Mouctar Diallo : « Si le pouvoir veut la paix en Guinée, il doit accepter que la CENI soit recomposée. »

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DIALLO_Mouctar_NFD_2_01Le président des Nouvelles Forces Démocratiques (NFD), Mouctar Diallo, nous a accordé une interview le mardi 1er mai 2012. Au cours de cet entretien, les discussions ont essentiellement porté sur le report de la date du 08 juillet qui était prévue pour la tenue des élections législatives et la question de la recomposition de la CENI.


Le Démocrate: Quelle est votre réaction par rapport au report des législatives ?

Mouctar Diallo : C’est un sentiment de déception de voir que les autorités de ce pays sont en train de blaguer avec le peuple de Guinée. Ils sont en train de montrer qu’ils n’ont pas de respect pour le peuple de Guinée. Ils sont en train de montrer leur légèreté, leur médiocrité, leur amateurisme. Quant aux législatives qui devaient être organisées dans les six mois après l’adoption de la Constitution, les autorités ont violé la constitution par leur refus d’organiser ces élections dans les six mois. Je rappelle que la CENI avait déjà donné une autre date ‒ le 29 décembre ‒ pour la tenue de ces élections. Et à l’époque, quand on a demandé au président de la CENI si cette date était réaliste et réalisable, il avait dit que c’était pour faire réagir la classe politique. Après on nous parle d’une autre date qui reflétait la volonté du pouvoir de procéder à un forcing pour organiser ces élections pensant que sa machine de fraude est déjà prête, après avoir joué à des manœuvres dilatoires pour gagner en temps. Et maintenant le gouvernement et la CENI nous avaient proclamé cette date de façon unilatérale pour faire un forcing et un hold-up électoral. Cette date n’était pas celle qui était retenue par toute la CENI. Au cours d’une réunion technique, la CENI avait identifié le 25 novembre 2012 comme la date réaliste. Mais le président de la CENI, sous les ordres du pouvoir, a proclamé unilatéralement la date du 08 juillet. Cela a engagé beaucoup de fonds qui constituent les moyens de l’Etat. Tout ça, on a constaté que c’était pour amuser la galerie et se moquer du peuple de Guinée en continuant à garder ce peuple dans la transition qui n’a que trop duré et pour prolonger la souffrance du peuple martyr de Guinée. Donc je suis très déçu de cette CENI et de ce gouvernement qui ont prouvé encore une fois que ce n’est pas ceux-là qu’il faut pour sortir la Guinée de l’ornière et rendre le peuple de Guinée heureux.

Le président de la République a appelé la CENI à proposer un chronogramme réaliste. A votre avis, est-ce que la CENI est capable de donner satisfaction à cela ?

Dans un pays normal, après avoir proposé des dates qu’ils n’ont pas pu respecter, cela est un motif valable de revoir la CENI. D’abord, que la CENI démissionne ou que l’Etat prenne ses dispositions pour limoger cette CENI parce qu’elle a prouvé son incapacité en proposant deux dates qui n’ont pas pu être tenues, sans compter que le ministre de l’Administration du territoire, M. Alhassane Condé a dit que l’audit de la gestion financière de la CENI est catastrophique. Voilà suffisamment de motifs pour limoger l’actuelle CENI, surtout que l’opposition exige comme première revendication la recomposition de la CENI. Et donc, le fait que le chef de l’Etat renouvelle sa confiance à cette CENI et demande de continuer le processus électoral dans les conditions d’unilatéralité et d’illégalité, montre à suffisance la combine, le deal qui existe entre le président de la République et M. Lousény Camara. Logiquement, on devait plutôt mettre ensemble tous les acteurs pour discuter autour du processus électoral. Le pouvoir, comme le RPG l’avait fait entre les deux tours, dès que sa machine de fraude est prête, fait un forcing. C’est ce qu’il voulait faire avec la date du 08 juillet. Parce que le chef de l’Etat a vu que cela est impossible suite à une visite de terrain faite par le ministre de l’Administration du territoire, il a forcé pour recevoir El hadj Cellou Dalein Diallo afin de faire croire à l’opinion que c’est suite à l’entretien qu’il a eu avec l’opposition qu’il a accepté de ne pas convoquer le corps électoral. C’est faire comme si c’était l’opposition qui n’était pas prête. C’est une manipulation. Comme le professeur Alpha Condé est maître et professeur en matière de manipulation. Et pour preuve, le chef de l’Etat n’a résolu aucun problème parce que le premier problème c’est la CENI ; il soutient cette CENI. Le deuxième problème c’est le fichier électoral notamment les kits Waymark alors que, selon le rapport des experts du PNUD ‒ un rapport d’ailleurs qu’il refuse de publier, ce qui prouve que ça va pas dans leur intérêt ‒ les kits de la SAGEM utilisés pour élaborer le fichier électoral des présidentielles sont de loin plus performants en termes de capacité d’enregistrement, mais aussi en termes de sécurité que les kits de Waymark. Et le président veut maintenir toujours les kits de Waymark. Ce qui veut dire qu’il veut tripatouiller le fichier électoral en sa faveur. Il ne fait qu’aggraver la situation sinon, après avoir constaté que cette date n’est pas tenable, logiquement on devrait mettre tout le monde ensemble pour élaborer un chronogramme accepté de tous, réaliste et réalisable. Mais encore une fois le problème reste entier.

Par rapport à votre demande de recomposition de la CENI, selon vous, le président n’est-il pas en train d’esquiver la question ?

Cela est très clair. L’opposition exige que cette CENI, conformément à la loi, soit recomposée selon la configuration politique actuelle qui dit dix commissaires de la majorité, dix de l’opposition, trois de la société civile et deux de l’administration. L’actuelle CENI reflète l’ancienne configuration politique au temps du PUP. La majorité présidentielle d’alors n’est plus la même d’aujourd’hui. Nous voulons que la majorité présidentielle actuelle envoie dix commissaires à la CENI, que toute l’opposition confondue envoie dix commissaires, que la société civile en envoie trois, et que l’administration, qui a déjà renouvelé ses deux commissaires, les maintienne. L’administration a renouvelé ses deux commissaires, pourquoi empêcher l’opposition de renouveler ses représentants ? Contrairement à ce qu’ils font croire, l’opposition n’a jamais refusé la restructuration de la CENI. Nous étions informés à un moment qu’il y avait au CNT un projet de restructuration de la CENI excluant les partis politiques. Nous avons dit que nous sommes pour une recomposition mais avec les partis politiques. C’est ce qu’ils déforment aujourd’hui en disant que le pouvoir voulait la recomposition de la CENI et que c’est l’opposition qui ne le voulait. Nous pensons que pour des élections si importantes il faut des hommes consensuels. Nous voulons que la loi soit respectée par rapport à la recomposition. Mais dans le cadre d’une transition, la loi est une force mais le consensus aussi est une force. Depuis le début de la transition tout ce qui a été fait jusque-là relève d’un consensus, et quelquefois en écartant carrément la loi. Par exemple entre les deux tours, on a fait quatre mois, alors que la loi parle seulement de quinze jours. Bref non seulement nous sommes pour la loi par rapport à la composition, mais pour la stabilité, la paix aujourd’hui, dans le cadre de cette transition, nous avons besoin d’un minimum de consensus. C’est ce que le pouvoir refuse même en violant carrément la loi. Donc pour éviter des crises majeures postélectorales comme dans certains pays, mieux vaut, dès maintenant, créer les conditions de crédibilité de ces élections qui pourront faire accepter les résultats par l’ensemble des acteurs. Mais la CENI actuelle, même si elle organisait des élections propres, crée déjà les conditions de doute des résultats qui seront proclamés, parce qu’elle n’est pas crédible. Parce qu’elle été contestée même entre les deux tours, elle a fait preuve de partialité qui a même été constatée par la justice guinéenne. Donc le chef de l’Etat, s’il veut des élections libres et transparentes, s’il veut que la Guinée soit stable, il faut nécessairement qu’il accepte que la CENI soit recomposée.

Donc, vous maintenez toujours vos revendications pour le départ de Lousény Camara, n’est-ce pas ?

Pour organiser les élections, il faut quand même que ceux qui organisent ces élections bénéficient d’un minimum de consensus. Ce n’est pas le cas avec M. Lousény Camara. Et d’ailleurs son comportement ne rassure même pas. Au lieu d’avoir de bonnes paroles, malheureusement, quand il parle, il met de l’huile sur le feu de par sa façon péremptoire de parler, son arrogance. Comment voulez-vous qu’un tel monsieur organise des élections qui seront acceptées de tous ? Il y a beaucoup de Guinéens qui pourront valablement occuper ce poste. Même quand on fait la recomposition, les vingt-cinq commissaires pourront se retrouver entre eux pour élire un président. Mais il faut absolument qu’il y ait des gens en qui on a confiance non seulement à la tête de la CENI mais aussi dans tous les démembrements.


Propos recueillis par
Souadou Barry et Saïbou Koulibaly
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu.com


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Commentaires  

 
+2 #6 boubacarmoneneyaya 11-05-2012 11:27

Gandhi,
Grand merci pour cette précision
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+2 #5 Gandhi 10-05-2012 18:03

Aziz Bah, je suis d'accord avec vous sur plusieurs points. AC est un vrai politicien (il n'est que ça d'ailleurs), mais au sens péjoratif du terme, or ce n'est pas ce dont la Guinée a besoin. Elle cherche des développeurs (si je disais bâtisseurs, un amalgame serait sans doute fait avec d'autres). Il ne peut modifier la CENI seul, mais il peut le faire avec l'opposition par consensus. En refusant de le faire, cela suppose non qu'il se cache derrière le respect de la loi (on sait ce qu'il en est sur ce plan), mais montre tout simplement que cela ne l'arrange pas.
Par contre dire qu'il va changer après les législatives est une lapalissade, et il vaut mieux que les élections soient crédibles, afin de consacrer la victoire de l'opposition. Car il est hors de question de retourner 50 ans en arrière... la Guinée n'a plus le temps.
Enfin, étymologiquement parlant, la politique est l'art de s'occuper des affaires de la cité. Dès lors, la réduire à la pratique du pouvoir, en dit long sur l'esprit limité de nos dirigeants et de leurs objectifs réels.
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+2 #4 boubacarmoneneyaya 10-05-2012 09:55

C’est une question de conception de la politique. Pour les uns (la majorité du peuple), faire la politique c’est travailler avec tout le monde dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des populations et contribuer positivement au développement du pays. Ce qui nécessite une volonté et une compétence avérée en la matière. Pour d’autres (une infime minorité), il s’agit de se servir du peuple, de manipuler, diviser, instrumentaliser et user de tous les moyens ā leur disposition pour arriver au pouvoir, se maintenir et satisfaire leur ego. Quand les uns voient les choses avec les yeux de Montesquieu, les autres prophétisent Machiavel et le prennent en exemple en tout point de vue.
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0 #3 Moussa 10-05-2012 02:17

Aziz Bah vous avez analyse cette situation de la facon la plus parfaite. Les autres parlent avec passion mais pas vous dans ce texte. Alpha est un politicien et le politicien joue la politique. Il sagit de savoir ce que c'est que la politique. Il n'ya que des amateurs en face de lui.
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+1 #2 alhousseny 10-05-2012 00:57

aziz
à quoi donc sert la politique ? à permettre des politiciens à gagner le pouvoir ou à changer positivement la vie des populations ? Je ne trouve rien d'admirable dans le fait de jouer au petit malin avec le quotidien et l'avenir des gens.
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+1 #1 Aziz BAH 09-05-2012 21:43

L'ADP et le collectif sont en retard de 18 mois! Vous avez attendu jusqu'a ce qu'Alpha achete les 2/3 des membres de la CENI pour exiger un changement. Techniquement et officiellement le RPG n'a qu'un seul representant au sein de cette instutition. Et legalement le president Alpha Conde n'a aucun pouvoir pour recomposer cette CENI. Honetement Alpha sait jouer a la montre pour atteindre ses objectifs. Qu'on l'aime ou pas, il est politiquement mur. Je n'ai pas vote pour Alpha mais il faut l'avouer il sait manupiler pour atteindre ses objectifs. C'est ca un vrai politicien! Alpha sait bien qu'il peut pas gouverner en excluant une communaute qui represente plus de 40%. Il utilise l'ethnie pour l'instant pour avoir le control et atteindre ses objectifs a court term. Des apres les elections legislatives, vous verrez Alpha va changer a 180 degre et les gens vont se demander si c'est le meme Alpha. L'homme n'a pas froid aux yeux et c'est toute une qualite pour un homme politique. Pourtant l'instant Alpha n'a pas d'opposants! Take my words for it.
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