Jeudi, 18 Avril 2013 23:08
GuineeActu a rencontré le docteur Fodé Oussou, vice-président de l’UFDG en charge des questions juridiques et sociales, pour recueillir sa réaction suite à l’annonce du décret du président Alpha Condé fixant la date du scrutin législatif au 30 juin, et son analyse de la situation qui en découle.
GuineeActu : M. Alpha Condé vient de signer le décret invitant le corps électoral au vote le 30 juin 2013 pour élire la nouvelle Assemblée nationale, à la veille de l’ouverture du dialogue. Quelle lecture faites-vous de cela ?
Oussou Fofana : Je voudrais avant tout, vous remercier à nouveau de m’offrir l’opportunité de m’exprimer sur le contexte sociopolitique de notre pays. C’est toujours un réel plaisir de répondre à votre sollicitation eu égard au noble et exaltant combat mené par votre précieux site d’informations.
C’est un sentiment de profonde indignation à la fois pour moi que pour tous ceux qui aspirent au dialogue, à la paix et à la cohésion sociale. C’est une insulte au peuple de Guinée et à la communauté internationale à travers les Nations Unies. Alpha Condé vient de montrer à la face du monde qu’il n’est pas capable d’honorer sa parole et ni son engagement.
C’est aussi un sentiment de fierté de voir l’opposition républicaine montrer à la fois la fermeté et le sens d’ouverture au dialogue constructif. L’acte du pouvoir est une déclaration de guerre à laquelle nous sommes tout à fait préparés à faire face jusqu’à l’aboutissement de nos légitimes revendications.
L’opposition croyait-elle à la volonté du Président d’engager un dialogue franc et constructif avec l’opposition républicaine ?
Nous n’avons jamais cru à la bonne foi du président Alpha Condé. Cependant, nous nous sommes imposé la ligne de conduite qui consiste à faire en sorte qu’il finisse par se laisser découvrir au grand jour. S’il était sincère, pourquoi a-t-il demandé au Secrétaire général des Nations Unies de designer un médiateur international pour faciliter le dialogue autour d’un certain nombre de points et attendre la veille pour sortir un décret de convocation des électeurs en violation des procédures prévues par la loi ?
C’est un mépris sans gène envers le peuple et la communauté internationale. A partir du moment où l’essentiel des préalables en dehors de la libération des jeunes détenus dans le cadre de la marche du 27 février était déjà réglé. Le dialogue n’a-t-il pas sa raison d’être à moins qu’elle se transforme en plaidoyer pour avaliser l’acte unilatéral du pouvoir central qui n’a aucun souci pour la paix et la stabilité. Nous sommes sereins et resterons ferme sur nos revendications. Nous invitons humblement le médiateur international à user de son talent pour convaincre le Président de mettre les questions de dialogue et de paix au cœur de son combat politique afin d’éviter l’escalade en Guinée dont les conséquences risquent fort d’embraser toute la sous-région ou de rendre difficile les efforts de paix dans cette partie en proie à des violences.
Est-ce que la communauté internationale n’est pas complice des actes du pouvoir ?
Il y a des attitudes de certains agents de la communauté internationale qui sont contraires aux valeurs et principes prônés par les institutions, qu’ils ont mandat de promouvoir. Nous ingérons réellement leurs motivations objectives. Ils sont en train de commettre l’irréparable erreur en voulant appuyer la tenue des élections truquées. Le peuple de Guinée n’acceptera pas la tenue d’une mascarade d’élections, quel que soit le prix à payer. Toute élection qui ne répond pas aux normes et standards internationaux dans un cadre d’accord politique global est à rejeter. Cela doit être clair et entendu par ceux qui veulent pousser le pays vers le holdup électoral.
Nous savons également qu’il existe au sein de la communauté internationale, des diplomates assermentés, épris de dialogue et de paix, qui œuvrent dans le sens de la création des conditions d’organisation des élections inclusives, libres, crédibles et transparentes. Nous saluons leurs attitudes responsables. Nous nous tenons prêts à faciliter leurs efforts de médiation.
Croyez-vous à la capacité du médiateur international d’aider le pays vers une sortie de crise honorable ?
Il est possible, si, et seulement si le médiateur obtient le soutien attendu de la part de la communauté internationale dans le sens d’éviter au pays de sombrer dans le chaos. Pour y arriver, le médiateur doit s’efforcer d’obtenir le retour à la case de départ, c'est-à-dire la situation avant le décret et le respect de tous les préalables. A partir de cet instant, les critères raisonnables de négociations doivent primer sur les positions et les perceptions afin de donner la chance à la raison de triompher en rapprochant les intérêts dans une logique gagnant-gagnant. C’est le peuple de Guinée qui sera victorieux et il n’y aura pas de perdant.
Le RPG Arc-en-ciel a organisé des meetings à Conakry et à l’intérieur du pays pour demander la tenue rapide des élections. Est-ce cette pression de la base qui a contraint le pouvoir à répondre favorablement à cette requête ?
Nous connaissons très bien dans ce pays, les méthodes communistes du président Alpha Condé. Au lieu d’investir les maigres ressources du pays pour créer de l’emploi ou offrir les services attendus par les populations, le pouvoir préfère préparer un affrontement dans le pays. Nous sommes prêts à répondre énergiquement contre les loubards du pouvoir et des forces de défense et de sécurité.
La rue pourra-t-elle faire plier le régime ou en venir à bout ?
Les manifestations de rue sont autorisées par la Constitution. Elles ne visent pas à affaiblir un système politique. Au contraire, elles constituent un moyen par excellence d’amener les dirigeants d’être à l’écoute de son peuple. Nous avons en mémoire les marches non autorisées du RPG.
Le printemps arabe devrait servir de leçon à nos dirigeants actuels. Nous croyons fermement à la capacité de l’opposition républicaine de faire aboutir le régime ou d’en venir à bout en cas d’absence de négociation.
Que dites-vous de la sortie récente du Dr Aliou ?
C’est un non-événement pour l’UFDG en général et moi en particulier. Notre cible est le pouvoir d’Alpha Condé. Nous n’allons pas nous laisser distraire par des gens qui rêvent de détruire le potentiel de l’UFDG. Parce que tout simplement, ils n’ont jamais eu l’opportunité d’être à la tête d’un parti qui puisse remplir plus qu’un salon. Ceux qui ont été à la tête des partis depuis le début de l’avènement du multipartisme et qui ont cédé leur place, doivent accepter de se mettre à leurs places.
Je prie de grâce à M. Aliou d’avoir du respect pour les gens de l’axe Hamdallaye, Bambeto, Cosa et Vanindara, etc. Car, c’est grâce à eux s’il peut aujourd’hui se sentir dans ce pays sans être contraint à l’exil à cause de son appartenance ethnique comme le souhaite le pouvoir actuel. Je suis fier de ces jeunes qui se battent pour les valeurs de démocratie, de justice, de progrès et de solidarité. J’invite le Dr Aliou de sortir de sont lit pour aller observer la bravoure de ces jeunes. Il aura du respect pour eux en ce moment.
Quel est votre mot de fin ?
Je vous remercie. Je demande au professeur Alpha Condé de tirer les leçons et de choisir de sortir par la grande porte. J’invite les militants de l’opposition républicaine à répondre à l’appel de nos leaders. Je lance un appel à la communauté internationale d’éviter de fermer les yeux sur la dérive du professeur Alpha Condé.
La rédaction de GuineeActu
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