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Dr Zalikatou Diallo : « Nous nous battons pour que le verdict des urnes soit accepté de tous … »
Saidou Hady et Boubacar N’dourou Jeudi, 27 Décembre 2012 18:01
Mme Traoré Zalikatou Diallo est la secrétaire nationale du PEDN, le parti de Lansana Kouyaté. Dans cette interview, elle aborde les sujets d’intérêt national, notamment le bilan des deux ans de présidence du Pr Alpha Condé, au triple plan politique, économique et social.
Le Démocrate : Vous êtes secrétaire nationale du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN). Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique actuelle de la Guinée ?
Dr Zalikatou Diallo: La situation sociopolitique actuelle de la Guinée laisse à désirer. Parce qu’il y a énormément de problèmes. Sur le plan social, il y a une précarisation progressive des conditions de vie des populations. Ça allonge la déjà longue liste des tourments qui les assaillent, liés à certains facteurs politiques, économiques. Il est urgent que ce défi soit relevé pour ne pas qu’on aille à des situations non souhaitées. Sur le plan social toujours, il y a des tensions qui sont toujours vives. Vous n’êtes pas sans savoir qu’après les élections présidentielles, le tissu social guinéen était plus que déchiré. On n’a pas assez fait pour pouvoir colmater ces brèches. Et chaque fois qu’on s’achemine vers d’autres échéances, les tensions sociales se multiplient. Il y a la division ethnique, qui n’est pas souhaitable dans un pays. Nous souhaitons que le plus vite possible on puisse y remédier parce que l’unité nationale, il n’y a rien de mieux pour la cohésion et pour la stabilité, le développement socioéconomique d’une nation. Sur le plan politique, les élections législatives étaient censées avoir lieu six mois après l’investiture du président de la République. C’est-à -dire au moins au mois d’avril ou mai 2011 et malheureusement jusqu’à présent les élections législatives ne sont pas réalisées. Ceci est dû à des discordances majeures entre les différents courants politiques du pays, la mouvance présidentielle et l’opposition représentée par l’ADP et le Collectif. Vous avez suivi tout ce qui s’est passé. Il y a un manque total de dialogue. Il y a eu un dialogue organisé au Palais du peuple, fin décembre 2011 et début janvier- février 2012, mais qui n’a abouti à rien. Malheureusement les trois groupes politiques qui se sont retrouvés au cours de ce dialogue, notamment la mouvance présidentielle, le Collectif et l’ADP et le centre, n’ont fait qu’un étalage de leurs divergences. Un rapport a été produit et ce document est resté sans suite malgré les appels que nous avons lancés à la médiation qui était mise en place pour la circonstance. Il n’y a pas eu un autre round pour essayer de rapprocher les positions. Donc, on est allé de manifestation en manifestation et finalement il y a eu un gel du processus électoral qui a abouti à la recomposition de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante (CENI). Une nouvelle CENI est mise en place, mais malheureusement les mêmes maux sont en train de revenir. Il y a une CENI sous ordre. Tout porte à croire cela. Les décisions sont prises de façon unilatérale de la part du premier responsable de cette institution. Ça c’est malheureux, parce qu’on sait ce qui s’est passé avec l’autre CENI qui était également sous ordre. Et on risque de continuer dans cette même dynamique et il n’est pas souhaitable que cela continue. C’est pourquoi la classe politique au niveau de l’ADP et du Collectif lance un appel au gouvernement pour laisser la CENI faire son travail de façon indépendante sans pression, et que les commissaires de la CENI respectent le règlement intérieur.
Le président de la CENI, Bakary Fofana, a fixé la date des élections législatives au 12 mai prochain. A votre avis, cette date est-elle tenable ?
Honnêtement, mon souhait serait que la date soit tenable. Ce n’est pas une question de date pour l’ADP et le Collectif. Notre souhait c’est d’aller maintenant le plus vite que possible. Mais il s’agit de voir le chronogramme, la date qu’il a indiquée de façon unilatérale. Il n’y a pas eu un consensus entre les commissaires. La décision n’a pas été prise en plénière dans les règles de l’art. Selon leur règlement intérieur, il faut que les décisions soient prises en plénière. Cela n’a pas été fait, et de façon unilatérale, il est allé programmer cette date pour des fins inavouées. Certains pensent que c’est pour obtenir le 10e FED (Fonds européen de développement), mais qu’à cela ne tienne, il ne faut pas faire entorse au règlement intérieur de l’institution surtout que cette CENI constitue aujourd’hui l’espoir de tout un peuple. Et ils ont commencé à travailler dans l’harmonie, la cohésion. Ils se sont rendus à Bel-Air pour leur retraite, ils n’ont pas produit de chronogramme, mais ils ont vraiment travaillé avec l’assistance des partenaires au développement. Ils ont sorti des textes, comme ils étaient en train de travailler pour essayer de faire un chronogramme, ils ont décidé de ne pas sortir de date où de chronogramme jusqu’après le 22 décembre, après avoir fini de prendre connaissance du rapport des experts de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie). Ils ont fait fi de tout cela. Et par la suite il programme une date qui a créé un problème. Et dix commissaires ont signé une pétition pour se désolidariser de cette date.
L’ADP et le Collectif exigent le départ de l’opérateur Waymark et le vote des Guinéens de l’étranger. Ne pensez-vous pas que cela va retarder davantage la tenue des élections législatives tant attendue par les Guinéens ?
A mon humble avis, pas du tout. Dans la mesure où si on a la volonté politique d’aller aux élections législatives après l’échéance on peut. On ne veut pas de l’opérateur Waymark, pour la simple raison que nous avons constaté des dysfonctionnements majeurs. Ensuite, cet opérateur n’a pas été recruté dans les règles de l’art. Il a été recruté avec un marché gré à gré sans appel à la concurrence, sans cahier des charges. Nous l’avons suspecté depuis et nous avions dit haut et fort et ça a été confirmé par les experts du PNUD qui ont fait un audit et qui ont montré les faiblesses du système Waymark. Ensuite cela est confirmé par les experts de l’OIF qui ont fait également un audit montrant 20 dysfonctionnements et des recommandations. Après leur retour, ils ont trouvé que leurs recommandations n’ont pas été prises en compte et il était impossible de les corriger. Donc cela nous a confortés dans notre position selon laquelle le système Waymark avec Sabary Technologie ne sont pas en mesure d’organiser un scrutin crédible. Or nous, l’ADP et le Collectif, nous nous battons pour que le verdict des urnes soit accepté de tous. Et la condition sine qua non, pour que cela soit effectif, c’est la confiance réciproque entre les acteurs politiques et les institutions chargées d’organiser les élections, notamment la CENI. Pour ça, il faut un fichier électoral consensuel issu d’une révision consensuelle, la quiétude et la transparence. Donc, ce couple Waymark-Sabary Technologie ne répond pas à ces critères et ne nous rassure pas. Et nous n’entendons pas aller à des élections avec ce couple. Ça c’est exclu. Et la loi recommande que les Guinéens de l’étranger votent pour les élections législatives sur la liste nationale. Ce n’est pas nous qui le disons, il faut le respect de la loi. Nous revendiquons cela. Il faut que nos revendications légitimes soient prises en compte.
Qu’est-ce qui explique aujourd’hui l’absence prolongée en Guinée de M. Lansana Kouyaté, président du PEDN ?
Ce n’est pas une absence prolongée. Figurez-vous que Lansana Kouyaté a séjourné cinq mois d’affilée en Guinée. Ça c’était quand même rare. Et maintenant il a pris congé. Il avait beaucoup de rencontres en Europe, en Asie. Son calendrier est très chargé et très prochainement il va regagner l’Afrique par la Côte d’Ivoire, puis la Guinée.
Avez-vous un bilan à dresser des deux ans de règne d’Alpha Condé ?
Vous savez, l’année dernière, on m’a posé la même question concernant l’an un. J’avais dit que le bilan est mitigé. Mon président, lui, est allé plus fort pour dire que le bilan est globalement négatif cette année. Après deux ans, on n’est pas surpris de la situation actuelle dans la mesure où les élections législatives n’ont toujours pas eu lieu. Une Assemblée nationale crédible mise en place impliquerait la sortie de la Guinée de cette précarité institutionnelle. Après les deux ans, il faut le dire, les élections n’ont toujours pas eu lieu et les investisseurs hésitent. Il y a eu une panoplie d’investisseurs qui sont venus, on les voit à la télé, dans les journaux, qui désirent investir en Guinée. Mais c’est toujours le statu quo. Les institutions financières internationales attendent. Cette attente interminable pour aller aux élections nous laisse tous au supplice .C’est pourquoi on va dire encore que les résultats sont mitigés. Les deux ans-là , on aurait beaucoup fait si on avait respecté les échéances électorales.
Quel message avez-vous à lancer au peuple de Guinée ?
Je demande au peuple de Guinée de rester toujours mobilisé autour de l’ADP et du Collectif pour que nos revendications soient satisfaites. Ce sont des revendications légitimes. Nous cherchons à avoir une Assemblée nationale crédible, c’est-à -dire que les députés issus de ce scrutin soient le verdict des urnes. Ainsi, une fois une telle Assemblée crédible mise en place, cela va sans dire que la Guinée sera beaucoup plus crédible, beaucoup plus stable, la confiance va renaître et les députés vont siéger pour défendre l’intérêt de ce peuple de Guinée. Qu’il nous accompagne pour qu’enfin la dernière ligne droite-là soit réglée, à savoir le départ du groupe Waymark/Sabary Technologie pour qu’un nouvel appel d’offres international soit lancé, ne serait-ce qu’une consultation restreinte pour qu’on recrute un nouvel opérateur qui fasse la révision dans les règles de l’art et qu’on passe aux élections. C’est ce que nous demandons.
Saidou Hady et Boubacar N’dourou
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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