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Accusé d’être à la solde du pouvoir, Jean-Marie Doré réplique

Moro Amara Camara & Sarifou Barry  Dimanche, 02 Décembre 2012 17:13

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DORE_Jean-Marie_10_01Soupçonné par certains de ses « alliés » circonstanciels de l’opposition d’être à la solde du pouvoir dans le cadre de la recomposition de la CENI, l’ancien premier ministre de la transition et secrétaire général de l’UPG, très connu pour n’avoir pas la langue dans sa poche, répond à ses détracteurs dans cette partie de l’interview qu’il a nous accordée. Tout en réaffirmant l’appartenance de son parti au centre, Jean-Marie Doré plaide instamment en faveur d’une reconnaissance constitutionnelle de cette position politique en Guinée. Lisez ! 

L’Indépendant : Est-ce qu’un éventuel choix d’un troisième opérateur ne va pas être un facteur de retard pour la tenue des élections ?

Jean-Marie Doré : Si on tient compte seulement de ces contraintes et qu’on fasse des élections bâclées, c’est tout aussi grave. Parce que l’assistance de l’Union Européenne, c’est dans l’intérêt des populations. Mais, si les populations ne sont pas regroupées pour recevoir cette aide-là, à quoi elle sert ? C’est pourquoi, l’une et l’autre des préoccupations doivent être prises en compte. J’ai toujours dit et je le répète dans vos colonnes, le 15 novembre 2011, le président Alpha Condé avait eu l’idée heureuse de regrouper autour de lui un certain nombre de partis et avait dit que pour tous les principaux problèmes qui interpelleraient la Guinée, il appellerait ces gens-là pour leur dire ce qu’il pense, pas pour débattre avec lui des détails, mais pour connaître un peu la température à partir des contacts avec les leaders. Puis malheureusement, je le regrette profondément, il a cessé, pour des raisons qui lui sont propres, de maintenir ses contacts avec ces partis politiques. Il faut qu’il reprenne le bâton du chef, qu’il convoque la classe politique et qu’on en parle. Ce n’est pas un secret. On ne peut gouverner la Guinée qu’avec la classe politique, avec la critique des journaux.


Faut-il s’appuyer sur la CENI pour faire le choix d’un nouvel opérateur ou bien faut-il trouver une autre formule consensuelle ?

Non, ce n’est pas de la compétence de la CENI. C’est une affaire de gouvernement et des acteurs politiques.


Pourtant, il est indiqué dans le code électoral et dans la loi instituant la CENI, qu’elle reste la seule administration chargée d’organiser les élections. Ne pensez-vous pas qu’elle a son mot à placer lorsqu’il s’agit du choix comme celui d’un opérateur qui aura pour mission la révision du fichier électoral, gérée par la même CENI ?

La CENI exécute les décisions prises au niveau du gouvernement et des partis politiques. La CENI ne fait pas de loi. Elle applique les lois. Pour une activité aussi importante que la révision des listes électorales, parce que c’est elle qui donne confiance et crédibilise le caractère transparent du scrutin, je pense que ce n’est pas de la compétence de la CENI de s’occuper de cela. Il faut que la décision vienne du gouvernement et des acteurs politiques. Parce que pour recruter la Sagem, on n’a pas demandé l’avis de la CENI. Donc, dans les mêmes conditions, nous demandons qu’on recrute dans cette short-list liste des Nations Unies dont Waymark est exclue. Vous savez, on connaît beaucoup de choses sur Waymark. Les gens croient qu’on a des comptes personnels à régler avec Waymark. Je ne connais même pas le nom de son directeur en Guinée. Mais ce qu’en disent les spécialistes du PNUD et de l’OIF, c’est ce qui détermine. Parce que je ne suis pas un spécialiste des questions informatiques. Or, c’est une question d’informatique. On peut modifier les données qui sont dans les machines de Waymark, c’est très dangereux. On peut faire toute sorte de manipulation avec les machines de Waymark. Il faudrait que le président nous appelle pour nous dire qu’il a pesé sur Waymark et que les défauts dénoncés, je n’ai pas dit qu’elle était incapable de changer. Si Waymark, entre-temps, s’est amélioré, il faut nous le dire. Est-ce qu’on peut établir que Waymark ne va plus modifier de noms, envoyer les électeurs de Yomou à Labé ou à Tougué et ceux de Mandiana à Boké, si c’est fait, nous irons aux élections. Tant pis pour ceux qui ne voudraient pas y aller. C’est cela, mon problème. Certains font des fixations…, je n’ai vraiment pas le temps de faire des fixations sur quelqu’un. Ce que je voudrais, c’est d’éviter à mon pays, des désordres pendant et après les élections. Parce que la Guinée ne sera crédible que si on fait des élections crédibles. Regardez la Sierra Leone, tout s’y est passé dans le calme et la sérénité. Pourquoi la Guinée n’en ferait pas autant ? Et puis, certains craignent que si le Président n’a pas la majorité à lui tout seul, l’Assemblée sera ingouvernable. Je récuse de telles affirmations. Parce qu’on a vécu l’exemple de la première Assemblée nationale. Quand nous avons été à l’Assemblée, le climat était délétère en rentrant. Puis, dès qu’on a constitué des commissions et que les gens ont commencé à y travailler, seuls les nouveaux problèmes qui subsistaient qui faisaient l’objet de débats mais, après, tout rentrait dans l’ordre. Si demain, le président Alpha Condé envisageait ou initiait des projets dans le sens des grands progrès de la Guinée, mais je serais l’un des défenseurs déterminés de ce projet. Mais, si je juge en conscience que ce n’est pas bon, je combattrai. Tout cela se résout par des contacts directs. C’est ainsi que fonctionne l’Assemblée, ce n’est pas tout ce qui est dit à la tribune. Il y a beaucoup de choses qu’on a traitées par des contacts avec le président Lansana Conté, soit directement, soit à travers le président Biro et tout allait bien. On est rodé à tout cela. Parce qu’il ne faut pas retarder la Guinée mais, il ne faut pas aller trop vite pour tomber dans un trou. Le problème de Waymark ne doit pas empêcher le débat responsable. A tout moment, le président de la République peut appeler les leaders politiques pour clarifier, pour leur donner de nouveaux éclairages. Il n’est pas là pour trancher les débats de détails, ce n’est pas son rôle. Il n’est pas du rôle du président de la République de discuter de la forme des cartes des électeurs ou quel jour il faut aller se faire recenser, cela n’est pas son affaire, mais les grandes orientations. Il y a le doute dans la population par rapport à la régularité qui doit gouverner l’organisation des élections. Cela nous permettra de gagner en temps. Parce que le problème du 10e FED est important. Mais, le problème de la transparence des élections est tout aussi important. Parce que le 10e FED ne peut s’appliquer que dans un contexte de confiance réciproque. Puis, il y a de ses choses qui sont en train de se passer actuellement à l’intérieur du pays, qui sont des choses inquiétantes.

 
Lesquelles ?

Vous avez des gens qui quittent dans les préfectures et vont dans les CRD pour dire au président de la CRD d’affirmer son appartenance au RPG. Puis, on le fait signer sous peine d’un remplacement. Cela n’est pas normal. Parce que nous nous sommes toujours élevés contre ces genres de pratique du temps de Conté.


Avez-vous des cas d’exemple à communiquer ?

Pas à ce stade-là. Je n’ai pas un exemple, j’ai des cahiers, une longue liste. A Faranah, Kissidougou, Guéckédou, Macenta, N’Zérékoré. Il faut que les gens comprennent que les Guinéens ont mûri et évolué. Je ne vois personne ni Cellou Dalein ni Kouyaté ou d’autres, qui ont le couteau entre les dents pour chercher à aller en découdre avec le président Alpha Condé. Mais, ce sont des hommes qui veulent être respectés et que quand on leur parle, on leur parle avec considération. C’est-à-dire en leur disant la vérité. Parce qu’un chef d’Etat n’a pas toujours la situation facile. Il peut être amené à poser des actes par nécessité. Il se trouve qu’Alpha a une chance inouïe. La plupart des hommes politiques d’envergure sur la scène aujourd’hui, connaissent tous ce que c’est que l’Etat. Sidya a été le premier premier ministre dans la deuxième République, après il y a eu Cellou, Kouyaté, Souaré, Komara, Jean-Marie Doré et aujourd’hui Saïd Fofana. Quand on leur dit, il y a telle difficulté, certainement qu’une fois dans l’exercice de leur fonction, ils ont été confrontés au même problème et ce n’est pas un problème qu’on peut expliquer au grand public. Parce qu’il ne comprendrait pas, non parce qu’il est bête. J’adjure le président Alpha Condé de rééditer la rencontre qu’il avait eue avec les partis politiques le 15 novembre 2011. Parce qu’il faut qu’on sorte de cette situation. Il ne faut pas voir dans une seule direction. On ne peut pas exécuter le vouloir d’une seule région ni deux régions. Il faut embarquer tout le monde dans le train. C’est cela, mon point de vue. Nous étions quatre, nous restons deux, Alpha Condé et moi. Il est plus âgé que moi et sincèrement je souhaite qu’il réussisse. Parce que s’il ne réussit pas, ce sera l’échec de notre génération. C’est cela la vérité. Je souhaite qu’il s’oriente bien et qu’il pose de bons actes qui fassent accélérer la vitesse à sa machine. Parce que quand je vois qu’on a déjà fait deux années… J’aurais voulu nous voir dépasser le cadre du temps qu’il a mis pour faire autre chose que de se chamailler toujours sur la question de révision du fichier électoral. Si on se chamaille sur la question de liste électorale, quand les grands problèmes vont venir demain, qu’est-ce qu’on va faire. C’est ce qui ne paraît pas correct.


Un autre problème qui sème aujourd’hui la zizanie dans l’opposition, c’est la présence de l’UPG, votre parti, qui se réclame toujours du centre, dans les rangs de l’opposition radicale. Quelle interprétation donnez-vous à cette présence du représentant de l’UPG parmi les 10 représentants de l’opposition alors que vous êtes centriste ?

(Rire.) L’UPG n’est rien dans tout cela. L’UPG a déposé comme le groupe CDR à la demande du ministre, sa liste. Mais, il faut rappeler que le ministre dans un premier courrier avait demandé aux partis impliqués dans le scrutin, de déposer la liste de leurs représentants. Immédiatement, nous avons déposé le nom de notre représentant, Jacques Bonimy. Mais, entre-temps, on a dit non, on s’adresse aux alliances. Donc, nous avons fait une liste de six personnes qu’on a déposée au ministère de l’Administration du territoire. Je dois aussi rappeler que Jacques Bonimy était le rapporteur lors des discussions entre le gouvernement et les partis politiques pour la création de la CENI. Il était le rapporteur du texte créant la CENI et que depuis lors, il a été membre de la CENI, apprécié de tous. Je peux avoir un point de vue, si Jacques voit que je n’ai pas raison, il me répond aussitôt qu’il ne peut aller défendre une telle position à la CENI. Parce que, ce n’est pas conforme. C’est un garçon qui est libre de ses opinions mais aussi discipliné. Je crois que le président Alpha Condé a tenu compte du fait qu’on ne peut pas faire une CENI sans l’UPG. Et cela lui a plu de nous mettre dans l’opposition. Comme ça aurait pu lui plaire de nous mettre dans la Mouvance. Je ne suis pas intervenu jusqu’ici. La revendication du CDR (Club des républicains), était que notre groupe soit plus distinctement au sein de la CENI. Mais, il se trouve qu’au départ, un projet de loi a été fait pour la recomposition de la CENI qui n’a pas reconnu le centre. Alors que pour le dialogue, le gouvernement nous a toujours régulièrement invités en tant que centre classique, c’est le vocabulaire qu’ils ont trouvé là-bas. Ce n’est pas moi qui l’ai trouvé. Si maintenant pour composer la CENI, on oublie le centre, je n’y suis pour rien. Parce que quand la loi a été déjà votée, le CDR a été voir monsieur le ministre de l’Administration du territoire pour le prier de demander au président de la République d’amender la loi pour prévoir le centre. A mon avis, c’était la meilleure forme. Mais, je crois qu’un certain nombre de considérations, ont amené le président de la République à ne pas accepter cette voie qui, d’un certain point de vue, était acceptée. Mais les préoccupations de celui qui gère, sont une chose et celles du demandeur, c’est une autre. J’étais en Forêt quand on m’a téléphoné pour me dire qu’on nous a mis dans le groupe de l’opposition. C’est en application d’une loi. Je peux critiquer cette loi, mais je suis obligé d’accepter son application. Je n’ai rien demandé. Je n’ai pas demandé d’aller dans l’opposition ou dans la mouvance. J’ai demandé pour le centre. Ce n’est pas un problème pour moi. Si le Collectif et l’ADP ont cru devoir saisir la Cour suprême, je crois qu’ils l’ont fait ou qu’ils vont le faire, c’est leur droit, ils exercent un droit constitutionnel. Voici ce que je peux donner comme explication.


Dans les rangs de l’opposition, certains leaders murmurent que l’UPG est le parti « taupe » que le Président a introduit dans leur groupe pour essayer de les déstabiliser. Que répondez-vous ?

Je sais que ce n’est pas le point de vue de Cellou ni de Kouyaté. Parce qu’ils savent qui je suis. Mais, s’il y a des gens qui vont murmurer sous les manguiers pour exprimer leur état d’âme, cela ne ferait ni chaud ni froid. Parce que tout le monde me connaît depuis longtemps. Je ne vois pas pourquoi je serais une taupe. Une taupe, c’est un petit animal qui vit sous terre… Regardez, le soleil brille dans ma cour ici, est-ce que quelqu’un dont la cour est directement éclairée par le soleil, peut être taupe. J’ai le regard clair, le verbe haut quand il le faut. Alors, je ne vois pas pourquoi je vivrais comme une taupe. Vous savez, le Guinéen a la magie de se qualifier en s’adressant à autrui. Non, je vais vous dire catégoriquement ni Jean-Marie Doré ni aucun cadre de l’UPG ne peut revêtir la peau d’une taupe. Nous sommes classés dans l’opposition, nous ferons notre travail en ne regardant que l’intérêt national, exclusivement. L’intérêt national aujourd’hui veut que la Guinée soit stable, que les élections soient organisées dans un contexte de transparence, de crédibilité et de légalité et que demain, l’Assemblée nationale fonctionne pour le bien du peuple de Guinée, que ce soit un lieu où on s’oppose systématiquement au gouvernement et ou bien qu’elle soit une chambre d’enregistrement des volontés du gouvernement. Non, en ce moment la Guinée perdrait. Il ne faut pas y aller pour combattre coûte que coûte, aveuglément le gouvernement, il ne faut pas non plus aller pour se mettre à plat ventre pour dire seulement oui à monsieur le président, non. Ici, le fait que nous soyons classés pour la CENI dans l’opposition… C’est-à-dire, il faut faire très attention, nous ne sommes pas devenus une force d’opposition, nous sommes du centre. Mais, à la CENI, le groupe de 10 là, devant une concertation responsable…, pour éviter des dissonances inutiles. C’est le plus important. Ce qui ne veut pas dire que la loi a fait de l’UPG, un parti de l’opposition, non. L’UPG reste un parti du centre.


Mais une fois, il faudrait vous battre pour que votre existence soit matérialisée par une loi ?

On va y arriver. Il faut qu’on aille à l’Assemblée. Il y aura cela et c’est obligatoire. Parce ce que la Guinée est quand même le seul pays au monde où vous avez la droite et la gauche, il n’y a pas de centre. C’est absurde cela. Nous n’aimons pas mettre la charrue devant les bœufs. Mais nous voulons que dans l’intérêt de notre pays, profondément dans l’intérêt de l’accélération des vrais progrès pour notre peuple que le gouvernement soit libéré de problèmes futiles qui l’empêchent d’aller de l’avant.


Interview réalisée par Camara Moro Amara & Sarifou Barry
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu

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