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Entretien avec El Hadj Fodé Soumah, président de la GéCi
Jeudi, 11 Octobre 2012 20:03
Dans une interview qu’il vient de donner le 10 octobre 2012 à 2 journaux de Conakry, la Nouvelle et le Diplomate, le président de la GéCi s’exprime sur la situation politique et sociale en Guinée et revient en particulier sur le récent remaniement ministériel.
Monsieur le président, le président de la République vient de remanier le gouvernement, quelle lecture faites-vous de celui-ci ?
Une lecture ambigüe au goût d’inachevé. Mon impression première est qu’il y a des non-dits, voire des raisons inavouées à ce remaniement qui semble avoir été fait dans la précipitation, compte tenu du temps dont disposait le président de la République, face à un gouvernement qui est le même depuis bientôt 2 ans et dont certaines actions ont fait couler beaucoup d’encre.
J’aurais compris le bien-fondé de ce remaniement s’il avait été dans le sens de la réduction du train de vie de l’Etat, suite à l’atteinte de l’IPPTE et au moment où l’on demande aux populations de serrer la ceinture jusqu’au dernier cran.
J’aurais compris cet empressement s’il s’agissait de faire appel à l’opposition et au centre dans un gouvernement d’ouverture, afin d’apaiser la situation politique et organiser les législatives en toute sérénité. Ce n’est pas de la transhumance politique ni de l’entrisme, car c’est ce que j’aurais fait.
Mais en l’absence d’une volonté de rupture et en faisant la sourde oreille au multiples manifestions de mécontentement des citoyens, c‘est toujours la même rengaine : un gouvernement pléthorique, sans âme, sans structure et sans feuille de route.
Un remaniement doit s’articuler autour des ministres déplacés, remplacés ou partants, mais pas au point de se retrouver avec des ministères existants sans ministres désignés. Ou on les laisse en place dans l’attente de les remplacer ou on désigne le remplaçant dans l’immédiat.
En conclusion, je dirais que c‘est du réchauffé pour ne pas dire du bricolage et du replâtrage.
Les caciques du RPG maintiennent leurs portefeuilles, alors que les autres, venant des partis alliés, les perdent ou sont remplacés par d’autres affidés du professeur Alpha Condé. Quelle est votre opinion là -dessus ?
Je serais tenté de leur demander de venir grossir les rangs de l’opposition. Mais plus sérieusement, cela me ramène à un principe cardinal de la GéCi et à une indication que je donnais au sortir de la période de grâce : le chef de l’Etat se serait facilité la tache en démissionnant de la présidence de son parti afin de ne pas rester l’otage de ceux qui pourraient se prévaloir de son élection.
Mais comme un remaniement est à la discrétion du Président, je ne connais pas les tenants et aboutissants de ces différents choix. Même la lecture politique que j’avais de la situation est à présent faussée. Le Président n’ayant pas remplacé des ministres aux méfaits avérés, on semblait se se diriger tranquillement vers un remaniement post-législatives.
Le dernier carré du CNDD subsistant dans le gouvernement de la République s’est effrité. Est-ce que c’est très tôt ou très tard, puisque nous sommes encore en période transitoire ?
Je dirais plutôt qu’en cas d’élection, je n’aurais pas eu besoin de prendre des ministres militaires en dehors du ministère de la Défense eu égard à la situation d’alors. Le précédent régime était militaire alors que le nouveau gouvernement était civil.
Je dirais aussi que les ministres Toto Camara et Mathurin Bangoura font partie de ceux qui ont posé le plus d’actes au sein de ce gouvernement en mal de résultats probants.
L’ethnie du président de la République renforce sa mainmise sur les services de Défense et de Sécurité avec le départ du général Toto, la promotion de Mouramany Cissé qui reçoit en plus du ministère de l’Intérieur, le ministère de la Défense sous son contrôle et le poste de chef d’état-major. Ceci n’augure rien de bon pour le pays. Partagez-vous cette opinion largement répandue aujourd’hui dans le pays ?
Là nous ne sommes pas dans le domaine de la rumeur ou de la vindicte populaire. Il suffirait de faire l’inventaire des décrets et d’appliquer ce que j’appellerais un dispatching pour se rendre à l’évidence.
En fait, il y a une forme d’amnésie collective en Guinée qui nous fait oublier du jour au lendemain d’où nous venons, ce qui a été fait dans le passé et ce qu’on devrait éviter par la suite.
Je reste convaincu que le RPG qui se dit parti national et transversal, possèderait en son sein toutes les composantes de la nation. A mon sens, l’analyse devrait porter sur la compétence afin que l’ethnie et la zone géographique soient reléguées au second plan.
Les syndicalistes désavouent 10 % d’augmentation de salaire et exigent que les 200% promis par le gouvernement soient respectés. Les syndicalistes n’ont-ils pas raison puisque le président de la République ne fait rien pour réduire le train de vie de l’Etat ?
Comme je le disais tantôt, l’exemple doit toujours venir d’en haut. De plus, tellement de choses ont été dites par rapport au PPTE que tout le monde s’attendait à voir nos problèmes se résoudre du jour au lendemain. C‘est de la responsabilité des autorités qui continuent à faire des effets d’annonces qui le mettront de plus en plus en difficulté.
Avec une inflation à 15%, nous sommes loin du compte et je m’attends à la multiplication des revendications et à une augmentation vertigineuse des prix. Les Guinéens ont les yeux ouverts depuis que les vendeurs d’illusion et les tueurs d’espoir ont érigé le mensonge en mode de gouvernance.
Par contre, je suis convaincu qu’ils seraient capables de faire preuve de discernement du bien-fondé de tout ce qui serait lié à la patience, à la raison, au paradigme sociétal lié à la justice sociale et au partage des richesses.
Tout vœu principiel trouverait son creuset dans l’égalité dans la souffrance plutôt que la dignité dans la pauvreté. Ce qui est une aberration.
Va-t-on vers une crise sociale dans le pays ?
Mais la crise sociale est déjà là . Elle s’accompagne de la crise gouvernementale qui a vu la démission de 2 ministres. La crise institutionnelle avec d’autres démissions au sein de la CENI et du CNT. La crise politique qui dure depuis l’entre-deux-tours de la présidentielle et qui plombe la fin de la transition. La crise morale assortie des événements dramatiques de Zogota, de Siguiri, de Fria, etc. Faites vos jeux, rien ne va plus, comme dirait l’autre.
Nous venons de fêter le 54e anniversaire de notre indépendance à Boké. Que dites vous de ce choix et des festivités ?
La tournante initiée par le président de la République est une bonne chose qui permet d’impliquer tous les citoyens de la République et de développer nos villes. A sa place, j’irais plus loin en déplaçant le conseil des ministres régulièrement à l’intérieur du pays. Le bon décideur, c‘est celui qui est au fait des réalités quotidiennes et palpables.
Je regrette la nonchalance de certaines autorités habillées comme si elles étaient dans leur salon, sans compter le discours décousu du président de la République fait d’attaques à la gouvernance passée et à l’opposition, en cette journée qui devait être marquée par l’unité de tous les Guinéens.
L’organisation a été décriée car il n’y a pas eu un suivi des les travaux, ni l’établissement d’un cahier des charges rigoureux en matière de faisabilité.
De plus je suis surpris que le prochain site ait été désigné avant même d’avoir un plan directeur et de lancer des appels d’offres.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, je vous laisse deviner la suite des événements dans moins de 12 mois maintenant. Il y a déjà du retard dans l’allumage, d’où l’intérêt de déplacer la cérémonie une année sur deux. Ce serait une erreur de vouloir boucler toutes les régions en un quinquennat.
En tant que président de la République, j’aurais choisi la ville de mon adversaire en premier, afin de me rapprocher de ceux qui n’avaient pas voté pour moi. Ce geste fort s’apparenterait à l’un des premiers symboles édictés par le début de la gouvernance du président de la République, au sortir d’une élection 2010 cahoteuse.
J’aurais choisi les meilleurs techniciens et exigé d’eux l’excellence et le respect des délais.
Au moment où je serais entouré de mes pairs pendant cette célébration, mes ministres assistés des préfets, des gouverneurs et des maires, seraient dans d’autres villes du pays afin que tout le monde participe à la fête nationale. Encore une fois nous sommes loin du compte par manque de vision.
Le ministre de l’Administration du territoire a demandé le dépôt des listes pour la CENI dans les 10 jours. Où en est l’opposition ?
Comme vous le savez le pouvoir a jeté un pavé dans la mare en accédant à la parité conformément à la loi, sans toutefois préciser de quelle opposition il s’agissait.
Selon la charte des partis politiques et au regard du combat politique sur le terrain, dans les médias et depuis l’investiture du président Alpha Condé, nous estimons que cette prérogative revient au Collectif et à l’ADP.
Le moment n’est plus loin pour connaitre les réelles intentions du pouvoir. En tout cas si tout le monde s’y met, le dernier blocage devrait être très vite levé avec le choix de l’opérateur et un chronogramme raisonnable.
Franchement, il est plus que temps qu’on ait une Assemblée nationale qui contrôlerait l’action gouvernementale et un Conseil constitutionnel qui en ferait de même pour le PRG.
Ce serait enfin l’occasion de se mettre au travail et de se poser les bonnes questions quant à l’utilité de certaines institutions comme le Conseil économique et social et le Conseil national de la communication qui ont montré leurs limites.
Une Haute autorité de l’audiovisuel composée de véritables professionnels ferait l’affaire des médias guinéens qui ont besoin d’être sécurisés, tout comme le président de la République qui pourrait utiliser le Conseil constitutionnel en guise de placard doré.
L’émergence citoyenne tant attendue s’inviterait dans le débat pour savoir qui a fait quoi et demander des comptes à nos gouvernants sur la base de l’obligation de résultat.
C‘est à travers cette césure irréversible, que nous pourrions asseoir une nouvelle manière de gouverner basée sur l’éthique, la justice et la bonne gouvernance.
Commentaires
Lorsque l'on sait que FMS - que je crois de toute bonne foi -, n'est pas du genre à ne pas savoir exprimer correctement ses idées dans la langue de Molière, force est aux élites peuhles qui le peuvent encore, de s'interroger utilement enfin! Car la série d’assassinats de jeunes citoyens à Conakry et à Mamou non plus, méritent mieux qu'un «et cetera» de FMS, même si ces derniers étaient exclusivement des Peuhls ou non-militants de la GéCI..La "traction politique" par la "locomotive UFDG" devrait au moins valoir un peu plus d’égard pour la mémoire de ses martyrs qui sont impunément massacrés par les FDS guinéennes.
Was-Salam cher El Hadj!








