Abdoul Aziz Baldé & Zézé Eénéma Guilavogui Vendredi, 19 Octobre 2012 15:41
Dans cet entretien, le Dr Faya Millimouno parle du choix des représentants de l’opposition à
L’Indépendant : Que pensez-vous du choix de N’Zérékoré pour abriter le 55e Anniversaire de l’indépendance ?
Dr Faya Millimouno : Permettez-moi de vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez pour m’exprimer dans les colonnes de L’Indépendant/Le Démocrate. Bon ! Le choix, par principe, de célébrer l’anniversaire de notre pays à l’intérieur, c’est tout à fait une chose importante et que je salue personnellement. Parce que l’indépendance de la Guinée doit être vécue à chaque mètre carré du pays. Mais cela peut se faire tel que nous l’enviassions. Mais lors de l’anniversaire célébré à Boké, je crois, on était très loin des comptes. On a entendu de gros bruits et le jour de la fête on a dit que nous allons réaliser des promesses. Donc c’était juste des promesses. En tout cas je pensais que la célébration de la fête à l’intérieur du pays devait donner l’occasion de concentrer un certain nombre d’efforts sur la ville en particulier, faire des réalisations pour permettre à la population vivant dans cette zone de se savoir pas oubliée par les autorités. Si c’est dans ce cadre que N’Zérékoré a été choisie nous nous félicitons. Nous souhaitons quand même que la fête du 55e anniversaire se déroule très bien à N’Zérékoré.
Certains observateurs pensent que la reconduction des 5 ministres qui étaient à N’Zérékoré au moment des massacres de Zogota relève du mépris pour les victimes.
Ce mépris, il était montré depuis. Rappelez-vous que depuis qu’ils ont assassiné les gens à Zogota, le Professeur Alpha Condé et son gouvernement, personne n’a encore montré un petit remord. D’abord on nous construit un gros mensonge pour nous dire que les pauvres populations de Zogota se sont attaquées à la société Vale. Donc en Guinée toutes les installations minières sont gardées par l’armée. Je crois que Vale en fait partie aussi. Mais ils ont prémédité. On a déploré des morts. Si au moins c’était la population qui avait attaqué la société, on n’aurait pas vu des blessés du côté des forces de l’ordre. Mais on a vécu d’un côté des images qu’on nous a montrées, les installations de Vale détruites et de l’autre des cadavres de gens assassinés pendant qu’ils dormaient. Ça ressemble étrangement à la scène qu’on nous a présentée un 19 juillet 2011, quand on nous a présenté, par des images, qu’une attaque avait eu lieu dans le domicile du président. Plus d’un an après, la justice guinéenne n’est pas encore capable de donner la vraie version, s’il y avait attaque, et de mettre la main sur l’auteur, à part ce qu’on est en train de voir nos compatriotes tués à la Maison Centrale après des tortures. Voilà où il y a le problème. C’est véritablement un mépris et ce n’est pas la première fois pour le professeur Alpha Condé et son gouvernement. Depuis qu’Alpha Condé est au pouvoir je n’ai entendu personne parler d’une commission d’enquête ou faire la lumière sur la mort d’un Guinéen. Donc on a mis en place un comité d’enquête. Mais c’est un véritable mépris en ce qui concerne la manière dont les Guinéens sont traités. Vous savez, il y avait quelques ministres à N’Zérékoré au moment de la répression qui a fait 5 morts et le 6e est décédé après. Mais nous savons aujourd’hui par des sages de N’Zérékoré qu’un des ministres présents aurait demandé qu’on efface les traces. C’est en l’occurrence Nyankoye Lamah. Et on ne peut pas dire que le plus sage et le plus vieux de N’Zérékoré a menti. Si c’est pour cela que le professeur Alpha Condé a choisi N’Zérékoré pour l’anniversaire, donc il trompe le peuple. Nous voulons la justice dans ce pays. On ne veut pas la poudre aux yeux. La politique ne peut pas se consommer à tout. Quelque part, lorsque un Guinéen a perdu la vie, la moindre de chose qu’il faut faire c’est de clarifier pourquoi il est mort, comment il est mort, qui est le commanditaire, faire intervenir la justice. Même s’il organise tout le reste des anniversaires à N’Zérékoré, pour le crime odieux perpétré à N’Zérékoré, un jour la justice sera rendue. Vous vous rappelez que notre comité de crise a envoyé des missions qui ont rencontré les parents des victimes. On a appris même qu’une plainte était formulée et déposée au niveau du juge de N’Zérékoré. On ne connait pas quand elle a été formulée. Mais dans un Etat normal, lorsque les crimes de ce genre sont commis, on n’a pas besoin que les citoyens eux-mêmes exigent une commission d’enquête. C’est le procureur qui doit jouer son rôle, chercher les coupables et les traduire devant la justice. Cela n’a pas été le cas. Nous en appelons au professeur Alpha Condé que s’il protège les 5 ministres qui étaient là-bas, le gouverneur et la hiérarchie militaire, c’est que c’est lui qui est le principal commanditaire de ce massacre de Zogota. Si tel est le cas, je l’ai dit dans l’une de mes interviews, il a commencé à envoyer ses pas vers deux de ses frères qui se trouvent déjà à la haye. On ne veut plus voir ces genres de crimes dans le pays. Si ça continue, l’impunité, nous le disons haut et fort, nous verrons un jour le professeur Alpha Condé à La Haye comme Charles Taylor et Laurent Gbagbo. Parce qu’il n’est pas différent de ceux-ci. Ce sont les mêmes crimes qu’il est en train de commettre en Guinée et dans le mépris, il n’y a aucune enquête. L’impunité continue. Il faut établir clairement les choses. On ne va pas avoir peur de dire les mots. Lorsque nous voyons les Guinéens continuer à mourir comme à Zogota de la façon dont on a tué à Siguiri, à Mamou, à Lola, à Saoro, à Conakry ici. Même après la marche de l’opposition le 20 septembre, il y a eu 3 personnes qui ont été abattues sauvagement. Si le professeur Alpha Condé ne pose pas les actes qu’il faut pour ne pas finir avec l’impunité, c’est sûr, il va retrouver ses frères à l’âge de 75 ans à La Haye. Jpense qu’on ne peut pas gouverner sans l’opposition. Et quand il refuse d’organiser les élections et qu’il continue à tuer les gens, il n’est pas question pour lui de rester en Guinée. Il doit forcément finir son mandat à La haye. Quand on est à La Haye à 75 ans, je pense que c’est pour mourir là-bas.
Cela fait maintenant belle lurette que vous évoluez sans un échiquier politique. Est-ce qu’on peut avoir les raisons ?
C’est vrai, ça a pris un peu du temps, au moins plusieurs mois. J’avoue que l’attente n’est plus longue, mais j’aime toujours le dire, je veux écouter les gens avant de décider de mon avenir politique de notre pays. J’ai beaucoup écouté les gens. C’est important. Dieu nous a créés avec deux oreilles et une bouche, c’est pour que nous écoutions plus que nous parlons. Alors je suis en train de m’offrir une bonne opportunité. Pour un rappel, j’ai démissionné le 27. Le lendemain beaucoup de Guinéens sont venus vers moi. J’ai commencé à écouter les amis, cousins, oncles, mes compatriotes et tous ceux qui m’ont connu en situation politique. Donc j’ai écouté tout le monde. Après je me suis arrêté en Europe. J’ai écouté en Angola, j’ai écouté depuis que je suis revenu. J’ai eu près de 70 rencontres avec les jeunes, les vieux, les leaders politiques et les femmes. Partout j’ai écouté et j’ai entendu ce que les Guinéens ont souhaité. Nous sommes dans une situation où la division gagne du terrain dans le régime d’Alpha Condé. Je me suis donc donné largement le temps d’écouter. Je pouvais décider d’aller dans un parti ou créer mon propre parti ou simplement d’être dans la société civile. De toutes les façons il faudrait que je défende quelque chose et cette chose n’est que l’aspiration profonde de la population. Mais je vous promets que l’attente ne sera plus longue, parce que le lundi prochain je me ferai le devoir d’inviter la presse enfin pour que cette question arrête d’être posée. Parce que je donnerai la réponse le lundi.
Pensez-vous que le professeur Alpha Condé est l’homme de la situation, quand on sait que ses promesses de lutter contre la corruption n’a encore rien donné de probant ?
Une question extrêmement importante, quand vous dites qu’Alpha Condé est l’homme de la situation. On a écouté le président lorsqu’il aime rappeler les noms des anciens premiers ministres qui étaient au gouvernement, qui auraient fait des détournements. Il ne devrait pas rappeler aux Guinéens, parce qu’aujourd’hui encore, c’est terrible. La gabegie financière est au paroxysme. Ecoutez, il a eu avec Rio Tinto 700 millions de dollars. On ne sait pas la destination. Il a pris avec un homme d’affaires sud-africain 25 millions de dollars. Tout le monde sait qu’il a fallu la vigilance du Sunday Times pour que les Guinéens sachent qu’on est en train de signer des contrats. Cela veut dire qu’un jour quelqu’un peut venir trouver le professeur Alpha Condé pour demander ce qu’il veut. Nous avons pris 150 mille dollars avec le gouvernement angolais dont on ne connait pas la destination, et la gabegie financière dans notre administration est plus grave que celle des années précédentes. Moi, je pense que le professeur Alpha Condé devrait avoir un peu honte. On ne sait pas ce qu’il fait avec toutes ces sommes. Aujourd’hui il n’y a pas la notion d’appel d’offres, la majorité de la jeuneuse chôme, les marchés sont offerts de gré à gré entre des cousins, des frères, etc.
Quelle lecture faites-vous du récent remaniement partiel du gouvernement ?
Sur le remaniement je dois dire qu’il y a eu une restructuration partielle, un remaniement parce que j’entends par remaniement, la structure existante a vu quelques personnes partir et d’autres revenir. Il y a eu plus remaniement partiel qu’une restructuration partielle. Il y a des priorités qu’il faut définir. Sur la base de ces priorités on peut arriver à une structure qui permette de faire évoluer les choses. D’un côté il y a des départements que je traiterai d’inutiles. Le gouvernement du professeur Alpha Condé est tout sauf la solution.
Que pensez-vous des querelles politiques au sujet du choix des dix commissaires par l’ADP et le Collectif ?
La CENI n’est pas un gâteau à partager et encore une fois il faut rappeler au peuple de Guinée que, pour que nous arrivions à une recomposition de la CENI, cela pour établir la parité, il y a eu des sacrifices. Rappelez-vous que le 27 septembre 2011 il y a eu six de nos compatriotes tués et beaucoup d’arrestations arbitraires. Des leaders politiques comme Etienne Soropogui ont été arrêtés à tort et ont passé deux mois de prison à la Maison Centrale.L’erreur commise par le Collectif et l’ADP c’est de voir le problème sous l’angle des partis politiques. Tel parti doit choisir tel représentant. Non ! Nous avons mené ce combat comme un même corps, comme une seule personne. Par ailleurs, comme vous savez, il y a une multitude de partis dans le Collectif et l’ADP. Il y a même une nouvelle alliance sous la houlette de Baydi Aribot, Traoré et Kamano, qui nous ont rejoints. On devait s’asseoir et définir les critères des personnes devant être choisies au nom de l’opposition. Pourvu que ceux qu’on aurait choisis satisfassent aux critères qu’on aurait définis ; pas des partisans qui viendraient transformer la CENI, mais qui soient capables de comprendre la mission importante qui leur est confiée. Pour le cas de Ditinn, je ne crois pas qu’il a été exclu. C’est quelqu’un d’autre pour qui j’ai beaucoup de respect parce que je sais que c’est un homme de conviction. Je crois qu’en pareille circonstance, moi, personnellement, ce que j’attendais de lui, c’était de veiller au respect de certains des principes sur lesquels nous sommes en train de travailler. Je prends un exemple, lorsque nous avons été séquestrés au domicile de Lansana Kouyaté, il était malade aux Etats-Unis. Mais ce jour-là je me rappelle avoir entendu El hadj Cellou Dalein Diallo en train de lui parler. Lorsque nous étions en train de formuler la décision de retirer du CNT, de la CENI comme du gouvernement tous les représentants de l’opposition, tout le monde a été d’accord. Ça devient ainsi obligatoire qu’on devrait veiller à l’application de cette décision. Alors du moment que du gouvernement, on a vu partir les deux ministres du PEDN, que de la CENI, on a vu partir tous les membres qui représentaient les partis politiques qui appartiennent à l’opposition, même ceux dont les partis sont très ambigus sur la question, comme par exemple le cas du PUP, il y a eu même certains représentants du PUP qui ont rendu démission à cause des dérives qu’ils avaient à l’intérieur de la CENI. Alors, la seule chose qui était demandée à mon frère Ditinn Diallo, c’était de démissionner également parce qu’il se trouve que c’est lui le président de son parti. C’est lui qui représente encore son parti au CNT. On a d’ailleurs, je crois, donné un délai pour qu’il démissionne. C’est ce refus qui a indigné certains partis.
A l’allure où vont les choses pensez-vous que les élections législatives auront lieu avant la fin de l’année 2012 ?
Au moins cette année, on est un peu plus au sérieux. Car aucune date n’a encore été donnée comme auparavant. Je ne crois pas tellement au miracle. Ces élections ne peuvent malheureusement pas avoir lieu en 2012 parce que la loi dit que pour organiser des élections législatives ou présidentielles, le corps électoral doit être appelé aux urnes par un acte du président de la République, soit 70 ou 72 jours avant. Il faut qu’on connaisse d’abord ce corps électoral et pour le connaitre il faut qu’il y ait une révision du fichier électoral. Pour preuve, on n’a même pas encore mis en place une CENI.
Certains observateurs soupçonnent même des proches du Président de s’être convertis en de véritables affairistes. Cela ne relève-t-il pas de la calomnie ou pensez-vous qu’il y a une part de vérité ?
Vous savez, lorsque le Pr Alpha Condé est arrivé au pouvoir, il avait dit qu’il n’accepterait pas que des gens, même membres de sa famille, se mêlent des affaires publiques et que même, si c’était sa femme, il divorcerait. Comme pour dire qu’il serait intraitable sur des questions de corruption et de détournement. Et sans surprise, dès son ascension, il a oublié le peuple et a commencé à manger avec les deux mains. Ce qui se passe au niveau des services publics est pire qu’avant. Les recettes fiscales ne sont pas améliorées. Il n’y a pas d’investissements. A l’allure où vont les choses, nombreuses sont les entreprises qui sont dans des crises sans précédent, comme la Sotelgui et Friguia. Et puis, beaucoup d’autres sociétés vont mourir. Tout cela par la faute des affairistes qui gangrènent notre administration.
Propos recueillis par Abdoul Aziz Baldé & Zézé Eénéma Guilavogui
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