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Ousmane Diallo : « la Cour suprême devra être capable de dire le droit, rien que le droit »

Zézé Guilavogui  Mardi, 20 Novembre 2012 18:19

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DIALLO_Ousmane_UFDG_2_01Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, Ousmane Diallo, le chargé de communication du Bureau exécutif de l’UFDG, est revenu sur les sujets brûlants de l’actualité sociopolitique du pays. 


Le Démocrate : La CENI vient d’être recomposée au forceps, pour preuve l’ADP et le Collectif ont accepté d’y siéger à contrecœur, avec l’intrusion d’un centriste sur leur liste. Pensez-vous que cette décision est sage ?

Ousmane Diallo : Oui ! En fait, bien sûr, je pense que tous les observateurs guinéens, tous ceux qui sont au fait de la politique de ce pays constatent quand même une violation manifeste de la loi. Il n’est pas prévu dans nos lois qui ont instauré la réforme de la CENI, une place pour le Centre. Or, M. Jean-Marie Doré se revendique le Centre avant et après cette désignation. Donc le quota qui est réservé pour l’opposition pose un problème. Néanmoins, il semble que l’opposition a adopté une position extrêmement sage, pour donner une chance à la reprise du processus électoral. Même si nous poursuivons, bien entendu, la démarche auprès de notre institution qu’est la Cour suprême, en espérant que le droit sera dit et que le dixième manquant de l’opposition va être rétabli dans ses droits. Donc, c’est une occasion que nous donnons au pouvoir, que nous donnons à la communauté internationale pour aller siéger dans cette institution en espérant qu’elle jouera son rôle en parfaite harmonie avec la loi de ce pays, sans influence extérieure, pour permettre à la Guinée de sortir de cette situation qui n’a que trop duré par le manque de volonté du pouvoir.


Qu’en est-il du recours à la Cour suprême envisagé par l’ADP et le Collectif ?

Nous faisons appel à cette institution judiciaire pour essayer de nous rétablir dans notre droit. Je crois que c’est une démarche importante. Elle met aussi l’institution face à sa responsabilité, en espérant que le droit sera dit. Bien sûr, nous savons que la Guinée sort d’une situation d’exception, avec du non-droit. Nous ne nous faisons pas énormément d’illusions quant à l’issue de ceci, mais nous prenons à témoin à la fois l’opinion nationale et internationale en parlant de cette action du gouvernement. C’est-à-dire, cet abus, cette violation de la loi, ne doit pas être considéré comme un précédent qui pourrait opposer la majorité à l’opposition. Je pense notamment au cas de Waymark qui est un autre dossier extrêmement épineux. Pour le cas des Guinéens de l’étranger, nul ne sera intransigeant si toutefois le pouvoir voudrait réitérer cette violation de la loi. Donc le geste que nous faisons aujourd’hui, on a siégé à l’institution qu’est la CENI, donc cette décision de l’opposition doit être considérée comme un geste de bonne foi, comme un geste de bonne volonté, comme une manifestation claire de faire de concessions et de donner une chance au dialogue à la concertation. Et nous espérons que cette démarche sera entreprise par le pouvoir, pour permettre à notre pays de sortir de cette situation de transition qui pourrait être comme jurisprudence qui pourrait prospérer dans notre pays. Nous n’accepterons plus jamais une violation de la loi, et la Cour suprême, en étant saisie, devra être capable de dire le droit, rien que le droit, au bénéfice des citoyens qui sont abusés par l’usage disproportionné, un abus manifeste du gouvernement et du président de la République.


Quelle lecture faites-vous de la composition du bureau de la CENI ?

Disons qu’il n’y a pas beaucoup de surprises, parce que le nom de Bakary Fofana avait circulé largement dans tout le pays. Tout le monde savait qu’il était manifestement téléguidé par le pouvoir. Le choix a été téléguidé, puisqu’il a fini par s’imposer à tous. Mais au-delà des polémiques qui ont entouré la désignation du personnage, parce qu’il faut le rappeler, il ne fait pas l’unanimité au sein de la société civile. On a vu le forcing avec lequel le pouvoir l’a imposé à la tête de cette institution. Mais malgré tout cela, nous le jugerons aux actes. Nous le jugerons face à sa responsabilité, face à son comportement. C’est comme ça que nous allons le juger. Je pense que les premiers actes qu’il va poser, les premières déclarations qu’il va faire, seront regardés à la loupe par l’opposition, par le peuple, pour savoir vraiment si on obéit qu’à la loi et rien qu’à la loi, ou s’il est téléguidé pour mieux agir au profit du pouvoir en place. Donc si les premiers actes du président de la CENI vont dans le sens du respect de la loi, vont dans le sens de la neutralité de son institution, pourquoi pas. Mais s’il confirme les soupçons qui pèsent énormément sur lui, alors là nous n’aurions pas d’autre choix que de reprendre le combat politique pour contester les décisions qui seront en violation manifeste de la loi.


Pensez-vous que Bakary Fofana va s’affranchir des travers qui ont terni l’image de l’équipe sortante et de son président Lousény Camara ?

Ça va être difficile, dans la mesure où le personnage n’est pas connu comme quelqu’un qui est impartial, comme quelqu’un qui est neutre, ou quelqu’un dont le jugement pourrait être considéré comme neutre et dans le sens de la loi. Donc ce n’est pas quelqu’un qui est connu par son comportement impartial. Maintenant, nous allons continuer à observer. Comme je l’ai dit tantôt, pour voir s’il est capable de s’affranchir de tous les travers de la gouvernance de Lousény Camara à la tête de l’institution qu’est la CENI. S’il n’est pas capable de cela, alors il subira exactement les foudres de l’opposition et celles de la communauté nationale et internationale. Nous le pousserons à quitter s’il n’est pas capable d’agir dans l’esprit de la loi. Donc, nous aurons espéré que l’homme peut changer, qu’il est perfectible, donc qu’il va agir en tenant compte de l’intérêt de tous les partis politiques, du peuple de Guinée uniquement.

Quand on voit la tentation de caporalisation qui mine le pouvoir en place, qui cherche à caporaliser à la fois toutes les institutions de ce pays : judiciaire, politique, les institutions indépendantes, on sait bien que le pouvoir qui est actuellement en place n’est pas de nature à favoriser l’indépendance et le dialogue. Nous allons l’observer à travers son comportement et ses premiers pas vont nous donner cette indication, pour voir dans quelle direction il va conduire la Guinée dans le processus électoral..


Interview réalisée par Zézé Guilavogui
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu

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