinkés, Soussous, Peuls et Forestiers. Toute soustraction à ce niveau-là , amène la Guinée dans le mur. Il n’y a pas quelqu’un qui soit plus Guinéen qu’un autre. Il faut que les gens se mettent cela dans le crâne. La Guinée appartient à égalité à tous ce que les ancêtres étaient ici en 1900 lorsqu’on a proclamé la Guinée française. Parce que la Guinée française n’existe pas. C’est une création artificielle des Français. Il y avait les Etats côtiers, le Fouta Djallon, les Kafous-Manding, les chefferies sylvestres. Quand j’entends les gens dire que telle ethnie n’est pas guinéenne, ça me fait rire. C’est vraiment idiot de parler ainsi. Parce qu’aussi longtemps qu’on dira cela, on ne fera pas l’unité nationale.
Le président Alpha Condé, semble-t-il, serait même d’origine burkinabé ?
(Rire). Il doit être fier d’être né burkinabé, le Burkinabé est un Africain. Mais ne je ne vois pas pourquoi, le fait que monsieur Alpha Condé soit burkinabé l’empêcherait de devenir guinéen. Quand on analyse la loi guinéenne sur les nationalités, il a le droit, puisqu’on n’a pas exigé des candidats à la présidence d’être déchu de la nationalité non guinéenne avant d’être candidat. Alpha Condé donc, est un Guinéen. Mais, ses ancêtres sont nés au Burkina, il faut qu’il l’assume. Moi, je suis konianké de Moussadou, nos parents en 1750, ont quitté pour aller en Forêt et je suis mano maintenant. Parce que je suis de culture mano (rire). Il y a des Soussous Soumah, Bangoura qui sont au Sénégal, en Sierra Leone, ils sont établis là -bas et y ont pris la nationalité dans le cadre de la loi. Donc, le fait d’être burkinabé, n’est pas une tare, je ne vois pas pourquoi Alpha Condé devrait avoir honte d’être burkinabé. Ce sont des opinions qui ne peuvent pas prospérer. Je ne vois pas vraiment pourquoi, il constituerait une insulte. Si c’est infamant d’être Burkinabé, je ne vois pas pourquoi, on a choisi le président Blaise Compaoré pour être facilitateur dans la crise guinéenne. Les Burkinabé sont des hommes intègres, ils se sont appelés ainsi. Il y a une certaine légèreté qui commence à gagner et à gangréner la façon de réfléchir chez nous. Il faut y remédier. C’est tout ceci qui amène la confusion. Le plus important, c’est que chaque matin, quand on se lève, on doit se dire, je suis guinéen, comme le Soussou, le Peul, le Forestier, le Malinké… parce que si vous excluez une des données, la Guinée cesse d’être guinéenne.
Aujourd’hui, tous les alliés du pouvoir, ont quitté. Où Alpha Condé va-t-il avoir 90 députés ? Il est resté avec des leaders qui n’ont eu que moins d’un pour cent.
Mais, cet électorat auquel vous faites allusion n’est pas figé, il est tout à fait fluctuant et d’ailleurs, les contextes ne sont-ils pas différents d’il y a deux ans pour que le parti au pouvoir ne puisse pas réaliser une majorité plus ou moins confortable à l’Assemblée nationale ?
Vous parlez à quelqu’un qui sillonne la Guinée. Je peux vous dire qui est fort à tel ou tel endroit. La fluctuation ne gagne pas essentiellement… Mais, il y a des partis qui subissent actuellement des migrations négatives.
Pour me résumer, je dirai qu’on ne demande pas à monsieur Alpha Condé des comptes sur sa gestion économique parce qu’il a pris le pays dans des conditions créées depuis le temps de Conté, ce qui fait qu’on ne peut pas demander de miracle à un président sur le plan de la gestion économique. Par contre, sur le plan institutionnel, il n’a pas d’excuse. Je crois que monsieur Alpha Condé devrait souffrir qu’un seul vote d’un Guinéen puisse être déplacé au profit de quelqu’un pour qui il n’a pas voté. Les Guinéens veulent voter mais il faut qu’ils soient recensés correctement. C’est cela la vérité
Entretien réalisé par Camara Moro Amara
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
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Commentaires
Quand on avertissait JMD sur les conséquences de leur manœuvre d’entant il regardait le rétroviseur et maintenant que le partage du butin a tourne au vinaigre il croit qu’il peut se racheter pour un éventuel rebond!..... Il est fou ce monsieur.
C’est cet individu lugubre qui classifiait - dans un passe récent -, à l’entre-deux tour des élections présidentielles de 2010, les Guinéens sous le fallacieux prétexte de défendre les fonctionnaires de l’administration lors des tueries et actes de barbaries enregistrés en Guinée. Pour lui les uns étaient des moins que rien (donc ils ne pouvaient pas bénéficier de la protection de l’état) et les autres étaient des Guinéens d’une autre espèce (fonctionnaires) qu’il faut protéger coute que coute que contre les Somaliens….. Pov-Pays!
Par ailleurs, si les vrais opposants se laissent rouler dans la farine (entrainer dans le précipice) encore pour une énième fois par cette vipère à la langue mielleuse c’est tant pis pour eux. Pour moi JMD doit être mis dans son «sarcophage» électorale pour de bon comme son compère Alfa Koné…..On en veut plus des Pov-vieux-cons, qu’ils débarrassent le plancher.








