Diaby Gassama : « Avec la corruption, rien ne sera possible dans notre pays »

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DIABY_Gassama_Kalifa_3_01Dans cette interview, Diaby Gassama Khalifa, juriste et président de l’Observatoire guinéen de la démocratie, porte son regard sur la situation sociopolitique. Il se prononce sur la sortie du président de la République le samedi 2 juin dernier et donne son point de vue sur la mission de la Francophonie. Il s’est ensuite exprimé sur la perspective de la marche annoncée par le Collectif et l’ADP et sur sa vision pour la Guinée.


L’Indépendant : En tant qu’observateur de la démocratie dans notre pays, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la situation sociopolitique de la Guinée ?

Diaby Gassama Khalifa : Je pense comme tous les Guinéens que la situation sociale et politique est crispée. Elle est tendue et cela préoccupe tous ceux qui se battent ou ont le souci de l’avenir serein pour notre pays. Sans la dramatiser, la situation nous préoccupe et nous espérons que la conjugaison de différents efforts, qu’ils soient internes ou externes, doit nous permettre de sortir la Guinée de la crispation.

Quel bilan tirez-vous de la mission de la Francophonie en Guinée qui s’inscrivait justement dans le cadre de la décrispation de la situation actuelle ?

Pour le moment, je n’ai pas le rapport de la mission. Ce que je peux dire, pour l’heure donc, c’est que je souhaite la réussite de celle-ci. Puisque c’est quelque chose qui sera bénéfique à la Guinée et aux Guinéens. Il serait souhaitable qu’entre Guinéens, nous soyons responsables à travers la solution à nos problèmes. Cela est difficile actuellement et c’est vraiment déplorable. C’est un constat. S’il y a une mission extérieure, nous ne pouvons que lui souhaiter toute chance et toute réussite dans ses différentes entreprises.

En public et de façon solennelle, le président Alpha Condé a, le samedi dernier, défendu son ministre de l’Economie et des Finances et condamné les présumés auteurs de la tentative de détournement. Le Chef de l’Etat guinéen ne serait-il pas allé trop vite en besogne ?

Je voudrais moi-même éviter d’aller trop vite en besogne. Je n’ai pas l’habitude de me prononcer sur ce genre de dossier. Et surtout, je n’ai pas les tenants et les aboutissants de cette affaire. Ce que je peux dire d’une part, ce qui ne doit pas être accepté dans un système de gestion qui se veut responsable, donc démocratique, un système qui doit agir selon les lois dans le respect de l’intérêt général, c’est que la corruption soit une pratique admissible. Sur ce principe-là, il me semble que la lutte contre la corruption doit être au cÅ“ur de notre processus de démocratisation. Puisqu’avec la corruption, rien ne sera possible dans notre pays. Donc qu’il y ait l’expression d’une volonté politique de sanctionner, évidemment par la loi où des auteurs ont été juridiquement condamnés. On ne peut pas accepter dans un Etat qui se démocratise, l’irresponsabilité et que le manque de sanction soit un mode de gouvernance. Je voudrais aussi rappeler qu’il y a deux niveaux de sanction. Il y a des accusés qui bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à ce qu’ils soient définitivement condamnés par une institution judiciaire ; il y a aussi la sanction politique. En démocratie, il faut savoir dissocier les deux niveaux de sanction. Lorsque quelqu’un a une responsabilité publique, il a de facto la responsabilité morale du bon fonctionnement de son service. En cas de dysfonctionnement, il est attendu, évidement, après que les faits ont été établis, qu’un certain nombre de sanctions politiques soient exercées, posées. Sans sanction, on ne peut pas espérer en Guinée une gouvernance qui soit transparente, responsable et qui soit bénéfique au peuple de Guinée. Il faut donc sanctionner, soit sur le plan politique, soit sur le plan juridique, puisqu’en démocratie, toute responsabilité correspond à une sanction. A partir du moment où les faits de tentative de détournement de milliards de francs guinéens sont établis, il faut des sanctions.

Comment voyez-vous l’avenir de la Guinée ?

Je suis de nature foncièrement optimiste. Sans perdre ma lucidité, sans perdre mon constat selon lequel nous avons dans notre pays des difficultés économiques et sociales que nous ne pouvons ignorer. Ceci dit, conscient de la difficulté de tout processus de démocratisation, je suis toujours mesuré face aux problèmes. En effet, il faut garder le courage et la détermination pour que les problèmes qui se posent puissent trouver des solutions à condition que les différents acteurs y soient disposés et constructifs d’une certaine sérénité, mais aussi de sincérité pour aborder un certain nombre de désaccords ou de difficultés. C’est difficile et complexe, mais il faut qu’on ait le courage de regarder notre réalité en face. Il faut qu’on ait la détermination de ne pas échouer dans ce processus de transition. Il faut aussi qu’on ait la capacité d’analyser, de ne pas limiter nos analyses sur des effets, que nous ayons le courage d’aller chercher les causes qui nous amènent inlassablement dans des crises conjoncturellement. Certes, il y a des problèmes, mais nous devons garder espoir de les surmonter afin de sortir la tête haute. Le président de la République qui est la seule institution démocratique du pays doit être capable de trancher un certain nombre de problèmes. Il doit prendre des décisions dans l’intérêt général des Guinéens et de la nation qui pourront permettre de sortir de l’impasse. Les autres acteurs aussi devront pouvoir renouer le dialogue.

Le Collectif et l’ADP menacent de marcher prochainement à Conakry alors que certains militants de cette opposition sont en procès au Tribunal de Première instance de Dixinn. Qu’en dites-vous ?

Par principe, nous défendons toujours la liberté de manifester. Maintenant, il faut qu’on soit en mesure de conseiller sur un certain nombre de concepts et principes sur notre réalité. En effet, il faudrait que les différents acteurs évitent d’entrer dans un cycle infernal dans le cadre des manifestations, des contre-manifestations ou des manifestations qui débordent. Nous transférons des problèmes politiques vers le terrain juridique. Le droit ne saurait trancher un problème politique. C’est pourquoi nous plaidons pour que ce cycle infernal s’arrête parce que lorsque vous arrêtez des militants politiques, même s’il y a un certain nombre d’infractions avérées, vous les arrêtez dans l’exercice de leurs activités. Il est cependant important aujourd’hui de sortir les débats de la rue vers un espace plus serein, plus lucide où on pourrait échanger, débattre dans le respect des uns et des autres afin de trouver la solution à nos problèmes.


Propos recueillis par Emmanuel Toumany
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu.com


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Commentaires  

 
+1 #5 Gandhi 14-06-2012 09:50

Comolam, le PRG est peut-être le chef des armées, mais il n'est pas un OPJ. Il ne peut donc constater un quelconque délit ou crime. Si les fonctionnaires font un recours, ils obtiendront largement satisfaction, car même la Cour Suprême qui n'a jamais condamné l'État pour des décisions règlementaires, l'a déjà fait pour des décisions individuelles illégales. Le tout est de savoir s'ils en ont dans le ventre ou pas, d'autant qu'AC est tellement confus, qu'il prend des décisions impersonnelles pour virer les agents de la loterie par exemple. J'ai écris un texte à venir sur ces points.
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-4 #4 Comolam 13-06-2012 20:21

Citation en provenance du commentaire précédent de Gandhi:
Ce que semble oublier Gassama Diaby pourtant juriste, c'est qu'en démocratie ce n'est jamais au PRG de faire office de juge et de décréter que tel ou tel est coupable. Il y a des juges dont c'est le métier, qui tranchent, et ce d'autant que les décisions (relaxe éventuelle) du juge répressif (compétent en matière de vols ou détournements) s'imposent au juge administratif et à l'administration. Enfin ce n'est jamais au PRG d'établir des faits de cette nature.

Gandhi, le caractère exécutoire d'une décision administrative est la règle fondamentale du droit public. Dans le cas présent, la première preuve est le flagrant délit ; elle atteste le fait, mais elle n'atteste pas toujours que cette flagrante action soit un crime, c’est pourquoi la justice à été saisie. Quant un acte administratif unilatéral qui modifie l’ordonnancement juridique sans le consentement des tiers est susceptible de faite l'objet d'un recours notamment par la voie du recours en excès de pouvoir, donc les présumés coupables peuvent s’en servir.
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+1 #3 Féla Barry 2015 12-06-2012 15:27

lol, Barros,c'est pas de la langue de bois mais un pied valide qui vient en appuie a une jambe de cautère si ce n'est une tête de bois-de qui vous savez. La tortue-usité intellectuelle est le propre de l'escroquerie politicienne. Point de virtuosité, la mauvaise foi est une seconde nature chez certains !!! La rapine intellectuelle et l'auto-censure permanente ont élu domicile en ce pays. Gassama disait dans l'entre deux-tours que l'honneur,la grandeur d’âme entre Cellou/Ac reviendra a celui qui acceptera le verdict des urnes et refusera que le sang des guinéens soit versé. Aujourd'hui, il s'accommode sans gêne ethnique AUCUNE des errements de celui qui refuse les élections au grand péril de la Guinée; sans doute pour ne pas les perdre !!! Observatoire de la vache qui rie JAUNE !!!
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+4 #2 Barros Diallo 12-06-2012 04:02

Avec la langue de bois, non plus...
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+6 #1 Gandhi 11-06-2012 23:33

Ce que semble oublier Gassama Diaby pourtant juriste, c'est qu'en démocratie ce n'est jamais au PRG de faire office de juge et de décréter que tel ou tel est coupable. Il y a des juges dont c'est le métier, qui tranchent, et ce d'autant que les décisions (relaxe éventuelle) du juge répressif (compétent en matière de vols ou détournements) s'imposent au juge administratif et à l'administration. Enfin ce n'est jamais au PRG d'établir des faits de cette nature.
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