Alpha Condé à Kankan : un discours diversement interprété

Facebook Imprimer    

 

CONDE_Alpha_18_02A l'occasion du 59ème anniversaire de la fête de l'indépendance nationale, célébré en différé le 13 Janvier dernier à Kankan, le chef de l'État a tenu un discours. Une allocution diversement interprétée par les acteurs sociopolitiques.


Mousliou Haidara, membre de l'UFDG « …Je pense que ce discours est usé face à l'opinion »

« Il faut apprécier le discours sur 2 angles. Vous avez une partie que je trouve cette fois-ci positive. C'est à Kankan qu'il était allé dire que la Guinée appartient aux Soussous, Malinkés et Forestiers sans citer les Peuhls, les gens ont vu ça comme une position d'exclusion d'une communauté. Mais s'il revient cette fois-ci à Kankan pour dire d'abord que les gens n'opposent plus le Fouta et la Haute Guinée. Parce que la Guinée appartient aux quatre régions naturelles, à toutes les communautés et en donnant l'exemple sur un véhicule à 4 roues, quand on enlève une roue le véhicule ne peut pas rouler, quel que soit son état. Je crois que cette partie est positive, parce qu'il est en train de se racheter, non seulement vis-à-vis de l'histoire, mais vis-à-vis de la communauté qui s'est sentie offusquée dans son discours il y a quelques années. Le deuxième angle, c'est ce discours classique qu'il tient chaque fois, qui consiste à s'attaquer aux anciens premiers ministres, aux opposants qui ont gouverné ce pays, qui ont selon lui mis ce pays à genoux. Mais je pense que ce discours est usé face à l'opinion. Parce que vous ne pouvez pas faire 7 ans à critiquer, sans montrer ce que vous, vous avez fait. Moi j'aurais voulu entendre Alpha Condé dire à l'image de Macky Sall, voilà ce qu'on a fait. Mais tous ses discours depuis 2011, c'est la même rhétorique, « on va faire ». Donc pour moi sur ce plan, il n'y a pas de nouveau sous le soleil. C'est le Alpha Condé président, opposant qu'on voit, qui ne veut pas assumer les échecs de ses gouvernements successifs. Il veut toujours reporter ses échecs sur la gestion antérieure des anciens Premiers ministres. C'est pourquoi j'ai toujours rappelé qu'Alpha Condé s'engageant à être président, c'est comme s'il ne savait pas dans quel état se trouvait la Guinée. La Guinée était dans des problèmes énormes. Donc, son engagement était de venir corriger ça et développer la Guinée. Un mandat ça suffit pour poser les jalons. Mais pendant tout son premier mandat, il nous a chanté les opposants ont mis le pays à genoux. Il revient avec son deuxième mandat et ça continue, mais ça ne marche plus. Il n'a qu'à reconnaître son échec et voir s'il peut corriger quelque part, s'il ne peut pas corriger, tirer alors les conséquences. A mon avis, s'il se met à citer des gens qui ont mis air Guinée à genoux, mais un président ne dénonce pas. Si tu as les preuves qu'un délit a été fait, tu as les leviers pour corriger ça. Il y a la justice, il faut sortir les preuves palpables sans manipuler la justice, mettre les dossiers à la disposition de la justice. La justice va trancher pour de bon. Je crois qu'il doit nous arrêter ces discours perpétuels, pour lesquels d'ailleurs personne n'est plus sensible pour essayer de masquer l'échec de ces gouvernements, donc son propre échec ».


Gabriel Haba, du CNOSCG « Je m'attendais à un discours qui allait faire allusion à l'immigration »

« Il faut reconnaître que ça été un discours réconciliateur qui a appelé les uns et les autres au travail et surtout à l'union. Mais il faut aussi reconnaître que le président de la République dans son discours, on sent toujours la position d'un opposant, alors ce qui n'est pas normal. Quand on est président de la République, il faut avoir le dos large. Il faut éviter de se mettre toujours dans la position d'un opposant, ce qui fait que ces discours ne peuvent plus changer, les mêmes réalités continuent. Les mêmes propos continuent. Il n'y a pas d'élément créateur sur lesquels le Guinéen peut se baser pour être rassuré du développement dont on parle. Alors dire que 50 ans qu'est-ce qu'ils ont fait, ou bien le chien aboie, la caravane passe, cela ne doit pas être assorti du discours d'un président qui se veut réconciliateur. Le troisième point, c'est que parmi tous les éléments que le président a cité, on a l'impression que c'est aussi des promesses qu'on nous tient de plus. Le commun du Guinéen aujourd'hui, on se dit que le président Alpha Condé est plus prometteur que quelqu'un qui agit. Donc, il faut aussi se méfier de donner trop de promesses, qu'à l'action. Je souhaiterai quand même que tout ce qui il a dit puisse se réaliser. Il a parlé de l'emploi des jeunes qui est un élément essentiel sur lequel le président Alpha Condé et son gouvernement doit se baser pour que le jeune Guinéen puisse sortir du carcan que nous vivons. Et personnellement aussi je m'attendais à un discours qui allait faire allusion à l'immigration. L'immigration est un phénomène qui assaille la jeunesse guinéenne et africaine. Il est le président de l'UA, alors c'est un élément fort sur lequel son discours devait se baser. Je ne suis pas en train de dire que le président de la République n'a pas tenu un bon discours. Mais je suis en train de relever tous les points d'insuffisance du discours, les points sur lesquels il devrait baser aussi son intervention. Mais par ailleurs, c'est un acte salutaire que le président de la République a posé à Kankan. Toutes les infrastructures, malgré en personne je ne me suis pas rendu sur le terrain, mais ce que nous avons vu à la télé et sur les réseaux sociaux, c'est un effort qui est salutaire. Un acte qui est à encourager aussi pour que toutes les régions puissent vivre les mêmes réalités que la région de Kankan ».


Souleymane Keita, du RPG/AEC « l président de la République a tenu un discours assez rassembleur »

« Il faut d'abord revenir à l'origine de cette initiative qui est celle d'organiser les fêtes nationales de façon tournante, histoire d'aborder le développement à la base. Je crois que cette initiative du président de la République appréciée par tous les Guinéens parce que ça a aidé beaucoup de nos préfectures, qui à l'époque n'avait plus d'infrastructures, surtout après les évènements de 2007, au cours desquels, les quelques rares infrastructures qui existaient ont été saccagées par les manifestants. Aujourd'hui le visage de ces préfectures ont pratiquement changé, que ce soit à N'Zérékoré, Boké, Mamou ou Kankan. Il y a un changement net. Pour ce qui est de la fête de Kankan, le président de la République a tenu un discours assez rassembleur. Il en a profité pour annoncer les couleurs de 2018 en termes de développement économique et en termes d'emplois jeunes, mais aussi en termes d'autonomisation des femmes. Il a surtout insisté sur la nécessité de renforcer l'unité nationale. Car, selon le Pr. Alpha Condé, la Guinée a 4 roues et lorsqu'une roue est en panne, le véhicule s'arrête, ça veut dire que la Haute Guinée, la Moyenne Guinée, la Guinée forestière et la Basse Guinée doivent se donner la main pour renforcer cette paix qui règne aujourd'hui dans le pays au prix de notre sacrifice d'ailleurs. Mais aussi, il a interpellé la jeunesse à prendre ses responsabilités. Parce que vous savez les jeunes sont assez souvent en proie de l'amélioration quotidienne. Parce que nous avons eu des manifestations injustifiées dans notre pays du coup, qui donnent un mauvais renom à notre pays, mais surtout qui ne rassure pas les investisseurs. Mais le président a réussi à renaître la confiance auprès des partenaires. Ça voudrait dire que nous devrions travailler pour faire en sorte que cette paix règne dans la Cité, afin que tous les grands projets annoncés puissent se réaliser à partir de 2018. Et la-dans, il y a beaucoup de choses. Vous avez le prêt concessionnel que la Guinée a eu avec la Chine de 20 milliards de dollars us, qui va permettre la réfection de la route Conakry-Coyah-Mamou, et autres projets. Tout ça, ce sont des programmes importants que le président a mis en exergue pour expliquer à la population. Il y a aussi le développement de la filière agricole. Le président a engagé un vaste programme agricole qui passe par le fonio, le maïs, mais aussi les cultures industrielles, par exemple en Guinée forestière le café et l'acajou. Donc, c'est vraiment une année qui va être une année de l'émergence. Mais faudrait-il que les Guinéens se regardent en face et se considèrent comme Guinéens, tout court avant d'être Peuhl, Mano, Guerzé, Toma, pour que la Guinée puisse évoluer. C'est vraiment la quintessence du discours du président de la République ».


Propos recueillis par Amadou Sadjo Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook Imprimer