« la Première République a contribué à la falsification de l'histoire »

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ibrahima sanoL'histoire de la Guinée a été tronquée par les premiers responsables de la Première République. C'est l'avis de l'écrivain Ibrahima Sanoh. Et pour qu'elle soit acceptée par tous les Guinéens, il faudrait la réécrire en tenant compte dit-il, de toutes les grandes figures que ce pays a connues et humaniser les victimes. Il l'a dit sur les ondes d'Espace FM.

A l'entame de son intervention, l'écrivain a relevé que l'histoire d'un pays a toujours des variantes, mais que les victorieux arrivent toujours à imposer leur variante.

« Après l'indépendance de la Guinée sans nul doute, le PDG RDA a triomphé des autres partis politiques. Dès 1957 les autres partis politiques ont tous combattu pour obtenir l'indépendance », a-t-il introduit. Par exemple, on a soupçonné les autres d'avoir été des conjurateurs de l'État. Et on sait comment ils ont été liquidés », dit-il.

Avant de souligner que ceux qui ont eu le pouvoir pendant la Première République, ce sont eux qui ont contribué à la falsification de l'histoire « pour se faire juger sur les épaules et en même temps pour marcher sur les pieds des autres ».

Interrogé sur le fait qu'il remette ainsi en cause tous ces documents qui existent, M. Sanoh déclare qu'il ne remet pas cela en cause, « mais nous pensons que nous avons des brides d'idées. Il est intéressant que nous ayons une mémoire collective et historique en Guinée. Mais par rapport à ça, vous conviendrez avec moi qu'il y a toujours des contradictions. Nous avons donc une histoire conflictuelle : il y a la vérité à vous, il y a la vérité des autres ».

Selon lui, il y a des gens qui disent qu'il y a eu des conjurations et que tous ceux qui ont péri par exemple dans l'univers concentrationnaire guinéen n'étaient que des conjurateurs. Ils ont dû payer le lourd fardeau de leur traîtrise et de la trahison. « D'aucuns vous diront non quelque part, il faut que nous partions avec une certaine intelligence. C'est là, qu'il consiste à dire qu'il y a eu conjurations. Mais toutes ces personnes n'étaient pas toutes des conjurateurs », soutient l'écrivain.

Déclinant quelques pistes de solutions afin de parvenir à réécrire l'histoire de la Guinée, il a invité les Guinéens à la réconciliation. Pour lui, la mise en place d'une commission de réconciliation est nécessaire. « La tâche, c'est quoi ? Ce que cette commission doit rétablir la vérité sinon les vérités, il y en a plusieurs vérités. Il existe des vérités qu'on peut appeler des vérités personnelles, la vérité par exemple des victimes. Mais ces vérités sont aujourd'hui lacunaires », a-t-il dit.

A en croire M. Sanoh, les Guinéens doivent se réconcilier pour 3 raisons : la première que l'État a endeuillé beaucoup de familles : « et par rapport à ça, c'est que la confiance verticale celle-là qui régit entre les citoyens et État s'est ébranlée ». Deuxièmement, nous n'avons pas une histoire consensuelle « mais nous avons une histoire conflictuelle, par rapport à ça, il faut que nous ayons un débat », dit-il. Troisièmement, ce qu'on a nié ceux qui ont contribué à l'indépendance de la Guinée : « ceux qui ont payé le lourd tribut, ils ont été exclus. Comment voulez-vous que ma génération et celle d'aujourd'hui puisse vouloir se battre pour ce pays. Si jamais, nous voulons réhabiliter le président Ahmed Sékou Touré, il serait bon que nous humanisions ces victimes. Pour les humaniser, ce n'est pas les condamner. Il faut non seulement que nous arrivions à comprendre leur grandeur et qu'on accepte aussi l'apport de ces gens à la Guinée indépendante. Afin que nous vivions dans un pays réconcilié avec lui-même. Nous, aussi réconcilier avec nous, afin qu'une nouvelle marche d'alliance naisse entre citoyens guinéens et leur État », a conclu l'écrivain chercheur.

Richard Tamone

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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