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Douze questions au Dr Faya Millimouno

  Mercredi, 31 Octobre 2012 22:11

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MILLIMOUNO_Faya_L_01GuineeActu s’est approché du  Dr Faya  Millimouno  après  le  lancement de son parti, le Bloc Libéral (BL). Opposant reconnu contre l’injustice, combattant farouche pour l’instauration de la démocratie en Guinée, il s’exprime sur la situation socio-politique dans notre pays.


GuineeActu : Dr Faya L. Millimouno, vous vous êtes illustré comme un farouche opposant au système de gouvernance d’Alpha Condé. Pouvez-vous vous présenter brièvement pour nos nombreux lecteurs ?

Dr Faya L. Millimouno : Avant tout, permettez-moi de remercier l’équipe de GuineeActu pour l’opportunité qu’elle m’offre de m’exprimer à travers son site. Votre site fait partie des medias qui se battent aujourd’hui pour la promotion de la démocratie et de l’état de droit en République de Guinée. Je me fais donc le devoir de vous remercier, de vous féliciter et de vous encourager.

Brièvement, je suis ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Manéah (ENSUP). Je suis spécialiste des sciences de l’éducation, plus particulièrement de l’administration de l’éducation. C’est en août 1993 que j’ai commencé mes études de maitrise puis de doctorat à la Faculté des Sciences de l’Education de l’Université de Montréal comme boursier de la Francophonie. J’ai soutenu ma thèse de doctorat en janvier 1999. Je suis donc détenteur d’un Ph.D. en administration de l’éducation de l’Université de Montréal. J’ai fait aussi plusieurs stages de formation en technologie de l’information, en gestion de bases de données, en finances, en gestion des entités locales (décentralisation) et en langues.

Comme expérience de travail, j’ai enseigné pendant six ans à l’Ecole Normale Supérieure de Manéah, de 1987 en 1993. Pendant ces six ans, j’ai été formateur des enseignants du secondaire, des directeurs d’école secondaires, des directeurs préfectoraux et des inspecteurs régionaux de l’éducation. J’ai travaillé comme consultant en éducation à la Banque Mondiale en 2000, comme gestionnaire des pensions à l’Université de Georgetown en 2001 et d’octobre 2001 à juin 2010 comme gestionnaire des bases de données à la Ligue Nationale des villes aux Etats-Unis d’Amérique.

Dans le domaine associatif, j’ai été un des responsables de l’ONG Guinée Action Développement (GAD) à Montréal. Cette ONG a envoyé en 1998, du Canada, deux containers de livres aux universités guinéennes. J’ai été trésorier général de l’Association des Guinéens de la grande région de Washington, vice-président chargé des finances de la Coordination des associations guinéennes des Etats-Unis et, depuis le 1er octobre 2006, co-fondateur et trésorier du Fonds Makona, une organisation financière qui collecte l’épargne des immigrants de l’Afrique de l’Ouest, et l’investit.

Je suis marié et père de cinq enfants dont trois filles.

Vous semblez disposer d’une riche expérience en matière d’animation politique, pouvez-vous nous décliner votre cheminement politique ?

Mon expérience en politique n’est pas aussi riche que ça. Elle a commencé dans les années 90, quand j’assumais les fonctions de Secrétaire à la jeunesse du Parti guinéen du progrès (PGP) dont le leader fut Abdoulaye Portos Diallo. Elle s’est interrompue en août 1993 ; ce qui m’a permis de consacrer mon temps à mes études et à mon adaptation à la vie américaine jusqu’en 2007. Durant cette période d’adaptation, j’ai milité de façon sporadique dans l’UFR. Elle a véritablement repris en 2008 au sein de la Nouvelle Génération pour la République (NGR). De 2008 en avril 2012, j’ai été militant de la NGR, directeur de campagne du candidat Ibrahima Abe Sylla à la présidentielle de 2010 et vice-président de NGR. Dans le cadre de l’alliance signée pour le second tour de l’élection présidentielle de 2010 avec l’UFDG, j’ai été d’abord directeur adjoint chargé des questions politiques du directoire unifié avant d’être le porte-parole de l’alliance.

Toujours sur le terrain politique, j’ai représente la NGR au sein du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition d’avril 2011 à avril 2012. Pendant cette période, j’ai porté la parole du Collectif devant les medias et à l’occasion de plusieurs rencontres.

Après ma démission de la NGR en avril 2012, j’ai consacré six mois à l’écoute de mes compatriotes, à la réflexion et à la concertation. C’est durant cette période d’écoute, de réflexion et de concertation que des compatriotes et moi avons décidé de mettre sur pied une nouvelle formation politique qui aura pour nom Le Bloc Libéral. Les statuts et le règlement intérieur de cette formation ont été adoptés à l’occasion de l’assemblée constitutive tenue à mon domicile le 19 septembre 2012 sous la présidence de Monsieur Amara Sidibé et le secrétariat de Monsieur Boubacar I Diallo. C’est au cours de cette assemblée constitutive que les membres fondateurs m’ont confié la présidence du parti. Le 21 septembre 2012, les dossiers de demande d’agrément ont été soumis au ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Nous attendons la réponse du ministre.


Quel regard portez-vous sur les différents systèmes qui se sont succédé de la première à la troisième République en passant par le régime d’exception du CNDD ?

Les différents systèmes qui se sont succédé de la première République à la troisième en passant par le régime d’exception du CNDD ont eu en commun la banalisation de la dignité humaine. Sans exception, tous les régimes qui se sont succédé en Guinée ont été caractérisés par des violations graves des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Mais c’est surtout sous le régime du président Ahmed Sékou Touré et sous le régime d’exception du CNDD que la banalisation de la dignité humaine a été plus prononcée. Tous les régimes ont aussi en commun le fait que tous les chefs d’Etat qui se sont succédé ont été prisonniers de leur ethnicité. C’est pourquoi, ils n’ont pas pu inculquer à la jeunesse et au peuple de Guinée les valeurs républicaines pour créer une nation sur les 245 857 km2 hérités de la colonisation. Malgré leurs différents discours teintés de nationalisme, leurs conceptions de la Guinée n’étaient pas différentes de celle du colonisateur français. C’est pourquoi, au plan organisationnel, la Guinée est restée une colonie dont les nouveaux colons ne sont autres que les dirigeants du pays. Ceux-ci ont simplement pris la place laissée vacante par le colonisateur français.

Sur le plan économique, les régimes qui se sont succédé n’ont pu sortir le pays de la pauvreté, même si les uns ont eu plus de mérites que les autres. Par exemple, si tous les régimes qui se sont succédé ont été tous caractérisés par la corruption et les détournements de deniers publics, c’est surtout sous le Général Lansana Conté, sous le régime d’exception du CNDD et, maintenant, sous celui du président Alpha Condé que ces tares ont été les plus prononcés. Aussi, si en 26 ans le régime du PDG-RDA se félicite d’avoir mis en place 300 unités de production, contrôlées par l’Etat, qui étaient presque toutes en faillite à la mort du Président Ahmed Sékou Touré, celui du Général Lansana Conté peut se vanter d’avoir permis la création de milliers d’entreprises privées financièrement solides.

Le mérite du Président Ahmed Sékou Touré est d’avoir guidé le peuple, avec d’autres leaders, vers l’acquisition de l’indépendance. Au-delà, sa présidence a été une succession d’occasions manquées. Pour le Général Lansana Conté, son plus grand mérite aura été la garantie de quelques libertés. On compte aujourd’hui plusieurs radios et télévisions privées en Guinée grâce aux années du général Lansana Conté. On compte des dizaines de journaux qui apparaissent régulièrement. Et, comme nous venons de le dire, le régime du général Lansana Conté a permis la création de plusieurs entreprises privées, qui sont aujourd’hui les premiers employeurs du pays.


Quelle appréciation faites-vous du passage du capitaine Moussa Dadis Camara à la tête du pays et qu’avez-vous comme conseil à lui prodiguer ?

Après la mort du général Lansana Conté et la prise du pouvoir par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), l’espoir était revenu, mais pour une très courte durée. D’abord, les Guinéens s’attendaient à l’établissement de la vérité et de la justice en vue d’ouvrir la voie à une réconciliation nationale. Ils ne l’ont pas obtenu. Les nouvelles autorités, comme les précédentes, ont préféré demander pardon au peuple et tourner la page non encore lue. Ensuite, les Guinéens espéraient rentrer définitivement dans l’ère de la démocratie et de l’Etat de droit ambitionnés depuis des décennies. Comme les auteurs du coup d’Etat du 3 avril 1984, nombreux parmi les auteurs du coup de décembre 2008 craignaient probablement d’être rattrapés par leurs passés advenant une démarche d’établissement de la vérité et de la justice. La démocratie aussi n’a pas été obtenue, car les élections présidentielles de 2010 ont été entachées de trop d’irrégularités.

Bref, l’espoir suscité par l’arrivée au pouvoir du CNDD s’est transformé brutalement en cauchemar lors des massacres du 28 septembre 2009. C’était l’horreur qui choqua tout le monde entier. Des centaines de personnes non armées ont été tuées, des femmes ont été violées en public, des milliers de personnes ont été blessées. Aujourd’hui encore, les Guinéens se posent plus de questions qu’ils n’ont de réponses.

Je ne me sens pas compétent pour donner des conseils au capitaine Moussa Dadis Camara. Cependant, comme beaucoup d’autres Guinéens, je cherche des réponses aux questions que le peuple de Guinée n’arrête pas de se poser : qui sont les véritables auteurs des crimes du 28 septembre 2009 ? Qui en sont les commanditaires ? Qui sont les commanditaires de la tentative d’assassinat du capitaine Moussa Dadis Camara ? A quand la justice ? Etc.


On sait que vous avez été le directeur de campagne du candidat de la NGR. Quels principaux enseignements tirez-vous des élections présidentielles de 2010 ?

En 2010, après d’énormes sacrifices, l’espoir d’un lendemain meilleur était réel dans la perspective des dernières élections présidentielles. Nombreux Guinéens avaient prié pour que la République de Guinée soit le seul vainqueur. Mais hélas ! C’était sans compter avec l’esprit maléfique et machiavélique de certains Guinéens qui, en manque de vision et de programmes dignes d’être proposés au peuple de Guinée, ont choisi plutôt d’instrumentaliser les ethnies et les régions. C’est ce qui a consacré le repli ethnique au premier tour. La majorité des Guinéens qui se sont rendu aux urnes le 27 juin 2010 ont voté l’ethnie.

Mais c’est surtout durant les quatre mois de l’entre deux tours que nous avons connu l’instrumentalisation à outrance des ethnies et des régions. C’était surtout du côté du candidat Alpha Condé qu’on a enregistré le plus de manipulation des ethnies et des régions. De ce côté, la volonté a été de reconstituer une alliance ethnolinguistique fondée sur la parenté des langues qui signifierait, aux yeux des auteurs de ces manipulations, une parenté politique, le tout sur fond de « Foulaniphobie ». Pour le candidat Alpha Condé et ses adeptes, tous ceux qui parlent une langue mandé (malinké, sosso, gbèlè, loma et dialectes assimilés) doivent avoir une idéologie commune, une vision politique commune et une construction sociale commune en plein 21e siècle.

C’est cette idéologie tribale et ethnocentriste que les partisans du candidat Alpha Condé ont désigné sous le vocable « d’alliance naturelle ». Ce fut un des points noirs de l’élection présidentielle de l’année 2010. C’était honteux. C’est pourquoi d’ailleurs, le candidat Alpha Condé et ses alliés n’ont pas osé dire publiquement, en face de la nation guinéenne, durant les quatre mois qu’a duré l’entre deux tours, ce qu’ils entendaient par « alliance naturelle ». Ce pseudo concept ne peut être que l’équivalent de l’apartheid ethno-régional. C’est ce qui explique le fait que tous les malheureux candidats malinkés du premier tour ont décidé de faire bloc avec le RPG, l’adversaire d’hier et parfois même l’ennemi d’hier.

Fondée donc sur l’idéologie d’apartheid ethno-régionaliste, l’alliance Arc-en-ciel qui savait très tôt qu’elle ne pouvait pas honnêtement gagner les élections a adopté la stratégie d’exclusion ethnique en Haute Guinée. Déjà le 15 septembre 2010, la lettre du préfet de Kouroussa, le lieutenant-colonel Mamady Dembélé, au sous-préfet et au président de la CRD de Sanguiana montrait clairement le harcèlement des Peulhs par les militants du RPG. Le point culminant de cette stratégie d’apartheid ethno-régionaliste a été l’accusation, qui n’a jamais été prouvée, le 22 octobre 2010, de toute l’ethnie peulh d’avoir « empoisonné » les militants de l’alliance Arc-en-ciel. Cette saga des « empoisonnés de la République » s’est terminée par une comédie particulièrement burlesque lorsqu’un chasseur traditionnel a fait l’exploit en « guérissant » les soi-disant empoisonnés dont la médecine moderne n’a pu établir ou confirmer l’hypothèse d’empoisonnement.

Malgré cette fin comique de la saga des « empoisonnés de la République », l’objectif d’exclusion ethnique en Haute Guinée des partisans de Mamadou Cellou Dalein Diallo fut atteint. A Siguiri et à Kouroussa, avec la complicité des commis locaux de l’Etat et même du président par intérim, du premier ministre et du ministre de la Sécurité, la mission a été parfaite. Il y a eu des morts, des blessés et des déplacés en masse. Jusqu’aujourd’hui, il n’y a eu aucune enquête ni sur les déclarations d’empoisonnement, ni sur les violences de Siguiri, de Kouroussa, Kissidougou et N’Zérékoré.

Je résume les élections présidentielles de l’année 2010 par l’expression « d’élections ayant consacré la perte momentanée de la nation naissante en République de Guinée ».


Que peut-on tirer de positif de l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir depuis bientôt deux ans ?

En deux ans presque de la présidence de Monsieur Alpha Condé, nous retenons surtout l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative des pays pauvres très endettés. Cela donne incontestablement une bouffée d’oxygène aux finances publiques.

A part cet élément, la Guinée connait un recul dans tous les autres domaines. Les violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales vont crescendo. La corruption et les détournements des deniers publics s’accélèrent. L’impunité se renforce. La division a atteint des proportions inquiétantes. L’administration publique est fortement tribalisée. L’agenda politique est en panne. L’activité économique est aux arrêts. La pauvreté s’aggrave. Etc.


Le paysage politique guinéen vient de s’enrichir de la naissance de votre parti politique dénommé « Le Bloc Libéral ». Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce qui distingue votre parti des autres ?

Ce qui distingue le BL est d’abord son originalité. En effet, cette originalité puise ses racines dans la définition même du Bloc Libéral. Nous ne sommes pas un parti taillé autour d’un individu, d’une ethnie ou d’une région. C’est un parti qui regroupe un ensemble de Guinéens ayant en commun des valeurs et des principes qu’ils défendent. Le Bloc Libéral n’est donc pas, comme certains ont tendance déjà à le présenter, une propriété personnelle de son président. Le président est celui à qui on a confié une partie des responsabilités pour une période donnée. Le Bloc Libéral est un parti de rigueur, de principes et valeurs.

Ce qui distingue le BL, c’est aussi la quête permanente de la cohésion. En effet, le Bloc Libéral est une force en vertu de laquelle les différents membres adhèrent aux idéaux et aux principes du parti. Nous sommes tous unis au sein de cette formation ambitionnée pour une Guinée respectueuse de la dignité humaine et soucieuse du bien-être de chacun et de tous. Respectueux de la diversité guinéenne, le Bloc privilégiera la notion du Guinéen, de nation, de l’intérêt général, du vivre ensemble. Cette cohésion politique et sociale s’inscrit dans sa méthode.

En effet, la méthode du Bloc Libéral consiste à construire notre philosophie, notre vision au moyen de l’implication de chacun et de tous. Le BL procède par l’écoute, la concertation, l’échange, le partage, la participation. Pour le BL, tout Guinéen est un génie, une valeur, une force qu’il faut mobiliser pour construire notre édifice. Bref, le Bloc utilise la méthode participative. Tous les Guinéens épris de liberté, de paix, de justice ont le droit de participer à la gestion de ce pays.


Vous faites toujours partie de l’opposition, comment comptez-vous lutter efficacement contre ce régime, en l’absence de troupes de militants ?

Vous faites une affirmation non fondée quand vous dites que nous engageons une lutte en l’absence de troupes de militants. Le Bloc Libéral n’est pas encore agréé, mais il a déjà beaucoup de Guinéens, à l’intérieur comme à l’extérieur, sur qui il compte. Depuis l’annonce de sa création le 22 octobre dernier à la Maison de la presse, il suffit d’écouter les réactions des Guinéens dans les émissions interactives des radios pour s’en convaincre. Nous recevons tous les jours des milliers d’appels de la part de compatriotes qui veulent nous rejoindre. Une administration temporaire et virtuelle fonctionne déjà pour recevoir et enregistrer les appels et les messages électroniques. Il suffit d’appeler l’un des trois numéros suivants (69-87-28-87, 61-21-74-62, 65-68-23-71) pour avoir les renseignements sur le BL et sur l’évolution de son dossier d’agrément au MATD. Pour ceux et celles qui ont accès à l’internet, il suffit d’envoyer un message à l’une des adresses suivantes : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.  ou Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. . On peut nous contacter aussi sur notre page Facebook (Le Bloc Liberal) et sur Skype (LeBlocLiberal).

Ceci pour vous dire que le BL, quoique n’ayant pas encore son agrément, a déjà plus de militants et de sympathisants que la majorité des partis politiques dont on parle sur l’échiquier politique guinéen. La majorité silencieuse du peuple de Guinée, désabusée par les régimes précédents et déçue par le régime actuel, s’apprête lentement mais surement à prendre son destin en main pour réconcilier le peuple de Guinée avec lui-même, réinventer la gouvernance du pays et amorcer le développement économique à travers le Bloc Libéral.


Que pensez-vous de la crise liée à la désignation des 10 commissaires de l’opposition ?

S’il y a crise, c’est parce que le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation l’a voulu ainsi. Tout le monde sait qui est de l’opposition aujourd’hui en Guinée. Quand le ministre a demandé à tous les partis, même ceux qui ne se sont jamais réclamé de l’opposition, de lui déposer les listes de leurs représentants à la CENI, l’intention était claire. Il s’agissait de créer une situation d’impasse pour rendre impossible la représentation de l’opposition à la CENI. C’est une faute grave qui risque de couter très cher au régime de Monsieur Alpha Condé.

Il faut aussi reconnaitre qu’au sein du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP), nous avons commis des erreurs. Les deux entités ayant fonctionné depuis plus d’un an comme un corps, il aurait fallu définir le profil des représentants de l’opposition à la CENI et chercher des personnes qui satisfassent le mieux à ces profils. Même si on les trouvait dans un seul parti ou en dehors des partis de l’ADP et du Collectif, cela aurait été mieux. Cela nous aurait évité de nous tirer sur les pieds.


Allez-vous prendre part aux prochaines législatives ?

Ma participation aux prochaines élections législatives dépend de plusieurs facteurs. D’abord, il faut que la nouvelle formation politique dont les compatriotes et moi avons soumis les dossiers de demande d’agrément soit agréée. Ensuite, il faut que le parti, sur la base d’un examen minutieux, décide de prendre part à ces élections. Enfin, il faut que le parti me désigne comme candidat.


Que pensez-vous de l’idée de solliciter le concours des Nations Unies pour la gestion de tout le processus électoral en Guinée jusqu’ à la finalisation de la transition ?

Compte tenu des intentions clairement exprimées par le pouvoir de Monsieur Alpha Condé de tricher au cours des prochaines élections législatives, je suis favorable à l’implication des Nations Unies pour la gestion de tout le processus électoral en Guinée jusqu’à la finalisation de la transition. N’oublions pas que, malgré les faiblesses de Waymark et de Sabari technologie, le pouvoir avait déjà fait commencer le recensement électoral sur toute l’étendue du territoire. Dans les milieux favorables au pouvoir en place, des enfants de moins de douze ans avaient déjà été recensés, au point que, si les tendances se maintenaient, les enfants nés en 1994 constitueraient les cinquante pourcents des électeurs. Cela est impossible et inacceptable. Toute implication, même légère de Waymark et de Sabari technologie, dans le processus ne devrait pas être acceptée par l’ADP et Collectif.

D’ailleurs, que les Nations Unies soient impliquées ou pas, il faut chercher un nouvel opérateur compétent et expérimenté à la place de Waymark et de Sabari technologie, qui ne sont bonnes que pour créer les conditions d’une tricherie. Il faut que le Collectif et l’ADP fassent respecter la loi concernant nos nombreux compatriotes qui sont à l’étranger que le pouvoir veut écarter illégalement.


Où en sont vos démarches pour les tueries de Zowota, pour lesquelles aucune inculpation n’a eu lieu pour le moment ?

Comme pour les cas passés et les cas présents, il y a un réel déni de justice en Guinée. En effet, depuis l’investiture du président Alpha Conté, même un semblant d’enquête à la suite de mort d’hommes n’a été diligenté. Or Dieu seul sait combien de Guinéens sont tués, blessés, torturés aujourd’hui en République de Guinée. Depuis les massacres perpétrés à Zowota dans la nuit du 3 au 4 août 2012, aucune commission d’enquête n’a encore été mise en place. Pire, le président Alpha Condé continue de protéger les cinq ministres qui étaient sur place au moment des faits. On se rappelle que les sages de N’Zérékoré avaient dénoncés un de ces ministres pour leur avoir demandé de faire effacer les traces. Il protège aussi le gouverneur de N’Zérékoré, la hiérarchie des corps habillés de N’Zérékoré et la milice appelée Donzos qui ont participé aux massacres. Je considère cela comme une haute trahison de la part du président de la République. C’est pourquoi, au niveau du Comité de crise nous avons décidé de demander au Conseil National de la Transition (CNT) d’ouvrir une enquête parlementaire sur l’ensemble des cas de violations graves des droits humains qui ont cours dans notre pays depuis la prise de fonction du président Alpha Condé.

Nous continuons les démarches pour que la vérité soit établie et que la justice soit faite. Nous continuons la sensibilisation de l’opinion. Nous avons sollicité et obtenu les services d’un cabinet d’avocats qui a recueilli les témoignages des villageois sur cette affaire. Ce travail a été fait en présence d’un huissier de justice et les résultats sont gardés à des fins de justice. Nous avons obtenu l’accord des parents des victimes pour se faire représenter par le même cabinet d’avocats. Une plainte a été soumise au tribunal de N’Zérékoré avec constitution de partie civile.

Cependant, il faut dire que nous rencontrons plusieurs difficultés. D’abord à cause de l’interférence des autorités du ministère de la Justice. Ensuite, à cause de l’action nocive de certains cadres d’origine forestière. Ceux-ci ont pris parti pour le pouvoir criminel de Conakry pour empêcher que la vérité soit établie et que la justice soit faite.

Je rappelle aux Guinéens en général et aux habitants de la région forestière en particulier que c’est ce genre de comportement de certains cadres de la Forêt qui a empêché que la vérité soit établie et que la justice soit faite après l’assassinat en 2000 à Coza de huit jeunes ressortissants de la région forestière par le régime du président Lansana Conté. Les corps de ces jeunes ont été gardés pendant huit ans, au mépris de toutes les valeurs guinéennes. Il a fallu attendre l’arrivée de Bah Oury au ministère de la Réconciliation nationale dans le gouvernement dit de large ouverture du premier ministre Souaré, pour voir les corps de certains remis aux familles pour l’enterrement.


Je vous remercie. Et votre mot de fin ?

Permettez-moi, encore une fois, de remercier votre media pour l’occasion que vous m’offrez de m’adresser à tous mes compatriotes à travers cette interview. Je vous remercie et vous encourage.

A tous mes compatriotes, je rappelle notre devoir sacré et historique de défendre, en toute circonstance, la vérité, la justice, la tolérance, la solidarité, le respect, la paix, l’unité entre les Guinéens. Refusons avec courage et détermination la marchandise d’ethnocentrisme et de régionalisme que veulent nous vendre certains vieux politiciens qui résistent encore sur le terrain politique guinéen.

Le Bloc Libéral est envisagé comme une alternative. Nous tendons les mains à toutes les Guinéennes et tous les Guinéens épris de paix, de liberté, de justice et soucieux du bien-être de tous à nous rejoindre pour construire une Guinée unie, juste et prospère.

Que Dieu bénisse la Guinée et les Guinéens ! Amen.


Entretien réalisé par l’équipe de GuineeActu


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