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Fodé Oussou Fofana, vice-président de l’UFDG : « On ne touchera pas à notre liste »

Boubacar Bagnan Diallo  Lundi, 29 Octobre 2012 15:12

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FOFANA_Fode_Oussou_2_01Dr Fodé Oussou Fofana est le vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le principal parti de l’opposition guinéenne. Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accorder, il est revenu sur un certain nombre de sujets d’intérêt national : la définition que le ministre de l’Administration se fait de l’opposition, la recomposition de la CENI, l’expulsion des 26 Maliens, etc.


L’Indépendant : Le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation vient d’inviter l’opposition à une concertation afin de lui déposer dans les brefs délais une liste consensuelle des membres devant la représenter à la future CENI. Il a en même temps accusé l’opposition de retarder le processus électoral. Comment réagissez-vous à cela ?

Dr Fodé Oussou Fofana : Non, mais écoutez ! Vous avez remarqué que le ministre Alhassane Condé ne connaît véritablement pas le rôle d’un ministre de l’Administration du territoire. Le ministre de l’Administration du territoire, logiquement, est l’interface entre le gouvernement et les partis politiques. Il doit être en rapport étroit avec tous les partis politiques. Il doit répondre à chaque moment à la question de savoir si un parti politique est de l’opposition ou de la mouvance. Il doit savoir si tous les partis politiques ont respecté les règles, c’est-à-dire avoir un siège, avoir des militants et exister. Mais nous nous rendons compte qu’à chaque fois que le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation parle, et à la radio et à la télévision, il met la République en danger. La question qu’il faut se poser est de savoir si ce ministre aime bien le président Alpha Condé, si ce ministre veut la paix ; vous avez remarqué que c’est lui-même qui a créé tous ces problèmes, en parlant de l’opposition plurielle, en demandant aux gens de déposer la liste. Un ministre de l’Administration du territoire, quand quelqu’un vient déposer une liste, il faut que tu sois capable de savoir si tu dois recevoir la liste ou pas ! Mais aujourd’hui, il dit que même les centristes qui ont reconnu qu’ils ne sont ni de l’opposition, ni de la mouvance, il leur a dit qu’ils sont de l’opposition. Il a dit que le BOC (Bloc de l’opposition constructive) est aussi de l’opposition. Alors que c’est lui-même qui l’a créé. La logique voudrait qu’aujourd’hui, Mr Alhassane Condé donne dans les dix postes réservés à la mouvance, deux au BOC et qu’il donne cinq au Centre, et que le RPG-Arc-en-ciel prenne les trois. Mais M. Alhassane Condé est un danger pour la République. Il va mettre la Guinée à feu et à sang. Tout le monde sait que l’ADP et le Collectif représentent l’opposition en Guinée. Nous avons déposé notre liste qui est une liste de dix personnes, on ne touchera pas à notre liste, parce que nous représentons l’opposition guinéenne.


Et si on la touchait, que se passerait-il ?

Mais attendons qu’il touche à la liste. Nous allons commencer immédiatement toutes les manifestations de rue. Mais cette fois-ci, nous ne rentrons que lorsque M Alhassane Condé comprendra qu’on n’est pas en 1965, qu’on est un pays indépendant, et que les Guinéens sont morts pour que le pays soit démocratique, et qu’il n’a pas le droit de vie et de mort sur les citoyens guinéens.


L’autre question qui fait couler beaucoup d’encre aujourd’hui, c’est le don de 500.000.000 GNF fait par le chef de l’Etat à un groupe de femmes qui était parti lui rendre visite. Et pendant ce temps le gouvernement parle d’austérité budgétaire. Sur ce point d’ailleurs, il est à couteaux tirés avec le syndicat qui demande notamment l’augmentation des salaires des travailleurs à hauteur de 200%. Quelle lecture faites-vous de tout cela ?

A un moment donné, on a essayé de comparer ce que le Pr Alpha Condé gagne par rapport au salaire de Nicolas Sarkozy et d’Obama. Aujourd’hui, quand c’est des bonnes femmes qui arrivent, on donne cinq cent millions, personne ne sait en Guinée quel est le budget de fonctionnement de notre président de la République. Personne ne peut le dire, parce que cinq cent millions permettent au moins de rénover une école ! Comment peut-on donner toute cette somme aux bonnes femmes tout simplement pour danser ? Je pense que les syndicalistes ont parfaitement raison, si le président est capable de donner cinq cent millions, il faut qu’il augmente les salaires des travailleurs. Mais je suis convaincu que, pour quelqu’un qui n’a pas six cent mille francs de salaire, si tu donnes 10 pourcents, ce n’est pas cela qui va régler le problème. Il faut que le président accepte, la Guinée est vraiment riche, il faut que le pays soit géré correctement. Comme ça, il aura la possibilité de payer les travailleurs à hauteur de 4 à 5 millions. Aujourd’hui, même cinq millions ne peuvent pas régler les problèmes de famille d’un travailleur. Ce n’est pas possible.


Aujourd’hui, bien qu’on ait un président démocratiquement élu, on a l’impression que l’ombre du général Sékouba Konaté et celle du Capitaine Moussa Dadis Camara continuent de planer sur les décisions du président de la République. Pour preuve, récemment, il a délégué quelqu’un au Burkina pour informer le capitaine Dadis de sa décision d’organiser le 55e anniversaire de l’indépendance de notre pays à N’Zérékoré, pour ne citer que ça. Quel est votre point de vue là-dessus?

Ecoutez, moi je pense que nous sommes encore dans la transition. La fin de la transition c’est l’organisation de deux élections. On a beaucoup de respect pour M. Alpha Condé, sinon on aurait pu l’appeler président de la transition ! Maintenant s’il pense qu’en envoyant des délégations pour voir Dadis, cela peut lui permettre d’avoir la Forêt, moi je n’ai rien à voir dans ça. Il a déjà commencé la campagne, vous avez vu le premier ministre Saïd Fofana avec tout le respect que je lui dois, au lieu de s’occuper de l’action gouvernementale, il ne fait que la campagne pour le Pr Alpha Condé. Il est à Forécariah, à N’Zérékoré. La campagne n’a pas commencé, mais eux, ils sont en campagne. Cela s’explique par le fait qu’ils ont compris qu’aujourd’hui, si on organise les élections, le RPG-Arc-en-ciel, ne pèse pas plus de 15%. C’est un parti qui est fini, aujourd’hui, pendant les deux ans de gestion, les Guinéens se sont rendu compte, avec la misère, la précarité, et les promesses non tenues, que le RPG-Arc-en-ciel est mort. Si vous regardez le RPG-Arc-en-ciel à l’intérieur, il n’y a qu’un seul parti, il s’appelle RPG, tous les autres-là sont des partis « cabine-téléphonique » qui ne représentent absolument rien. Si vous prenez l’ADP et le Collectif, nous représentons presque 80% de l’électorat guinéen. Celui qui sait aujourd’hui qu’il ne peut pas gagner les élections législatives, c’est M. Alpha Condé. C’est pourquoi il ne veut pas organiser les élections ! La stratégie d’Alhassane Condé c’est d’expliquer à la communauté internationale que l’opposition ne veut pas aller aux élections. C’est pour cela qu’ils ont créé toute cette confusion en disant que tous les partis de la Guinée qui ne sont pas de la mouvance sont de l’opposition. Et il a commencé de récupérer des listes, je suis convaincu que si ça continue comme ça, même les mendiants, les journalistes, les commerçants, chacun va déposer sa liste. Il veut la pagaille, il ne veut pas aller aux élections, sinon on pouvait organiser les élections six mois après l’investiture du Pr Alpha Condé. Il a eu 52%, on pouvait organiser les élections six mois après, mais ils ont peur d’organiser les élections parce que le RPG-Arc-en-ciel est mort, il ne peut pas avoir la majorité, il n’a aucun moyen. Tous les Guinéens consciencieux et qui réfléchissent savent que le RPG-Arc-en-ciel, c’est le RPG plus zéro, car les autres partis ne représentent rien.


Monsieur le vice-président, actuellement il y a brouille entre Conakry et Bamako depuis l’expulsion de 26 Maliens du sol guinéen, qui sont soupçonnés de conspirer contre l’Etat guinéen. Quel est votre avis sur cette question ?

C’est encore plus grave, parce que depuis que M. Alpha Condé a été élu président, il a créé tellement de problèmes ethniques que les Guinéens à l’intérieur se regardent en chiens de faïence. C’est maintenant qu’on parle d’ethnie, les gens sont jugés non pas par rapport à ce qu’ils valent, mais par rapport à leur nom. Quand vous regardez dans l’administration guinéenne, 80% sont de la même ethnie. Au moment où on n’a pas fini de régler le problème à l’intérieur, on veut s’attaquer à ce qu’on avait de meilleur. C’était la paix avec nos voisins. Vous allez à Enta pour ramasser des Maliens qui n’ont rien fait pour les ramener à la frontière. En pensant que ce sont des Touaregs. On dirait qu’être Touareg est un crime. Comment voulez-vous qu’on ramasse ces gens-là pour les expulser de la Guinée ? Aujourd’hui on se rend compte que c’est Dieu qui nous sauve, sinon c’est un grand incident diplomatique. Si les Maliens ramassent tous les Guinéens qui sont chez eux en disant que ce sont des rebelles, qu’allons-nous dire ? Donc non seulement on a détruit entre les Guinéens à l’intérieur, on veut encore opposer la Guinée à ses voisins. C’est extrêmement grave. Je pense qu’il faut faire très attention et qu’on dise au président de la République de regarder bien autour de lui. Parce qu’il a dit que la Guinée « is back », malheureusement il s’est entouré de gens qui sont le symbole de la destruction même du régime de Lansana Conté. Tous ceux qui étaient mauvais au temps du régime de Lansana Conté sont à la Présidence. Et c’est ce qu’il dit « Guinea is back ».


Interview réalisée par Boubacar Bagnan Diallo
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu

 
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