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Interview de Lucien Beindou Guilao, membre fondateur du PNR

Sidimé Alpha Kabinet   Mercredi, 20 Juin 2012 15:40

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GUILAO_Lucien_Beindou_01« A mon avis la Guinée aura définitivement changé lorsque les citoyens voteront pour un programme, un projet de société, plutôt que pour une personne, une communauté, une ethnie. Lorsqu’un Soumah sera président du RPG et un Kaba président de l’UFDG ou un Baldé président du GPT la Guinée aura définitivement changé », dixit M. Lucien Beindou Guilao.


Les élections législatives tardent à se pointer à l’horizon, la CENI, notamment son président Lousény Camara, est incriminée par l’opposition d’être proche du pouvoir, quel est votre regard sur cet aspect et surtout l’audit de la CENI ?

Pour ce qui concerne le premier volet de votre question, je pense qu’il n’est plus nécessaire de redire ce que nous avons déjà dit. Le silence du CNT m’agace et pour vous dire franchement, je pense que le Président devrait dissoudre le CNT. Ce que l’audit de la CENI a fait ressortir, n’était plus un secret pour personne. La CENI étant l’émanation des partis politiques et de la société civile, je vous laisse tirer les conclusions qui s’imposent.

Vous êtes membre fondateur du Parti National pour le Renouveau (PNR), parti centriste de nos jours traverse une crise sans précedent, question de leadership, restructuration, etc. Avez-vous une autre lecture de la situation ?

Tout ce que je peux vous dire à ce sujet, c’est que le PNR est tout sauf un parti du centre. En ce qui concerne l’autre volet de votre question, les problèmes qu’il y a dans le PNR ne concernent que les membres du PNR, et je ne pense pas qu’il soit intelligent de les étaler dans les médias. Nous sommes suffisamment grands pour les régler en famille.

Est-ce intéressant de refonder ce parti ?

La restructuration d’une entité s’impose à chaque fois qu’il est constaté un décalage entre la réalité du terrain et les structures existantes.

Que reproche-t-on à l’actuel président M. Boubacar Barry ?

Joker.

Alors qu’entendez-vous faire pour sauver le PNR ?

Il ne m’appartient pas de sauver quoi que ce soit ou qui que ce soit. Le PNR, pour vivre, a besoin de retrouver les valeurs qui ont fait sa force dès sa création. Le PNR n’est pas un parti centriste, le centre en Afrique ne correspond à rien, et le PNR n’est pas rien. Et d’ailleurs en Europe, notamment en France, le centre vient de disparaître de la scène politique avec les dernières élections législatives. Le PNR a toujours fait des choix. Vous vous souviendrez que le PNR a été membre fondateur de l’ANR (Alliance nationale pour le renouveau) qui vaut nettement mieux que les nouvelles alliances politiques que je vois naître par ci par là. Nous avions, à l’époque, préféré avoir notre alliance plutôt que de nous allier aux forces vives qui, à l’époque, dormaient dans le même lit mais ne faisaient pas le même rêve. La situation actuelle le prouve aisément.

Si le PNR n’est pas un parti centriste selon vous, est-il de l’opposition ou de la mouvance présidentielle ?

Vous le saurez rapidement. Le temps pour nous de régler nos divergences en famille.

M. Guilao, l’actualité reste dominée par la sortie du Pr Alpha Condé sur une tentative détournement de 13 milliards et autres 50 milliards à la Direction nationale des Infrastructures et Equipements. Etant ancien ministre de la phase 2 de la transition, quel regard portez-vous sur cet aspect de négativité ?

Les vieilles habitudes ont la vie dure. La Guinée est un pays doté de ressources énormes pour affronter l’avenir, et elle ne pourra les valoriser sans ses hommes. Il est évident que pour valoriser ses ressources elle ne doit pas tourner le dos ni à l’excellence, ni à la créativité. Mais chez nous, l’excellence et la créativité sont utilisées à d’autres fins telles que l’enrichissement illicite sur le dos du contribuable guinéen, à qui l’on demande tous les jours de se serrer la ceinture. Nos cadres excellent et ne sont créatifs que lorsqu’il s’agit de confondre le bien public avec leur patrimoine.

Ce qui m’embête dans cette affaire, c’est de voir le Président se débattre en première ligne à chaque fois qu’il y a des problèmes dans ce pays. Il n’y a que le Président qui en parle, qui s’énerve et qui tape sur la table. Les autres (ndlr, membres du gouvernement, premier ministre) sont où, qu’est ce qu’ils font, que disent-ils ?

Il n’appartient pas au Président d’être en première ligne à chaque fois. Ce n’est pas lui, le soldat. Il est la pièce maîtresse.

Les problèmes de la Guinée d’aujourd’hui sont connus, le Président de la République les connaît et il s’est engagé à les résoudre, il a été élu pour les résoudre. Ce sont par exemple, la mauvaise adaptation à la mondialisation, la mauvaise gestion de nos ressources, la persistance d’inégalités anciennes ainsi que l’émergence de nouvelles tout aussi insupportables, la précarité, l’insécurité et l’exclusion, les discriminations sexuelles et raciales, l’inégalité générationnelle et géographique …

A propos de la future assemblée, qu’elle type de majorité souhaitez-vous ?

Dans une élection normale, où le président a été élu sur la base d’un programme, il est souhaitable de lui donner la majorité qu’il faut pour qu’il réalise le programme pour lequel il a été élu.

Ce que je crains chez nous, c’est d’avoir une assemblée où la majorité, si elle est présidentielle, dise systématiquement oui à tout ce qui vient du pouvoir et une minorité, opposition, qui dise non, systématiquement. Ou l’inverse, c'est-à-dire une majorité, si elle est de l’opposition, qui dise systématiquement non à tout ce qui vient du pouvoir et systématiquement oui à tout ce qui vient de l’opposition.

Selon nos sources nous venons d’apprendre que l’opposition ne veut plus de ses représentants à la CENI et CNT, qu’en pensez vous ?

Vous connaissez ce que je pense des actes que pose l’opposition guinéenne. Elle met en doute le premier ministre de la transition, qu’elle a elle-même installé à la suite des accords de Ouagadougou. Elle envoie ses cadres dans le gouvernement de transition avant de mettre leur moralité en doute quelques mois plus tard. Elle met en doute la bonne foi du Président de la Transition. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, elle facilite l’installation d’un étranger au poste de président de la CENI. Elle refuse dans un premier temps la restructuration de la CENI, avant de la réclamer de toutes ses forces. Elle souhaite une implication des organisations internationales, avant de mettre en doute la bonne foi du PNUD. Elle installe Monseigneur Gomez comme président du comité de facilitation du dialogue, avant de tirer à boulets rouges sur lui. Et maintenant elle a l’intention de rappeler ses représentants au sein de la CENI et du CNT par ce quelle n’a plus confiance en ces institution. Elle n’a confiance en personne.

Pour finir, vous ne pensez pas que la Guinée a quand même changé ?

La Guinée a changé certes, mais il reste encore du chemin à parcourir. A mon avis la Guinée aura définitivement changé lorsque les citoyens voteront pour un programme, un projet de société, plutôt que pour une personne, une communauté, une ethnie. Lorsqu’un Soumah sera président du RPG et un Kaba président de l’UFDG, ou un Baldé président du GPT, la Guinée aura définitivement changé. Je rêve quoi…


Propos recueillis par Sidimé Alpha Kabinet


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