Imprimer

Guido Santullo : « Je suis prêt maintenant à affronter Alpha Condé »

Moro Amara Camara  Samedi, 21 Avril 2012 15:20

Facebook

 

SANTULLO_Guido_2_01Devant la réquisition de ses immeubles par l’Etat, Guido Santullo, PDG de la société immobilière Gaeta et propriétaire des immeubles de la Cité Chemin de fer organise depuis l’extérieur la résistance. Dans ce bras de fer qui l’oppose à l’Etat, il dénonce avec véhémence la décision du président de la République, Alpha Condé contre lequel il a décidé de déposer une plainte à Bruxelles, en Suisse et à la Haye pour "détournement de biens". C’est ce qu’il nous a confié au cours d’un entretien téléphonique.


L
’Indépendant : Comment réagissez-vous à la décision du président de la République qui a réquisitionné vos immeubles pour un an ?

Santullo Guido: Je pense qu’on n’est pas dans un pays en guerre encore moins dans un cas de révolution. Je me demande comment un chef d‘Etat peut prendre un décret pour m’enlever les immeubles de la Cité Chemin de fer qui m’appartient jusqu’à 66 ans. Je suis victime d’une véritable expropriation. L’Etat étant une continuité, je me pose la question de savoir comment est-ce qu’un président de la République peut réquisitionner mes biens au mépris des lois du pays. Pour un président de la République qui prétend qu’il y a la démocratie dans son pays, je suis vraiment surpris et navré de le voir agir de la sorte sans se référer à la justice de son pays. C’est une drôle de démocratie ça. S’il estime que j’ai détourné les biens de l’Etat, de l’argent de l’Etat ou fait quelque chose de contraire à la loi, pourquoi n’intente-t-il pas un procès contre moi ? Cette Cité est construite avec mon propre argent et celui que j’ai reçu en prêt auprès des banques. Je rappelle que je dois encore rembourser aux banques plus de 60 millions de dollars que j’ai investis dans la construction de cette cité. Je me dis que ce qu’il a fait n’est pas digne d’un président démocratique et respectueux de l’Etat de Droit.

Le décret souligne pourtant clairement que c’est par souci de ‘’préserver les intérêts du pays’’. Est-ce parce que l’Etat, quelque part, est lésé par rapport aux différentes taxes qu’il est en droit de prélever sur ces immeubles ?

Non ! Moi je ne dois pas de taxes. Cette cité est, selon les clauses de notre bail, exonérée du paiement de toute taxe pendant 35 ans. En matière d’investissement, le gouvernement de feu président Lansana Conté avait exonéré la Cité pour une durée de 35 ans. Le président Alpha Condé vient abolir cette décision. Comment peut-il abolir aussi facilement un contrat qui a été signé par ce gouvernement au nom de l’Etat guinéen ?

Alors qu’est-ce que vous entendez faire, maintenant que vos immeubles sont réquisitionnés par l’Etat pour un an ?

Déjà, je vous informe de quelque chose qui est très important. En effet, mes avocats viennent de déposer une plainte contre le président Alpha Condé en Suisse, à Bruxelles en Belgique et à la Haye pour "détournement de biens".

Cette plainte que vous avez déposée s’adresse donc nommément au président Alpha Condé en personne ou à l’Etat guinéen au nom duquel il agit ?

C’est contre le président Alpha Condé lui-même. C’est lui qui est nommément cité. Parce que c’est lui qui a fait cela et non l’Etat guinéen. Vous savez, le lundi 16 avril, le Patrimoine bâti-public est venu à la Cité Chemin de fer pour récupérer les clés des immeubles. Où sont les clés de la Cité ? Ce sont les locataires qui ont les clés. Vraiment le gouvernement guinéen ne connaît rien, il ne connaît pas ce qu’il doit faire. En tous les cas, la plainte est déposée depuis ce matin. En même temps, Me. Diallo en Guinée a déposé une plainte auprès de la Cour suprême de Guinée.

Est-ce que c’est la même plainte qui est déposée au niveau de cette haute juridiction guinéenne ?

Non. La plainte qu’on a déposée auprès de la Cour suprême vise à faire annuler le décret de réquisition pris par le président Alpha Condé.

Pourtant Monsieur Santullo, certaines personnes proches du dossier nous ont confié que votre Cité fait l’objet de cette mesure de réquisition parce que vous n’avez pas respecté les procédures légales en la matière, c’est-à-dire le bail à construction.

Je vous remercie de cette question. Je vous précise tout de suite qu’au niveau du ministère de l’Habitat, il y a une certaine madame Barry et deux autres personnes de ce département qui ont suivi, pas à pas, la construction de cette Cité. On ne peut pas me dire que je n’ai pas respecté les procédures. La Cité, elle est là encore et tout le monde l’aperçoit pour juger de sa qualité. Je me dis que ce sont des grossiers ragots qu’on raconte aux gens. Alors si vraiment c’est le cas, il n’avait qu’à aller au tribunal et porter plainte contre moi. C’est à coût de plusieurs milliards que j’ai construit ces immeubles. Ce n’est pas un décret qui peut venir remettre en cause ce que les lois guinéennes m’ont concédé légalement. On confie l’administration de ma Cité à la direction générale du Patrimoine bâti-public. Alors que moi, je n’ai jamais travaillé avec cette direction. J’ai fait tout mon contrat avec le ministère de l’Habitat et non avec le Patrimoine bâti-public. Dans le cadre de ce contrat, il y a eu une commission qui a suivi les travaux. C’est madame Barry qui est à l’Habitat et dont le mari est au ministère des TP, c’est elle-même qui supervisait tout.

Selon toujours les mêmes personnes, le bail à construction en Guinée ne doit pas dépasser 60 ans alors que vous, votre contrat est de 66 ans.

Est-ce que c’est moi qui ai fait les lois de bail en Guinée ou bien c’est moi qui l’ai signé, ce bail ? Qui a fait ce bail ? C’est le ministre de l’Habitat à l’époque, Dr Alpha Ousmane. Sinon moi, je voulais personnellement acheter le terrain et le construire. Ecoutez, Kerfalla qui était le Secrétaire général du ministère à l’époque, c’est lui-même qui a fait ce bail. Ecoutez, on ne peut me faire payer à la place du ministère ses fautes, s’il y en a. Qu’il demande des comptes à ce ministère et qu’on me laisse ma Cité tranquille, sinon aller simplement au tribunal. C’est aussi simple que ça. Nous sommes censés être dans un Etat de Droit. Respectons les lois au lieu de faire du tort aux gens. Le président est en train de terroriser les gens… En Guinée, on est en train de vivre du gangstérisme. Déjà, on m’a fait bloquer à l’aéroport. Il a fallu que je paie 400.000 dollars pour repartir de la Guinée. Donc, s’il y a un problème qu’ils aillent devant le tribunal. C’est tout. Je suis vraiment surpris par cette réquisition du président de la République étant donné qu’il a fait lui-même des hautes études en droit.

A votre avis, est-ce que cette réquisition n’a pas une corrélation avec le rapport d’audits publié par le ministère du Contrôle economique et financier et qui indique que votre société est redevable à l’Etat guinéen ?

Ces audits… On m’a fait une position abusive sur la Cité avec 20 milliards de francs guinéens. J’ai payé 14 milliards de francs. Cependant, l’Etat me doit à moi sur la cité ex-ENIPRA, 6 millions dollars et 45 milliards de francs guinéens, l’autoroute ENTA, l’Etat me doit dans ce marché, 6 millions de dollars ; la route du Petit-Bateau, 500.000 dollars et on me confisque la Cité parce que je dois payer 500.000 dollars. Que l’Etat me paie toutes ses dettes. Parce que tout est officiel. J’ai tous les papiers authentiques qui sont signés par tous les ministres de la République. Pourquoi on s’acharne sur moi ? Je dis au président Alpha Condé que ça ne va se passer ainsi. Je suis guinéen et je me battrai jusqu’au bout pour recouvrer dans toute son entièreté mes droits face à cet abus. Je vais lui bloquer tous ses comptes bancaires à l’étranger. Qu’il sache désormais faire attention quand il va se déplacer pour ne pas qu’on l’arrête. Je suis fier en tant que Guinéen de faire embaucher près de 450 Guinéens sur mes chantiers que j’ai au Gabon. Ce n’est pas lui qui a fait cela, c’est moi Santullo qui ai donné ces opportunités aux Guinéens ailleurs. Déjà, je préviens le président Alpha Condé que j’ai envoyé une copie de ma plainte à la Banque mondiale et au FMI. Ils sauront ainsi ce que ce monsieur fait. Je vais lui montrer qu’on ne peut plus faire de l’injustice aux gens et rester tranquille dans le monde. Je suis prêt maintenant à l’affronter et le dénoncer partout dans le monde.

Que faites-vous actuellement comme activités depuis votre départ de la Guinée ?

Je suis mes chantiers au Gabon, au Benin, en France, où je continue, grâce à la confiance des autorités et partenaires de ces pays, à faire avancer mes marchés et autres contrats. Ce sont ces chantiers qui me permettent d’embaucher mes frères guinéens.


Entretien téléphonique réalisé par
Camara Moro Amara
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu.com


AArticle_logo1_0
Facebook