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Baidy Aribot, président de l’AFAG : « Je suis venu me battre aux côtés de l’ADP et du Collectif… »

Sarifou Barry  Vendredi, 16 Novembre 2012 15:03

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ARIBOT_Baidy_2_01Baidy Aribot, président de l’Alliance des forces d’avenir de Guinée (AFAG) est rentré au bercail la semaine dernière, après un long séjour à l’extérieur. Ce retour sera mis à profit par cet ancien ministre de la République, reconverti en leader politique, pour jouer sa partition aux côtés de l’ADP et du Collectif en vue d’assoir les bases d’une démocratie véritable dans notre pays. Entretien.


L’Indépendant : Vous avez passé un long séjour hors de Guinée. Peut-on parler d’un exil forcé ?

Baidy Aribot : Exilé c’est trop dire. Je n’ai jamais été exilé puisque j’ai quitté Conakry de manière tout à fait ordinaire comme j’ai l’habitude de le faire. Je suis allé auprès de ma famille parce qu’après des années de gestion au niveau de la plus haute sphère de l’Etat, j’avais vraiment besoin d’être tranquille auprès de ma famille, éloigné de tous les problèmes et du stress qui constituent le quotidien de l’administration à un certain niveau. C’est vrai que cela peut paraître étrange aux yeux de quelqu’un qui n’a pas connu ce genre d’expérience. Comme je le disais tantôt, j’ai quitté Conakry au mois de mars passé, pour des raisons strictement personnelles. Aujourd’hui, j’ai décidé de revenir au bercail pour participer au combat politique engagé par un groupe de partis politiques qui m’a porté à la tête de l’Alliance, aux côtés de l’ADP et du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition. Donc, je suis vraiment revenu pour continuer dans ce sens. Parce qu’on ne peut être leader d’un parti politique et rester toujours à l’étranger pour donner des instructions. Il y a des moments où il faut venir aussi participer au combat de manière directe à côté des militants et des sympathisants qui forment l’Alliance des forces d’avenir de Guinée (AFAG) qui se sont battus avec l’opposition pour obtenir ce qu’on vient d’avoir ces derniers temps. A savoir, la mise en place d’une nouvelle CENI et puis la reconfiguration de cette même CENI conformément à la loi, même si cette loi, dans son esprit, a été violée. Donc, ceux qui se demandent pourquoi j’ai opéré un tel choix, cela ne m’émeut point outre mesure. Je suis sans état d’âme, pour ce qui est de ma volonté de livrer un combat aux côtés des forces que je juge capables de faciliter la consolidation du processus démocratique en Guinée.

Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent mais je crois l’histoire donnera raison à qui de droit.


Pourtant certains de vos détracteurs affirment que c’est le président Alpha Condé qui vous aurait donné des garanties pour que vous décidiez finalement de rentrer au pays. Que répondez-vous à ces insinuations?

D’où vous tirez ces informations ? Avec qui j’ai discuté de ces garanties ? Je n’ai jamais parlé avec le professeur Alpha Condé depuis qu’il est au pouvoir. Je n’ai jamais eu de contact avec lui. Et Alpha Condé, qui est le président de la République, n’a pas à s’occuper de ma rentrée et de ma sortie sur le territoire national. Et puis une garantie par rapport à quoi ? On est en démocratie là s’il vous plaît, les libertés publiques et individuelles sont garanties déjà. Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’on me donne des garanties, qu’on me fera ceci ou qu’on ne me fera pas cela ? Alors franchement, il s’agit-là de rumeurs farfelues. Je pense que le président de la République n’a pas à me donner une garantie pour un quelconque retour parce qu’il ne m’a pas donné de garantie pour partir. Je suis parti de moi-même et je suis revenu.


Alors aujourd’hui, comment se porte l’AFAG, votre parti ?

En fait, ce n’est pas un parti politique, beaucoup de personnes font l’amalgame. C’est une alliance, c’est un regroupement de partis qui forme l’Alliance des forces d’avenir de Guinée (AFAG). Nous sommes d’ailleurs en discussions pour la transformation de l’AFAG en une entité unique, afin de permettre à toutes ces formes disparates d’être contenues dans un même texte. Ce n’est pas à moi d’en dire plus, mais les autres alliés sont en train de travailler sur un document qui sera bientôt soumis à notre assemblée générale. Ce qui nous permettra de poursuivre le combat avec nos collègues des partis politiques de l’ADP et du Collectif.


Pourquoi votre alliance a choisi de se rallier à l’ADP et au Collectif alors que d’autres alliances existent comme les centristes ?

Parce que nous partageons les mêmes préoccupations. A savoir la finalisation de la transition, parce qu’on ne comprenait pas pourquoi les choses tardaient. Il y avait des distorsions au niveau de la CENI. Et pourquoi les pouvoirs publics ne prenaient-ils pas de mesures pour réparer cela ? Une question qui méritait d’être posée. Je partage les mêmes avis que ces partis de l’ADP et du Collectif pour la mise en œuvre de la CENI. Et nous allons continuer le débat pour que les autres points, à savoir la question du fichier électoral et des démembrements, soient réglés pour qu’on aille aux élections. Voilà les raisons qui nous ont poussés à être du côté du Collectif.


Certaines mauvaises langues disent que Baidy Aribot est rentré en politique pour échapper à d’éventuelles poursuites pour corruption ?

Pourquoi ? Quand et où ?


Des rumeurs sur une affaire de cinq milliards de francs guinéens ont circulé à un moment. Qu’en est-il réellement ?

Bon d’accord. Cinq milliards font combien en euros ou en dollars ? Cinq cent mille euros à peine. Vous avez des gens qui ont trempé dans des problèmes se chiffrant à des millions de dollars USD, eux ne sont pas inquiétés. Alors pourquoi Baidy ? Aujourd’hui, des ragots sont relayés selon lesquels, j’ai pompé cinq milliards de francs guinéens des caisses de l’Etat. Franchement, je ne peux que tomber des nues. La vérité est que je ne me reproche rien. Ceux qui en parlent, ils n’ont qu’à vous montrer les preuves. On n’entre pas en politique pour cinq milliards de FG. Si on doit rentrer en politique pour cinq milliards, ce n’est pas dans l’opposition qu’on doit partir, c’est du côté du pouvoir pour échapper à son courroux.


Quels sont vos liens avec le général Sékouba Konaté que certains considèrent comme votre mentor ?

Mentor, c’est trop dire. Le général est un ami de quarante ans. Je ne sais pas pourquoi une telle affirmation. Le général est à la tête des forces africaines au niveau de l’UA. Qu’est-ce qu’il a à voir avec un problème de parti politique ? Si c’est pour être président de la République, il l’a été. Pourquoi un militaire comme lui peut-il revenir encore en politique, pour faire quoi ? Il a fini de faire sa transition, il est parti. C’est quelqu’un pour lequel j’ai du respect. On parle beaucoup des choses nous concernant. Sur notre amitié et notre enfance. Je ne sais pas pourquoi les gens aiment aller sur la base de choses qui ne sont pas fiables. Il faut que les Guinéens apprennent à regarder la réalité en face. Les gens oublient que j’ai été avant le général, ministre de la République. A l’arrivée du général, il a fallu beaucoup de temps pour que les gens me voient revenir comme directeur général du Fonds minier. On aime faire de l’amalgame autour de l’amitié, les rapports intimes. On m’a maintes fois posé cette question. On pense que le général veut revenir en politique en passant par le parti que je vais créer. C’est faux, c’est archi-faux.


Quel bilan faites-vous du régime d’Alpha Condé ?

J’ai toujours dit que c’est un bilan mitigé. Si ce n’est pas le programme de stabilité qui a conduit à obtenir le PPTE. Le gouvernement Alpha Condé n’a pas fait grand-chose. Tous les secteurs de l’Etat tournent au ralenti. Moi, je croyais qu’en deux ans au moins, il pouvait faire quelque chose. Le quotidien des Guinéens se dégrade de jour en jour.


On se rappelle, qu’un moment, vos affiches ont été déchirées sur certains panneaux publicitaires à Kaloum. Comment avez-vous perçu cela ?

C’est très simple. Comme je vous l’ai dit, certains individus ont des mentalités très rétrogrades dans ce pays. Ce n’est pas les affiches qui les dérangeaient, c’est celui qui était sur les affiches qui les dérangeait. Le vrai problème, c’est ça. C’est ma personne qui les dérange. Sinon, il y avait d’autres affiches publiées par le même journal, pourquoi ils ne les ont pas enlevées ? Alors franchement, je ne vais pas porter de gans par rapport à mon combat politique parce que je sais que s’ils ont la chance de m’abattre politiquement, ils le feront sans état d’âme. Mais leur attitude hypocrite ne n’inquiète guère car ils se servent des exécutants et ils restent cachés derrière le rideau. Car je sens que je suis l’homme à abattre. Et je m’y prépare avec sérénité. Ces gens-là, ils parlent de démocratie, du respect des droits de l’homme mais ils sont les premiers à violer le droit des personnes, même la liberté de la presse pour satisfaire leur égo. Mais qu’ils continuent parce que dans ce bas monde, qui constitue un cercle au contour du destin, les actions d’un homme lui reviennent toujours par la seule voie que Dieu connait. Quand tu fais du bien, tu le fais pour toi. Et quand tu fais du mal, tu le fais pour toi.


Quand vous dites « ils », vous voulez parler de qui ? Vous faites allusion au gouverneur Resco Camara ?

Par mes informations, je connais les intéressés, ils sont tapis dans l’ombre autour du président Alpha Condé, faisant croire à ce dernier qu’ils servent ses intérêts alors qu’au fond, ils utilisent leur positionnement pour régler leur compte à des innocents. Mais, un jour, on saura la vérité.


Il parait que le gouverneur Resco menace de vous arrêter, à en croire des bruits entendus dans la cité ?

Je ne suis pas au courant de ces rumeurs sans fondement, mais si ces menaces sont du gouverneur Resco, réellement, je lui conseille de s’occuper de nettoyer la ville de Conakry qui est déjà sale. Au lieu de s’occuper de moi. Resco sait qui je suis et il sait que je ne suis pas du genre à céder aux menaces.


Quels sont vos liens avec la mouvance présidentielle dans la perspective des élections législatives?

Je suis du côté de l’opposition. Le président de la République a son parti politique, moi aussi j’ai le mien. J’ai ma stratégie pour les élections à venir. Et je me prépare en conséquence.


Est-ce qu’on peut s’attendre à une candidature de Baidy Aribot pour conquérir la commune de Kaloum ?

Pour le moment, je ne peux rien dire. Cela dépend de la manière dont les choses vont se présenter. Nous regardons comment les choses vont évoluer du côté de la CENI, avec le fichier et les démembrements pour que les élections ne soient pas truquées. Baidy se prononcera le moment venu. Pour le moment, nous suivons les choses, comme les autres partis.


L’opposition réclame le départ de Waymark et elle veut la participation des Guinéens de l’étranger au vote. Quel est votre point de vue ?

Je partage le même point de vue que l’opposition. La société Waymark n’est pas en mesure de faire la révision de la liste électorale parce qu’elle n’est pas outillée pour cela. Déjà les institutions comme l’OIF et le PNUD ont donné leur point de vue pour Waymark. Je crois qu’aujourd’hui, il faut trouver un autre opérateur mieux outillé pour effectuer cette révision.


On peut s’attendre à un Baidy du côté de l’opposition pour manifester dans les rues au cas où ces deux points ne seront pas satisfaits ?

Pourquoi pas. Puisqu’il s’agit du Collectif et de l’ADP. Si le Collectif estime qu’il n’a pas de garantie pour aller aux élections transparentes. Pourquoi pas, je serai aux côtés du Collectif et de l’ADP pour combattre jusqu’à obtenir des élections libres et transparentes en Guinée.


Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Je ne comprends pas l’attitude des Guinéens ici. Quand tu viens en politique, on pense que c’est parce que tu n’aimes pas les gens. Ils essayent de personnaliser le débat autour du président de la République. Notre combat, ce n’est pas contre le président de la République. Notre combat, c’est pour que les choses se passent normalement dans notre pays. On n’est plus au temps où les décisions se prenaient de façon unilatérale.


Entretien réalisé par Sarifou Barry
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu 

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