« Alpha est loin d'être membre fondateur du RPG »

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altDans un entretien chez nos confrères de la radio Lynx fm, le 10 Janvier, dans l'émission «Œil de Lynx», Camara Moussa 3 Baillaut, membre fondateur du RPG, ancien secrétaire permanent de cette formation politique, a poussé un coup de gueule pour édifier l'opinion sur la création du RPG. Il a évoqué également ses relations avec le président Alpha Condé, et sa démission de ce parti politique dont il est lui-même membre fondateur.


Qu'est-ce que vous savez de la création du RPG ?

Je vais commencer par m'adresser au peuple de Guinée, à travers lequel, je vais m'adresser aux citoyens que j'ai entraîné dans le RPG, et qui sont morts dans la lutte. Ces familles sont malheureuses, abandonnées dans la rue, sans aucun soutien. Que les membres de ces différentes familles acceptent mes condoléances. Chaque fois que je suis informé qu'un citoyen, ancien membre du RPG est décédé, je me déplace, je n'ai aucun moyen. Soit je vais avec dix mille ou vingt mille pour les condoléances. C'est un fait normal car c'est religieux. Partout où je passe surtout devant les bars, on me dit M. Moussa RPG et je leur demande d'arrêter, mais ils disent que c'est moi qui les ai entraînés dans cette salade, sans vinaigre. Je suis l'un des membres qui s'est battu. Pour un départ, ce n'était pas un parti politique. C'était un mouvement contre Lansana Conté et son régime dans l'affaire du 04 Juillet. C'était un mouvement purement racial contre le réseau de Lansana Conté qui entendait « exterminer » la race malinké. Ça n'avait rien de politique. Lansana Conté est le père fondateur de cette grande ouverture que nous vivons en Guinée, sous la pression du vieux Bah Mamadou.

En 90, comme Lansana Conté en avait marre de ces mouvements de rues. À l'époque, il n'y avait qu'un seul parti politique le PDG-RDA. Les occidentaux ont dit à Lansana Conté, tant que tu n'acceptes pas l'ouverture politique à telle date, on va tout bloquer. Lansana a eu peur de cette prise de position, il a fait appel aux mouvements de rues. Il faut appeler les choses par leur nom. Je fais partie des quinze cadres que Bah Mamadou a choisis pour rencontrer Lansana Conté au palais des nations. Arrivés, on trouve Lansana Conté et son gouvernement au complet et toutes les institutions militaires dans la salle derrière lui. On a pris place face à plus de trois cents hommes derrière Lansana Conté. Il (Lansana Conté) dit que les bailleurs de fonds nous mettent la pression pour l'ouverture politique sans quoi, on ne peut pas développer le pays. C'est pour cela que je vous ai fait venir. À quinze, nous avons applaudi. Nous étions contents de la nouvelle. Lansana Conté dit qu'il aurait souhaité qu'on crée d'abord cinq partis, et cinq ans après, on va ajouter d'autres. Ça, il ne fallait pas, on a crié comme des enfants de première année, en s'opposant. Quand Bah Mamadou a pris la parole, il dit que nous voulons une ouverture entière sans quoi, nous, on n'est pas là-dans. Lansana Conté étant militaire, on lui croyait analphabète, mais il est très intelligent. Il dit qu'il est d'accord avec nous dans l'ouverture totale que nous avons souhaitée. Il a ordonné à Gomez de recevoir les dossiers. Ensuite, il a dit que celui qui veut, peut créer son parti politique dans sa propre famille, ou dans son village et ou sa région. Tout le monde a applaudi et puis on s'est précipité de sortir de la salle pour ne pas qu'il change d'avis. Quelques trois jours après, nous nous sommes retrouvés en mouvement de rue chez Saloum Cissé.

C'est là, qu'on a dit d'informer Alpha Condé et sa suite à l'extérieur. On a demandé Ahmed Tidiane Cissé de les appeler. On les a demandés d'envoyer la photocopie de leurs cartes d'identité nationales ou passeports. Aucun d'eux de l'extérieur n'a eu le courage de nous envoyer leur extrait de naissance ou carte d'identité. Nous qui sommes là, chacun a fait la photocopie de sa carte d'identité et on a composé les dossiers. On a envoyé les dossiers et l'agrément est tombé pour le RPG. Ainsi, on a commencé à implanter le parti à l'intérieur et dans tous les quartiers. Finalement, nous avons pensé qu'il fallait que Alpha Condé soit avec nous. Alpha est loin d'être membre fondateur du parti, il a profité de l'occasion. Quand Alpha a compris qu'on nous a donnés l'autorisation de créer les partis politiques, il est rentré en contact avec Elhadj Ibrahima Fofana, pour dire, vous êtes un mouvement de rue, il faut qu'on se donne la main pour en faire un parti politique. Nous avons donné notre accord. C'est ainsi avec Elhadj Ibrahima Fofana, on est tombé d'accord et on a constitué le bureau provisoire dont j'ai été retenu comme administrateur du parti et détaché pour le secrétariat permanent.

En 1991, on a dit à Alpha que la lutte politique ne se fait qu'à l'intérieur du pays et non à l'extérieur. Donc il faut venir. Il a donné son accord. Il s'est annoncé, en cette date, j'étais à l'aéroport avec madame Doussou Condé. L'avion est là, on a envoyé Dioumessy pour recevoir Alpha dans les couloirs. Arrivé, il trouve qu'Alpha est bloqué par la police parce qu'il n'avait pas un seul papier sur lui.

On a demandé à la police de nous donner le temps, c'est ainsi qu'on est rentré en contact avec Gomez (ancien ministre de l'Intérieur) qui, à son tour, a contacté Lansana Conté qui a donné l'autorisation pour qu'Alpha Condé puisse rentrer. Voilà comment il est rentré. Une semaine après, Dioumessy a préparé un policier du nom de Mohamed Lamine Sow qui est parti à Boké pour fabriquer un extrait de naissance pour Alpha et c'est le même Sow qu'on a mandaté avec les cotisations qu'il faut pour partir faire une carte d'identité nationale pour Alpha. Bref, deux à trois jours, Alpha a demandé qu'on fasse un premier meeting. Ainsi, on a fait la demande adressée à madame la maire de Matam, madame Rougui Barry (Paix à son âme) et on a fait le fameux meeting à Coléah où on a été dispersé par la police. Mais on a pu sortir Alpha par un petit portail, et moi j'ai grimpé le mur d'où j'ai retrouvé ma cravate sur mon dos.


Expliquez-nous ce qui s'est passé la nuit du 17 Mai 1993 après la débandade au mini stade de Coléah ?

Après le stade de Coléah, nous avons continué à aller de gauche à droite sans aucun programme. Le bureau politique que nous avons mis en place était en complexe. Nous nous sommes dit que les aventuriers étaient des anges. Voilà comment Alpha s'est retrouvé à la tête du parti RPG et non par voie de congrès. Arrivé à la tête du parti, il n'a rien, absolument rien jusqu'au moment où j'ai rendu démission. Personne ne peut me dire qu'il est assisté au dépôt d'un dix mille sur la table pour soutenir le parti. Non, jamais. Le parti était subventionné par un petit groupe dont un certain Alpha Savané, Dioumessy, le vieux Fofana, Misbaou Diallo et Emmanuel Diarra. C'est eux qui finançaient le parti.

Qui sont les vrais fondateurs du RPG et comment ceux qui sont encore en vie gagnent ils leur pain ?

Le parti a été créé par dix-huit Guinéens de l'intérieur. À l'heure où je vous parle, ces derniers-là, neuf sont morts dans la misère. Les neuf vivants, il (Alpha Condé) n'a pris que quatre pour faire son affaire qui sont feu Ahmed Tidiane Cissé, Saloum Cissé, Saran Mady Touré et Dr Sow, ambassadeur.


Après toute cette journée folle, comment le président Alpha Condé a pu échapper ?

Dans la soirée, on a fait une réunion pour savoir ce qu'il faut faire, je crois qu'il va falloir demander une protection dans une famille. C'est ainsi qu'on est parti cacher Alpha dans la famille d'Elhadj Ibrahima Fofana, non loin de la résidence du président Ahmed Sékou Touré à Coléah. Trois jours après, le fils d'Elhadi Ibrahima Fofana a su que la police a une idée d'où se trouvait Alpha. Il a dit à son père, si on ne trouve pas à faire partir Alpha, les policiers vont venir casser la concession. Elhadj Fofana et Dioumessy sont allés voir l'ambassade de France, qui a refusé, tout en disant que c'est une affaire africaine, et qu'ils ne vont pas se mêler. Ainsi, ils nous ont indiqué l'ambassade du Sénégal. Le président Diouf a donné son accord pour qu'Alpha trouve refuge dans son ambassade. Là, quelques jours après, le pouvoir a su encore que Alpha est à l'ambassade du Sénégal. Il (pouvoir) a envoyé des bérets rouges encercler la résidence de l'ambassadeur, pendant 45 jours. Ce sont les chefs d'État qui ont fait pression sur Lansana Conté, de laisser Alpha sortir là où il est caché. Ainsi le président Diouf a envoyé un avion cherché Alpha. Lansana Conté a encore refusé et la négociation a commencé de nouveau. Mais finalement Lansana Conté a accepté et Alpha est sorti de la Guinée.


À quand remonte votre départ du RPG, et qu'est-ce qui est à l'origine de cette brouille ?

Mon départ du RPG en janvier 1993. Il était allergique au nom du PDG, mais s'est surtout quand il a dit qu'il n'a formé que des moutons noirs. Méconnaître les efforts de Sékou, je ne peux l'accepter. Je suis frustré du RPG parce que j'ai tout perdu. J'ai perdu deux fois l'emploi, et on m'a emprisonné trois fois à cause d'Alpha Condé. J'ai perdu mon épouse, mon troisième garçon qui était commando de sa sécurité et personne n'est venu m'adresser les condoléances. C'est Dalein qui a mandaté Bah Oury et d'autres pour me présenter les condoléances avec une enveloppe symbolique.


Pourquoi avez-vous choisi l'UFDG ?

Je vous ai dit que mon fils est décédé, vous avez vu la réaction de Cellou Dalein. Ensuite Sékou Souapé est arrêté au temps de Sékouba Konaté, j'étais à N'Zérékoré et j'ai réglé le problème par le billet de Dalein.


Quel est votre message envers Alpha ?

Je ne demanderai pas mieux qu'on libère le financement octroyé aux jeunes désarmés de N'Zérékoré, parce que l'argent n'est pas guinéen, c'est l'ONU qui finance. Si le président pouvait m'écouter, ou me recevoir, je serai disponible pour qu'on libère l'argent.


Quel est votre mot de la fin ?

Je commence par demander à tous ceux qui m'écoutent, de près ou de loin de demander à Alpha de ne pas blaguer avec la jeunesse. C'est l'avenir du pays. Ces jeunes en souffrance à N'Zérékoré ont abandonné les travaux champêtres, ont tout abandonné pour sauver le pays. Qu'ils (Alpha et son groupe) arrêtent les règlements de compte. Et quel compte on règle à ces jeunes, c'est le fait de repousser la rébellion de 2000 ? Qu'on se lève et se donne la main pour le maintien de la paix et la quiétude dans notre pays.


Une synthèse de Moussa Thiam

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+2 #3 Aicha 09-02-2018 16:12

Thiemabah,
Qu’entendez-vous par la vigueur du " malentendu qui demeure entre nous ? "
Merci de bien vouloir le préciser encore une fois.
Bien à vous !
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+1 #2 thiiemabah 04-02-2018 13:07

Aicha
j admire votre littérature
le mal entendue reste de vigueur
bye
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+3 #1 Aicha 31-01-2018 21:01

Nous souhaiterions que l'histoire de la lutte politique et démocratique en Guinée, de la naissance et le développement du RPG et d'Alpha Condé comme comme leader politique dans les années 1990, de la grande contribution du doyens Bah Mamadou qui fut le premier homme politique civil à défier publiquement et ouvertement le CMRN à travers des tractes dénonciateurs et accusateurs, mais ainsi que les autres doyens des années 1990 tels Siradio Diallo, Aboubacar Somparé, Mansour Kaba, Jean-Marie Doré, Bah Oury, Bah Ousmane, Dr Thierno Mâdjou Sow, Elhadj Biro, Dr Ditinn,entre autres soient restituées de manière plus sérieuse, constructive et croustillante.
Souvenez-vous qu'en Guinée et dans certains pays de la sous-région Ouest africaine, cette lutte historique pour le démocratie et le multipartisme fut l'oeuvre des étudiants guinéens d'abord et qui seront suivis par les autres étudiants Ivoiriens, les Togolais, les Maliens, les Béninois, etc.
Il me semble aussi que les dirigeants africains avaient plutôt la pression de la France de Mitterrand et non des opérateurs économiques.
Au sujet de la France, voici un petit aperçu de l'histoire de la Baule qui abrita la rencontre historique qui permit à François Mitterrand de soutenir les mouvements naissants des étudiants pour l'ouverture des systèmes politiques d'alors à la démocratie et au multipartisme intégral.
Colloque de Dakar 11 – 12 février 1998 « Mitterrand et l’Afrique » dont les travaux ont été publiés sous l’égide de la Médiature de la République du Sénégal en 1999 dans un ouvrage collectif
On a longuement disserté sur les facteurs internes et externes ayant contribué à déclencher et à amplifier la contestation qui a ébranlé, voire dans certains cas, sapé les fondements de régimes à parti unique enfermés jusque là dans la certitude d’agir pour le bien être des populations. Tout a été dit sur les bouleversements de l’environnement international provoqués par l’implosion de l’U.R.S.S. et l’effondrement du communisme en Europe Centrale et Orientale. Le vent d’Est conjugué aux effets dévastateurs de la crise économique et de la thérapeutique de choc imposée par les institutions financières internationales a incontestablement fragilisé des pouvoirs africains dont les assises reposaient sur une redistribution sociale facilitée par la rente. Ayant perdu les moyens qui leur permettaient de financer « les opérations de pacification sociale et les actes d’allégeance »[1], bon nombre de dirigeants se résignèrent (par nécessité) au pluralisme politique et se soumirent à certaines de ses contraintes (multipartisme, organisation d’élection, consécration des libertés d’expression). Ce n’est sans doute pas le lieu de procéder à l’évaluation des processus de démocratisation en Afrique[2], ou encore d’évoquer la surdétermination des causes externes des bouleversements politiques qui se sont produits au cours des dernières années. Mais pour autant l’on ne peut s’empêcher de relier à toutes les interrogations sur les événements qu’ont vécus les Etats africains, singulièrement francophones, celle sur la portée qu’aurait eu le discours de François Mitterrand à La Baule en juin 1990.
Mais le seul fait de s’arrêter au texte prononcé par le Chef de l’Etat français à la cérémonie d’ouverture du 16ème Sommet des Chefs d’Etat de France et d’Afrique[3] souligne le caractère novateur des propos qu’il a tenus. A cette occasion François Mitterrand est sorti du cadre conventionnel de ce type de rencontre où les participants s’en tiennent davantage à la forme qu’au fond. En introduisant le débat sur la démocratie, en établissant une corrélation entre démocratie et développement, le Président français souhaitait prendre date. Il tenait assurément à faire passer à ses pairs un message résumé en une phrase : « le souffle de la démocratie fera le tour de la planète ». En clair, il leur signifiait que les événements qui ont emporté en Europe centrale et orientale « des régimes considérés comme les plus forts » n’épargneront pas l’Afrique. D’où la nécessité pour cette dernière de s’engager sur le chemin de la démocratie.
La prudence de ses propos, lorsqu’il admet que, tout en étant un principe universel, la démocratie doit tenir compte « des différences de structures, de civilisations, de traditions, de moeurs », le soin mis à rassurer ses interlocuteurs, en leur disant, entre autres, que rien ne sera fait « en dehors du respect et de la considération que nous avons de vous », n’ont pas suffi à atténuer la forte tonalité politique de son discours. A l’évidence, à La Baule, les thèmes classiques sur la dette, sur son poids démesuré, sur la responsabilité qui en incombe aux pays riches, sur le devoir envers l’Afrique auquel la France ne saurait se dérober, sur l’indispensable accroissement de l’aide publique, n’ont guère pesé face à la leçon de démocratie administrée par François Mitterrand. Le schéma qu’il propose est tout simplement fondé sur « le système représentatif, élections libres, multipartisme, liberté de la presse, indépendance de la magistrature, refus de la censure ». Et comme pour mieux signifier son choix, l’ancien Président français n’hésitait pas à affirmer « que la France liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté »[4].
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