Laurent Correau Mercredi, 28 Mars 2012 15:28
24 heures avant l'élection présidentielle au Sénégal, le candidat Macky Sall s'était confié au micro de nos confrères de RFI sur ses origines, son parcours académique avant de côtoyer Me Abdoulaye Wade.
Laurent Correau (RFI) : Est-ce que vous pouvez nous parler de votre naissance, de vos origines ?
Macky Sall : Je suis né le 11 décembre 1961, un an après l’indépendance du Sénégal. D’un père Pulaar, Amadou Abdoul Woury Sall, venu du Fouta, qui s’est installé dans le Sine depuis 1948 comme immigré. Qui a travaillé comme ouvrier ensuite qui a fini sa carrière comme gardien au service de l’agriculture de Fatick. Et d’une mère également venue du Fouta. Donc je suis Pulaar à cent pour cent, mais né dans un milieu sérère. J’ai grandi, j’ai pris femme, une femme qui a reçu une partie Pulaar et une partie sérère par son père. Sa mère est peulh. J’ai grandi dans ce milieu traditionnel de Fatick et aussi un peu à Foudioungne dans le Sine Saloum où j’ai passé toutes mes études, d’abord primaires ensuite secondaires. Au lycée Gaston Berger j’ai eu mon baccalauréat, série C, série scientifique. Ensuite j’ai fait mes études entièrement à l’Université de Dakar, je suis un pur produit de l’école sénégalaise. Notamment, j’étais admis à l’Institut des Sciences de la Terre, qui est un Institut de formation d’ingénieurs géologues. A la suite de ça bien sûr j’ai complété ma carrière, ma formation à Paris à l’Institut français du pétrole à travers l’Ecole nationale supérieure du pétrole et des moteurs de Rueil-Malmaison.
Vous avez l’habitude de dire que vous êtes un produit de synthèse ?
Oui, je suis un produit de synthèse puisque comme je vous l’ai dit d’origine et de naissance je suis Pulaar. De culture, je suis sérère et wolof à la fois. J’ai pu parler la langue Pulaar grâce à ma grand-mère, qui, elle, ne pouvait pas parler un mot de wolof, la langue la plus parlée au Sénégal. Donc, grâce à elle, étant né à Fatick, en milieu sérère, j’ai pu quand même parler ma langue maternelle. J’ai évolué donc dans ce milieu fatickois, foundiougnois, kaolackois, dans le milieu du Sine Saloum qui est un milieu à la fois wolof et sérère et même Niominka. Et aussi le milieu dakarois à la suite, puisque depuis ma période universitaire j’ai vécu à Dakar et donc c’est à la fois une culture wolof et sérère que je synthétise, de langues aussi que je parle. Donc ça fait de moi effectivement un Sénégalais de synthèse. J’allais dire un Sénégalais, début pulaar de culture sérère.
Alors, on vous décrit souvent comme un fils spirituel de Wade. Les FAL 2012 disent même que les électeurs devraient préférer l’original à la copie. Qu’est-ce-que vous répondez à cela ? Est-ce-que vous êtes différent d’Abdoulaye Wade ?
Je pense que je suis très différent d’Abdoulaye Wade, d’ailleurs tous les êtres sont différents. Les gens des FAL2012 lancent des slogans, on est en campagne, c’est normal. Mais ça n’a aucune emprise par rapport à la réalité des choses. Je pense que j’ai eu une rupture avec Wade qui découle de la perception que nous avons sur la manière de gouverner puisque, s’il avait le respect de la séparation des pouvoirs, nous n’aurions pas eu de problèmes.
« Les raisons de notre divorce »
Les raisons de notre embrouille c’est simplement parce que l’Assemblée nationale a convoqué son fils pour l’auditer. Donc, déjà, il y a une divergence fondamentale sur l’éthique de gestion et sur comment nous devons concevoir et respecter le bien public, ça c’est fondamentalement différent.
Ensuite nous avons une divergence fondamentale sur le faste. Aujourd’hui, le pouvoir en place, c’est un pouvoir qui fait beaucoup de gaspillages, beaucoup d’investissements qui n’ont aucune emprise avec la réalité ou d’utilité, en tout cas pour l’économie ou le développement de notre pays. Je suis pour une gouvernance plutôt sobre et efficace qui impacte le développement économique de notre pays et qui impacte également le développement social du Sénégal. Donc, ça va être très différent si moi je suis élu, vous verrez qu’il y aura une divergence fondamentale sur la manière dont l’Etat lui-même se comporte. On va réduire la voilure mais en renforçant l’efficacité et l’efficience. Donc tout sera fait sur la base de l’optimisation. Pour qu’avec peu de moyen on puisse faire beaucoup plus de choses.
« Si je suis élu, je vais consolider la démocratie »
En outre, nous sommes différents dans la promotion de la démocratie. Moi, je ne vais pas compromettre la constitution et c’est pourquoi j’ai décidé, si je suis élu, de ne faire qu’un mandat de cinq ans au lieu de sept. J’aurai été élu pour sept ans. Nous voulons aller dans une nouvelle République où les institutions seront restaurées et respectées. La question du nombre de mandats et la durée va être fixée définitivement. De façon à ne plus permettre à un président de revenir comme il le voudrait. Donc deux mandats de cinq, pas plus. Et cette disposition ne sera plus révisable. Et donc les assises avaient déjà endossé cette mesure. Je la mettrai en œuvre. C’est dire que je m’oriente vers la consolidation de notre démocratie, vers des institutions fortes et vers une démocratie irréprochable.
Une question personnelle. Qui sont votre épouse et vos enfants et quelles places vous souhaitez leur donner dans la gestion des affaires publiques ?
Mon épouse est une charmante Sénégalaise que j’ai connue à Diourbel (région du centre du Sénégal, NDLR), pendant une de mes tournées d’exploration. Je lui ai dit d’ailleurs « je n’ai pas trouvé du pétrole mais je t’ai trouvée ! », je pouvais me consoler de cette découverte. Oui elle est sénégalaise, Marième Faye ! Je lui dis Marième Sall maintenant. Le Faye je l’ai mis entre parenthèses. Elle m’a donné trois enfants : deux garçons et une fille mais je crois qu’ils n’auront à jouer aucun rôle dans les affaires publiques, c’est la famille, c’est privé. Il ne faut pas que l’on confonde la famille et les affaires publiques.
On ne parlera pas de dévolution monarchique du pouvoir avec vous ?
Non je ne crois pas, car même si je fais dix ans, mon fils aura à peine 26, 27 ans et je crois qu’à 27 ans, constitutionnellement il ne peut pas prétendre à être président de la République car il faut avoir 35 ans pour pouvoir être candidat, donc ce risque n’existe pas chez moi. Dieu merci ! Je suis un jeune président si je suis élu. Non, non il n’y aura pas ce risque, pas du tout. Pour le reste, l’épouse du chef de l’Etat a le statut de première dame, mais vraiment pas plus, et ça n’a rien à voir. D’ailleurs vous ne l’avez même pas vue pendant la campagne, parfois elle vient mais elle est dans le public, elle refuse d’ailleurs de se montrer, elle reste invisible.
Propos recueillis par Laurent Correau
RFI
Source : Eureka, senegal.france24.com