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An 2 de la présidence Alpha Condé : Aboubacar Sylla, le bilan de la gouvernance Alpha et le cas Chantal Cole
Moro Amara Camara Vendredi, 28 Décembre 2012 17:02
Investi officiellement dans ses fonctions de président de la République le 21 décembre 2010, Alpha Condé a franchi le vendredi dernier le deuxième palier de son mandat qui en compte cinq. D’ordinaire, cet événement est une occasion pour la classe politique de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et d’évaluer le parcours accompli. Qu’il soit de la mouvance ou de l’opposition, chaque leader est libre, selon sa conviction et son obédience, de discerner des bons ou mauvais points à la gestion de l’homme. Par rapport à la gouvernance de ces deux premières années, le président de l’Union des forces du changement (UFC) et porte-parole de l’ADP et du Collectif, dresse un bilan peu reluisant pour le président Condé. A cette même occasion, Aboubacar Sylla sort de sa réserve et s’exprime pour la toute première fois sur les accusations et menaces de plaintes de la PDG du groupe ALO Communication, Chantal Cole, à son encontre.
L’Indépendant : Le président Alpha Condé a franchi le 21 décembre dernier le cap de deux ans dans son mandat. A cette étape quel bilan pouvez-vous nous dresser ?
Aboubacar Sylla : Comme au terme de la première année du mandat du président de la République, après cette deuxième année, on est encore au regret de constater que le bilan général reste globalement négatif. Quand vous prenez les bilans politique et social, on peut dire qu’ils sont complètement négatifs.
Quant au bilan économique, on peut affirmer qu’il est mitigé. Ce qui veut dire qu’il y a, certes, quelques aspects positifs dans les actes qui ont été posés par l’exécutif pendant ces deux derniers ans mais les aspects négatifs sont beaucoup plus importants que les côtés positifs. Ce qui fait qu’aujourd’hui, en deux ans, notre pays a connu un recul dans presque tous les domaines.
Quand vous prenez le volet politique, il est d’abord regrettable que notre pays ne soit pas devenu une véritable République démocratique avec les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Simplement parce que le pouvoir, par des manœuvres dilatoires et des entraves de tous ordres, s’est arrangé à ce que les élections législatives ne se tiennent pas, deux ans après l’investiture du président de la République. Depuis deux ans donc, nous sommes dans un pays qui n’a ni Assemblée nationale, ni Cour constitutionnelle, ni Cour des comptes, ni Haute cour de justice, ni Haute autorité de la communication, ni Haute autorité des collectivités locales, ni un médiateur de la République en activité, ni même un Conseil supérieur de la magistrature… Bref, on est dans un pays où l’exécutif dispose de façon exclusive de tous les leviers de commande de l’Etat. Car, à partir du moment où il n’y a pas de système législatif réellement indépendant et efficace, le système judiciaire est aux ordres. La preuve, le président de la République a pu limoger des magistrats de la Cour suprême, en dépit du principe sacro-saint de l’inamovibilité des juges qui garantissent justement l’indépendance de la justice. Autant dire que nous sommes aujourd’hui dans un régime politique où l’exécutif est omnipotent et autocratique. Conclusion, on n’est pas dans une République.
D’autre part, toujours au bilan du président de la République, donc de ce régime actuel, il y a un recul considérable en matière de libertés politiques et les entraves à l’exercice des droits des citoyens sont nombreuses et récurrentes. Vous le savez très bien autant que moi car vous êtes journaliste, vous couvrez régulièrement les mésaventures dont nous faisons souvent l’objet. Nous sommes aujourd’hui dans un pays où les partis politiques qui ne sont pas de la mouvance présidentielle, n’ont pas la liberté d’exercice de leurs activités politiques et n’ont pas le moindre accès aux médias de service public devenus comme au temps du parti unique un simple instrument de propagande du pouvoir. Aujourd’hui, on est en train de s’acheminer progressivement vers l’érection d’un parti Etat. Le RPG est en train de devenir un parti qui ne tolère plus l’existence des autres et qui considère que les autres partis ne sont là que pour mettre les bâtons dans les roues du président de la République et ne sont pas fondés à jouer le rôle constitutionnel qui leur est dévolu, celui de critiquer le gouvernement et de proposer des alternatives à la politique et aux stratégies qui sont menées par le pouvoir.
Un autre bilan négatif en ce qui concerne toujours le côté politique, c’est la situation des droits de l’homme qui ne sont pas respectés et sont régulièrement violés en raison de l’impunité qui les accompagnent. Non seulement les atteintes passées aux Droits de l’homme n’ont pas connu de suite judiciaire mais celles qui se déroulent quotidiennement aujourd’hui ne font l’objet d’aucune enquête même administrative, encore moins de sanction réelle. C’est-à -dire que tous les évènements tragiques du 28 septembre 2009 et ceux qui se sont déroulés après et avant, en 2010, 2008 et 2007, sont totalement occultés. Aujourd’hui, les présumés coupables ou les responsables de ces actes de violation des Droits de l’homme sont en totale liberté quand ils ne sont pas promus ou décorés par l’actuel président de la République.
En ce qui concerne le bilan social, tous les Guinéens sont effrayés par la déchirure du tissu social et inquiets de l’absence de cohésion du corps social. Alors que tous avaient cru que le nouveau président de la République allait engager une dynamique politique de réconciliation, on se rend compte que la réconciliation lancée au départ de son mandat n’a été qu’un slogan creux. Aujourd’hui, il n’y a absolument aucune action allant dans le sens de la reconstruction de la cohésion sociale durement éprouvée par la dernière élection présidentielle, précisément par l’ethno-stratégie appliquée par les uns et les autres, ce qui a malheureusement amené les Guinéens à se recroqueviller sur leur ethnie, sur leur communauté et sur leur région. Rien n’a été fait dans le domaine de la réconciliation nationale. On a juste mis en place une commission de réflexion qui n’était composée que de deux personnes. Depuis que ce comité a publié un pré-rapport, on ne parle plus de réconciliation. Aujourd’hui, plus que jamais, les actes posés par l’exécutif vont dans le sens de la division des Guinéens avec des affectations sélectives dans l’administration publique faites sur la base des appartenances ethnique, régionale ou politique. Tout ceci amène certains Guinéens à penser qu’ils sont les exclus de la gouvernance actuelle. Cet ostracisme les amène à se replier sur leurs communautés pour se « sécuriser » et bien entendu, c’est la nation guinéenne qui se déchire. Il faut dire aussi au plan social que toutes les familles guinéennes se plaignent de la faiblesse de leur pouvoir d’achat, du chômage élevé et de l’insécurité galopante. Bref, il faut dire dans ce domaine qu’en deux ans, la Guinée a connu des reculs considérables auxquels on ne pouvait pas s’attendre avec l’avènement au pouvoir d’un président démocratiquement élu qui avait, pendant des longues années d’opposition, prôné l’avènement d’un Etat plus fort, respectueux des droits de l’homme, des libertés démocratiques et soucieux de l’amélioration du bien-être des Guinéens.
En ce qui concerne l’aspect économique, le bilan est mitigé. Parce que, quoi qu’on dise, il faut reconnaître qu’il y a eu quelques succès même si ces succès ne sont pas exclusivement le fait du pouvoir actuel. Il s’agit de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE qui n’a cependant été possible que par la compréhension pour ne pas dire plus, de la part du mouvement social guinéen. C’est parce que les syndicats et la société civile en général, ont accepté d’observer une trêve sociale pendant près de deux ans, que le gouvernement a pu effectivement faire les économies financières nécessaires et réussi à observer un minimum de discipline budgétaire. Il y a aussi la signature du 10e FED (le Fonds européen de développement) qui peut être considérée comme un acquis positif, bien que la conditionnalité liée à ce programme ait été levée sur une manipulation de l’Union Européenne par les autorités actuelles. Puisqu’on a présenté à l’Union Européenne un chronogramme qui n’était pas consensuel, qui ne résultait même pas d’une décision effective de la CENI. Parce que c’était la conditionnalité pour signer le 10e FED et pour débloquer au moins les 16% du montant concerné. Qu’à cela ne tienne, nous, nous n’avons pas le fétichisme des dates. La conclusion de l’accord du 10e FED, c’est une très bonne chose. Parce qu’avant d’être des leaders politiques, nous sommes d’abord des citoyens guinéens, nous sommes soucieux de l’intérêt de notre pays et nous sommes très attentifs à tout ce qui peut amener les citoyens guinéens à bénéficier d’un minimum de bien-être et bénéficier de meilleures conditions de vie et de travail. Mais, l’opposition que nous sommes, exige qu’on respecte scrupuleusement les principes et les règles pour qu’on puisse aller à des élections apaisées. Les élections ne peuvent être apaisées que si elles sont effectivement transparentes. C’est seulement à ce moment que les résultats de ces élections sont susceptibles d’être acceptées par tous et peuvent ne pas donner lieu à des contestations et à des conflits post électoraux dont personne ne peut prévoir aujourd’hui l’envergure et les conséquences. Nous espérons vivement que le pouvoir comprendra qu’après avoir obtenu le 10e FED, la solution maintenant est de revenir à la réalité et d’arrêter les fuites en avant en renonçant à toute tentation de passage en force. C’est-à -dire revenir à un chronogramme légal, réaliste et applicable, tenant compte de nos deux dernières revendications : le changement d’opérateur technique et le vote des Guinéens de l’étranger. Puisque ce sont des exigences qui sont en accord avec le cadre légal et réglementaire en vigueur.
A côté de ces acquis, il faut relever le nombre incalculable de défaillances et d’échecs qui se reflètent dans l’aggravation du chômage liée au ralentissement de l’activité économique, la persistance des phénomènes de corruption et de détournement des deniers publics, la faiblesse de l’offre de services sociaux de base (énergie électrique, eau, soins de santé, routes et pistes rurales), la fermeture de grandes entreprises publiques et privées du fait de la détérioration du climat d’investissement, le renoncement des majors miniers à réaliser les mégas projets qui étaient projetés, la hausse continue du coût de la vie, l’absence de performances de l’administration publique dont la réforme est en panne, la faible qualification de la justice et j’en passe…
Pour résumer, je peux dire que c’est un bilan qui, à mon avis et de l’avis de beaucoup d’observateurs, est globalement négatif. On peut se poser la question de savoir pourquoi il en est ainsi. Je pense que la cause principale réside dans l’absence de volonté politique réelle et la faiblesse du leadership, parce que la gouvernance qui s’exerce dans ce pays depuis deux ans, n’est pas de bonne qualité, loin s’en faut. Cette gouvernance s’appuie sur un exécutif qui a été désigné selon des critères qui sont loin des exigences d’efficacité, de compétence et d’intégrité nécessaires pour gérer un Etat. On a choisi des personnes simplement parce qu’il fallait dans l’entendement du nouveau Président récompenser certains et coopter d’autres auxquels on attribue des aptitudes à mobiliser des militants en faveur du parti au pouvoir. Bref, c’est sur des bases clientélistes plus qu’objectives qu’on a recruté les membres de l’exécutif. Donc, on a aujourd’hui un gouvernement qui est plus un gouvernement de campagne électorale qu’un gouvernement de développement. Résultat, ce sont tous les secteurs économiques du pays qui sont mal gérés et totalement sinistrés. Dans ces conditions, le gouvernement actuel ne peut pas brandir un bilan ou présenter des résultats qui peuvent être à la hauteur des attentes des Guinéens, ni même à la hauteur des promesses de campagne du candidat Alpha Condé.
Récemment madame Chantal Cole, dans un point de presse, s’en est prise à vous personnellement et à votre groupe de presse notamment l’Indépendant et la radio Planète FM en vous accusant d’avoir porté atteinte à sa réputation. Que répondez-vous à ses accusations ?
Je ne vais pas lui faire cet honneur d’engager une polémique avec elle. Je crois que tout le monde la connaît pour ses frasques, c’est une dame en quête perpétuelle de notoriété. Je pense que j’ai des choses beaucoup plus importantes à faire que de répondre à de tels propos.
Propos recueillis par Camara Moro Amara
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
Commentaires
Il n' ya que l'ignorance extrême,le snobisme et le manque de patriotisme et d'ambition qui puissentt conduire un guinéen ä affirmer ou ä penser que le PPTE et le FED,constituent un bien pour le pays.Tant il ne s'agit lä que de gouffres dans les quels on plonge et hypothéque l'avenir de toute la Nation.D'autant plus qu'il est evident que ces dettes ne serviront qu'ä enrichir les vautours qui tournent ä leurs alentours.
Avec toutes les potentialités de notre pays,cela relève d'une incurable mediocrité de fonder l'espoir sur des dettes.Tout leader qui approuve aujourd'hui que la Guinée s'endette pour avancer est disqualifié ä mes yeux pour gouverner.Comment pourrais-je respecter un mendiant de dettes comme chef de mon pays?
Des Etats beaucoup moins nantis que notre pays avancent sans PPTE et sans FED,pourquoi pas la Guinée.
Alfa Condè est disqualifié de toute positivité dès lors que son arrivée au pouvoir a montré qu'il est le président des malinkés du RPG.Il est stupide de parler d'aspect positif,lorsqu'on sait que même les dettes qu'il obtient au nom de la Guinée seront consacrées au service exclusif des malinkés du RPG.
Tous ceux qui ont oeuvré pour l'atteinte du PPTE et l'obtention du FED sous Alfa Condè sont des criminels et des traitres qui seront traduits en justice et condamnés pour haute trahison et pour crimes économiques quand viendra au pouvoir: un véritable fils de la terre de nos ancêtres.








