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Création du ministère des Droits de l’Homme et des Libertés publiques : ce qu’en pense Thierno Maadjou Sow
Alpha Camara Mercredi, 24 Octobre 2012 15:09
Lors du remaniement ministériel effectué par le Pr Alpha Condé, un nouveau ministère a vu le jour. C’est en l’occurrence le ministère des Droits de l’Homme et des Libertés publiques. Ceci pour soulager l’opinion nationale et internationale pour la promotion des droits l’homme et des libertés en tant que socle intangible de toute démocratie. Après la prise de fonction de ce tout nouveau ministre Kalifa Gassama Diaby le 9 octobre dernier, des présidents des organisations de défense des droits de l’homme, comme celui de l’OGDH, Thierno Maadjou Sow, que nous avons rencontré à cet effet, parlent d’une avancée significative dans le respect des droits de l’homme en Guinée.
Le Démocrate : Le président Alpha Condé vient de mettre en place un ministère chargé de défendre les droits de l’homme et les libertés publiques avec à sa tête Gassama Diaby. Qu’en pensez-vous ?
Thierno Maadjou Sow : Nous avions exprimé nos sentiments dans un communiqué de presse fait par la Fédération internationale de ligue des droits de l’homme (FIDH), dont nous sommes membre et de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH). Dans cette déclaration, nous avions constaté deux choses que nous considérons très importantes. Premièrement c’est la civilisation du gouvernement et deuxièmement l’importance donnée aux droits de l’homme dans le remaniement ministériel par la constitution d’un département de droits de l’homme et des libertés publiques. Et à cette occasion dans ce communiqué, je disais ceci : « c’est la première fois en Guinée que les droits de l’homme occupent une place si importante au gouvernement. C’est une nouvelle à saluer et l’OGDH avec la FIDH et les associations de victime se réjouissent de pouvoir travailler en collaboration avec ce nouvel interlocuteur, en espérant que les moyens matériels et humains nécessaires soient mis à sa disposition. » C’est ce que j’ai déclaré dans ce communiqué. Donc pour nous c’est la manifestation d’une certaine volonté politique et nous espérons que cette manifestation pourra nous permettre de défendre, promouvoir afin de faire respecter les droits de l’homme en Guinée.
Selon vous, la création de ce nouveau ministère suffira-t-elle pour résoudre les problèmes dans ce domaine, quand on sait qu’il y a beaucoup de violations de droits de l’homme qui sont commises en Guinée et qui continuent à se répéter ?
Oui, il y a des violations qui continuent malgré des mesures qui ont été prises. D’abord on a créé au ministère dela Justice un département chargé des droits de l’homme et des libertés publiques. L’OGDH a participé à la réflexion dans la création de ce département et aussi et surtout pour préparer des textes, mais cela n’a pas empêché les violations des droits de l’homme. Ensuite on a créé l’Observatoire national de droits de l’homme qui est rattaché à la Primature. Ça a été meublé par deux personnes. Mais malheureusement, les violations ont continué comme avant. Ensuite, on a créé la Commission nationale des droits de l’homme, à peu près sur les principes de Paris, mais là aussi les violations ont continué. Donc, voyez-vous, ce n’est pas le fait de créer. Quand on crée une structure, il faudrait qu’elle ait une base juridique solide. Qu’elle soit appropriée à l’objectif pour lequel elle a été créée. Ensuite et la chose la plus importante, c’est de meubler cette structure par des personnes engagées, compétentes et qui veulent vraiment lutter pour la promotion, la protection et la défense des droits de l’homme. Cela est indispensable. Si cela n’est pas fait, ça ne servira absolument à rien. Et il faudrait aussi après cela qu’il y ait une volonté réelle, pas une volonté concrète qui concrétise les aspirations de la volonté du peuple de vivre avec des droits respectés, protégés pour que réellement le peuple puisse faire son travail. Cela est indispensable et nous pensions que cela est nécessaire. Voyez-vous, en Guinée, pour ce qui est des droits de l’homme, nous avions un arsenal extrêmement important de droits de l’homme. Si vous regardez au niveau national, que ce soit la Constitution, que ça soit les codes, vous verrez que le Guinéen est gâté. Et nous avions adhéré à presque toutes les normes au niveau de la , de l’Union africaine et aussi, surtout, à toutes les conventions au niveau du système des Nations Unies. Nous avions signé et ratifié la plupart des conventions. Il y a seulement au niveau du Pacte international relatif aux droits civils et politiques où certains protocoles additionnels n’ont pas été ratifiés, surtout le protocole concernant la peine capitale. Jusqu’à présent je crois que ce n’est pas ratifié. Donc la Guinée est vraiment gâtée et même dans l’expression parce que si vous prenez la Constitution guinéenne, à l’article 5, il est dit que la personne humaine et sa dignité sont sacrées. Je dis toujours aux gens que cet article suffit pour protéger l’être humain. Mais qu’est-ce qu’on constate ? Quand vous voyez ce qui s’est passé en 2006, 2007, 2009, 2010, 2011 et cette année en 2012 à Zogota, c’est quelque chose qui n’est pas admissible et je me dis que vraiment les responsables politiques guinéens, s’ils voient ces choses, ils ne peuvent pas dormir. Et alors on ne peut pas avoir la conscience tranquille quand on voit des criminalités pareilles, qui sont extrêmement graves.
Pour vous, la réussite de ce département, à travers son ministre, dépendra de quoi ?
La réussite dépendra d’abord des personnes qu’on va y mettre, de leur volonté de faire réussir le département et aussi surtout de la volonté politique du pouvoir central. Il faudrait que ce pouvoir central ait une volonté politique. Ce n’est pas seulement exprimer de façon formelle, mais qu’il y ait une concrétisation de cette volonté politique. Il faut qu’on mette ce département dans les conditions de travail. Premièrement qu’on lui laisse la possibilité de travailler et qu’on lui donne les moyens humain, financier, et matériel pour pouvoir travailler, car c’est indispensable. Il faut aussi que la pression de la société civile s’exerce sur ce département et aussi nos partenaires de l’extérieur et toutes ces forces, créeraient ensemble une synergie qui permettrait à ce département de travailler. Nous pensions que premièrement un chef d’Etat qui a participé à la lutte pour la démocratie, pour les droits de l’homme, pour les libertés fondamentales, pour la bonne gouvernance, il aurait fait une déclaration solennelle pour les droits de l’homme et il aurait interpellé le ministère de la Justice, de la Sécurité et de la Défense, pour les amener à prendre des positions pour que les droits de l’homme soient respectés en Guinée.
Après sa prise de fonction, on se souvient, il avait mis en place encore et sous la pression des Etats Unis une commission nationale de défense des droits de l’homme pilotée par Mamady Kaba, président de RADDOH, antenne Guinée, mais qui n’a jamais eu la réussite. Comment expliqueriez-vous cet échec ?
C’est qu’il n’y a pas eu une volonté politique. Je suis sûr que le monsieur qui est là , on n’a pas mis à sa disposition des moyens nécessaires et encore il n’y a pas eu le soutien nécessaire du pouvoir central pour faire le travail. Et je ne sais pas si lui-même avait la volonté, ou est-ce qu’il a lutté réellement pour avoir tout ça. Ça c’est un autre problème.
Votre mot de la fin ?
Moi, je pense que la chose la plus importante, c’est de lutter pour la promotion, la protection, la défense des droits de l’homme. Vous savez, les droits humains sont transversaux à toute activité humaine. C’est l’être humain qui est créateur de tout. Or pour créer il faut être libre, avoir le cœur tranquille. Le respect des droits de l’homme seul permet d’avoir la paix et la sécurité dans un pays.
Propos recueillis par Alpha Camara
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu








