Gestion de l’Etat : « Le président Alpha doit être à la hauteur des espérances des Guinéens sinon ils seront déçus de la politique » dixit Tiken

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FAKOLY_Tiken_Jah_2_012e partie (voir 1ère partie publiée le 28 mai 2012)


Tiken Jah Fakoly de son vrai, Doumbia Moussa était récemment en Guinée pour la mise en œuvre de son projet panafricaniste,
"Un concert, une école". Nous avons mis à profit son séjour pour échanger avec lui sur certains sujets d’actualité guinéenne et africaine.


Tiken Jah : Moi, je n’allais pas en prendre et je ne pouvais pas non plus les empêcher d’en prendre et en plus de cela, on n’a pas une carrière garantie. Donc, mieux vaut prendre un peu d’argent pour préparer sa retraite. Il y a par exemple beaucoup d’artistes guinéens qui ont pris de l’âge aujourd’hui, ne produisent plus et n’ont aucun autre moyen de survie. Nous, nous disons donc qu’on est à un moment de notre vie où il faut ramasser le maximum d’argent. Après toute réflexion, je me suis dit qu’il est normal que les factures de nos prestations soient payées. Ce n’est donc pas nous les artistes qui avons refusé de tourner. C’est plutôt le gouvernement ivoirien qui a trouvé que le cachet qu’on demande est trop important. C’est trop pour nous artistes. Mais si on calcule le salaire des ministres ou gouvernants pour un an, vous verrez qu’ils ne sont pas loin de notre cachet demandé. Donc, il faut qu’on arrête de nous prendre pour des gens de dernier plan. Nous aussi, nous avons besoin de bien vivre.

L’Indépendant : Restons toujours sur la scène et dites-nous qu’est-ce que Tiken a actuellement en chantier.

Le prochain album de Tiken Jah va sortir en 2013.

Quels sont les thèmes que ce nouvel album va traiter ?

L’album va parler de fierté, d’unité africaine, de rassemblement, d’éveil de conscience… Cela dit, je ne connais pas encore le titre de l’album, je n’ai pas non plus tous les titres qui le composeront. Une seule certitude, il s’inscrira dans la continuité de ma lutte pour le panafricanisme. Car, aucun pays ne pourra tout seul s’en sortir. Si la Guinée s’en sort toute seule aujourd’hui, tous les Ivoiriens viendront ici jusqu’à étouffer les Guinéens qui finiront par exprimer leur hostilité. Exactement comme ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Ce pays avait connu dans le temps la prospérité économique qui a attiré assez d’étrangers et au final, les Ivoiriens se sont dit, on est vraiment envahi par ces étrangers-là. C’est pourquoi, il est souhaitable que nos pays aient tous le même élan, le même niveau pour le décollage économique. Les thèmes d’unité, de rassemblement des Africains, occupent toujours une place de choix dans mes chansons et qui constituent pour moi l’unique possibilité de sortir de notre sous-développement artificiel et chronique. L’Afrique est le continent le plus riche potentiellement. La preuve, aujourd’hui en Guinée, il y a toute sorte d’investisseurs, toutes les entreprises du monde, française, américaine, canadienne, arabe, japonaise, chinoise... Parce que simplement il y a à manger. Nous, les Guinéens qui sommes propriétaires de ce manger précieux qu’ils viennent nous prendre-là, nous continuons à croupir dans la misère noire. Ces comportements vont changer lorsque le peuple va se réveiller. Je le dis parce que nos dirigeants ne sont pas libres. Ils sont obligés de faire certaines choses, juste pour faire plaisir aux blancs et pour que la Banque Mondiale ou le FMI leur accorde des crédits. Alors que cela fait plus de 40 ans que la Banque Mondiale et le FMI soutiennent l’Afrique et que cela fait 40 ans que les pays africains continuent de ployer sous le poids des dettes et du sous-développement. C’est comme si on me dit que cela fait 40 ans que moi je vous aide et durant toute cette période, cette aide n’a jamais pu guérir ta maladie. En dépit de tout, on continue à te faire croire que c’est mon remède-là qui est bon pour toi. Et voilà le grand paradoxe entretenu par Babylone qui empêche l’Afrique de s’en sortir sur le plan économique. Si le président guinéen, Alpha Condé, ou ivoirien, Alassane Ouattara, décide tout de suite de prendre son indépendance totale, les blancs vont le faire chuter par un coup d’Etat bidon. Si l’un d’eux dit tout à l’heure que Hollande ou Obama aillent se faire foutre, il aura signé son arrêt de mort. Je vous donne un exemple, le cas du président ATT. Sarkozy lui a fait payer son choix par rapport à deux dossiers importants dans lesquels il a été très courtisé. Le premier choix fatal pour lui, c’est d’avoir refusé de soutenir Sarkozy dans sa guerre contre le colonel Kadhafi. Mais aussi parce qu’il a refusé de signer un document qu’on a fait signer par tous les chefs d’Etat africains. Ce document donne le droit au gouvernement français d’interpeler et d’expulser nos frères africains qui vivent sur le territoire français. Puisqu’ATT est conscient de l’existence d’une grosse communauté malienne en France, il a refusé de le signer. Voilà les raisons fondamentales qui ont précipité la chute d’ATT au Mali. Donc, le jour où les Etats africains parviendront à parler d’une même voix, Babylone va trembler. Je sais que le combat que je mène ne sera pas gagné de mon vivant mais le plus important est que je joue mon rôle. Parce que chaque génération doit jouer positivement le rôle qui est le sien. Nous sommes-là aujourd’hui, parce que l’esclavage a été aboli, la colonisation stoppée, grâce aux combats menés par nos parents et aînés. Qu’est-ce que chacun de nous doit pouvoir faire pour avoir une nouvelle Afrique différente de celle que nous connaissons aujourd’hui ? C’est la question que chaque Africain conscient doit se poser de nos jours. Je suis quant à moi, un homme de conviction. Mon existence, qu’elle soit courte ou longue, je me battrai toujours pour qu’elle serve à une bonne cause pour toute l’Afrique. C’est de cette hantise d’une Afrique unie prospère que je tiens ma force et mon inspiration à poursuivre la lutte jusqu’à l’atteinte de cet idéal. Le général de Gaulle disait que la France n’a pas d’ami, elle n’a que des intérêts. Les blancs ne viennent pas ici chez nous parce qu’ils nous aiment. Mais parce qu’ils ont des intérêts avec nous. Donc, à nous de savoir défendre nos intérêts devant les blancs.

Quel message avez-vous à l’endroit des politiciens guinéens qui n’arrivent pas à se mettre d’accord aujourd’hui autour la restructuration de la CENI ?

Les manifestations légales font partie des principes démocratiques. Quand le dialogue est rompu, quand l’opposition et le pouvoir ne peuvent pas discuter autour d’une table, l’opposition descend dans la rue pour s’exprimer autrement. Ce que je souhaite aujourd’hui, c’est de voir le président Alpha Condé ouvrir le dialogue avec ses opposants. Parce que s’il y a tension, c’est lui le premier perdant. En revanche, quand il y a paix, il est le premier bénéficiaire aussi. Lorsqu’un pays n’est pas stable, aucun investissement ne peut être possible. Tous les investissements qu’il y a aujourd’hui, c’est lui Alpha Condé qui en bénéficie. Parce qu’ils contribuent à créer de l’emploi, renflouer les caisses de l’Etat, construire ou réaliser des infrastructures routières, sanitaires, électriques, …

Donc, je souhaite qu’il y ait une parité à la CENI comme le veut la constitution, qu’il y ait un consensus. Parce que tout apaisement aujourd’hui est bénéfique d’abord à Alpha Condé lui-même et à son gouvernement. Quand il y a trouble, c’est lui qui perd. Parce que la montre tourne contre lui et qu’il est élu pour un mandat bien calé dans le temps. Et à l’heure du bilan, il sera le seul à se défendre devant le peuple. Déjà, il est au 17e mois de son mandat. Si à la fin, à cause des troubles, il n’a pas pu exécuter son programme comme il l’aurait souhaité, il fera face à la sentence du peuple. Il faut dès maintenant qu’il soit disposé à dialoguer avec ses opposants et de façon consensuelle, trouver une solution à leurs différends pour enfin pouvoir organiser les élections législatives transparentes dont les résultats seront acceptés de tous. Ainsi, on dira qu’Alpha est effectivement un grand démocrate. Mais, si ce n’est pas le cas, qu’il sache que c’est lui seul qui portera le chapeau. Il faut que la parole soit libérée. C’est la seule façon d’éviter des frustrations dans le pays. Ce qui passe par le respect du droit de marcher pour les opposants qui doivent aussi jouir de leur droit dans le strict cadre de la loi. Le président Alpha Condé doit savoir qu’il part avec une longueur d’avance sur ses opposant parce qu’il est au pouvoir dans ces législatives. Le peuple de Guinée est un grand peuple qui sait toujours surprendre agréablement et lorsqu’on s’y attend le moins. Les Guinéens ont toujours su transcender leur clivage pour sauvegarder l’intérêt supérieur de la nation. Il faut qu’Alpha Condé, opposant historique, aujourd’hui président de la République, soit absolument et nécessairement à la hauteur des espérances de ses compatriotes. Sinon, les Guinéens seront déçus de la politique et des politiciens. Il doit tout faire pour éviter aux Guinéens de regretter son élection à leur tête. J’aime beaucoup la Guinée et il faut que les gens sachent aussi que je ne suis pas un étranger ici dans ce pays. Ma grand-mère paternelle qui s’appelait Masôgôna Kéïta, est venue de Branama, près de Kankan en Haute Guinée. Elle était l’homonyme de la maman de l’Almamy Samory Touré. Ce qui veut dire que je suis guinéen. Pour la petite anecdote, j’ai fait un accident à Kindia. Quand les gens ont su que c’est Tiken Jah et que je roulais à bord d’un Hummer, ils ont voulu m’escroquer. J’ai gardé mon sang froid et ma patience dans la voiture jusqu’à un moment. Puis, je suis descendu pour leur dire qu’ils ne sont pas plus guinéens que moi. Je leur ai dit que je m’appelle Doumbia Moussa et que je suis malinké. Et tout le monde sait que le peuple malinké n’a d’autre origine que le Mali et la Guinée. Donc, je suis chez moi et personne ne peut me dire le contraire. J’ai fait l’accident à 6 heures 30 du matin et j’ai raté mon avion à Abidjan. Parce que je voulais absolument rester auprès de la personne accidentée, un motard qu’on a percuté. Les gens m’ont fait traîner de 6 heures 30 à 14 heures. Bien que ma voiture ait été assurée, j’ai pris tous les frais de l’ordonnance en charge et je suis resté un moment auprès de lui pour m’assurer qu’il va bien. Il y a eu par après d’autres personnes qui voulaient à tout prix me rançonner parce que tout simplement c’est Tiken, et que j’étais dans une grosse voiture. Ils voulaient me faire payer en plus des frais de soins, 3 à 4 millions de francs guinéens. Je leur ai dit que je ne paierais rien en plus des frais que j’avais donnés. Je leur ai fait comprendre que c’est la loi qu’on va appliquer et que je n’accepterais jamais de verser un centime supplémentaire. C’était donc, ce que je voulais rappeler pour la petite anecdote. Je me sens guinéen et je le suis. Mais dans la situation politique guinéenne, j’observe la plus stricte impartialité.


Entretien réalisé par Camara Moro Amara
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu.com

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Commentaires  

 
+1 #1 Féla Barry 2015 12-06-2012 14:24

Tiken!!!! vos efforts sont certes louables,dommage, l’incompétence en tout temps et lieu rime toujours avec désespérance et déshérence du grand nombre. A mi-mandat les guinéens sortiront de leurs tanières ethniques pour mettre AC au pas....c'est pas la désillusion qui fait mal mais plutôt l’impossible changement qu'il a ait naître et entretient qui tue à petit feu, debout la république !!!!!
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