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« La migration est une conséquence d'élections truquées »

Alpha Amadou Diallo  Dimanche, 17 Décembre 2017 13:51

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SOUMAH_Aboubacar_01Dr Ousmane Bangoura, vice maire de la commune de Matoto, a dans un entretien accordé à notre reporter, abordé l'actualité sociopolitique de la Guinée. Il a mis un accent particulier sur la grève du SLECG qui a paralysé durant 3 semaines, tout le système éducatif guinéen. Dr Ousmane Bangoura, a aussi abordé le drame libyen, avec ces marchés d'esclaves à ciel ouvert, sur lesquels des jeunes migrants subsahariens sont vendus.


L'Indépendant : bonsoir M. Bangoura, en prélude aux élections locales, comment se prépare votre parti, l'UFDG ?

Dr Ousmane Bangoura : d'abord permettez-moi de saluer les lecteurs de votre journal. Je puis vous dire que les préparatifs vont bon train. Vous savez autant que moi, la force d'un parti politique c'est la base. Aujourd'hui, notre parti se porte très bien, il est le parti le mieux implanté à Conakry et à l'intérieur du pays. Cela est évident. J'ose dire qu'il se porte mieux qu'en 2010. Nous sommes en train de donner la parole aux différentes fédérations pour avoir des représentants dignes, des personnes ressources pour faire une liste qui peut répondre aux aspirations de nos militants, de nos citoyens.

Nous sommes à pied d'œuvre. Des instructions fermes ont été données dans toutes les structures à la base pour nous présenter des listes qui sont de loin l'émanation du président du parti mais plutôt l'émanation de la base, de la localité. C'est pourquoi, on les appelle les élections locales. Donc, nous sommes très avancés. Je crois que dans les jours à venir puisque le délai est donné entre le 06 et le 20 décembre que toutes les listes seront déposées. Je pense que nous serons dans le délai.


Êtes-vous sûr que les élections auront lieu à la date indiquée ?

Je crois que si demain le 4 Décembre, on ne signe pas le décret, ce sera compliqué puisque la loi dit qu'il faut 60 jours entre la date de la convocation des électeurs jusqu'à la tenue du scrutin. Pour que nous soyons dans cette fourchette-là, il faudrait que le décret convoquant les électeurs soit signé le 4 Décembre. Il faut voir du 4 Décembre au 4 Février, ça fait deux mois donc 60 jours. Donc si demain il ne signe pas, cela voudrait dire qu'il n'y aura pas des élections à cette date indiquée. Nous nous sommes prudents, et nous demandons à tous les candidats de se préparer et à préparer les pièces demandées par la CENI. La CENI a indiqué la date. Il revient au Chef d'État de confirmer cette date, en prenant le décret qui convoque les électeurs à cette date-là. Nous sommes tous à l'attente, nous espérons qu'il tiendra promesse.


Que pensez-vous de la confusion au sein du Slecg, qui n'arrivait pas à parler d'une même voix durant sa grève ?

D'abord, je vous dis qu'il n'y a pas de confusion. Aboubacar Soumah est un élu du syndicat. Je suis surpris qu'on dise qu'on l'a suspendu. Un élu ne peut pas suspendre un élu. Le secrétaire général de SLECG est un élu autant qu'Aboubacar Soumah. Donc, il n'a pas la compétence de le suspendre, c'est l'assemblée générale ou le congrès qui l'a élu qui peut le suspendre pour une cause. Aujourd'hui, on crie sur tous les toits qu'il est suspendu. Moi, je dis non, Sy Savané n'a pas le droit ou la compétence de suspendre Aboubacar Soumah. Dès lors qu'ils se sont convenus sur une plateforme de négociation avec le pouvoir, les accords ont été signés nuitamment à 00h00 pour dire que le lendemain la grève est levée sur le dos de la base syndicale, moi je pense que c'est une traîtrise. Ils ont trahi la base qui les a mandatés. Donc Aboubacar en tant que messager de la base, il a relancé la grève, ce qui est normal. Parce que la grève n'était que suspendue. Quand une grève est suspendue, il y a plus de préavis. Donc, on peut la relancer à tout moment. Maintenant que leur demande n'est pas satisfaite, ils ont relancé la grève où est le problème ?

Donc, si cette grève doit être suspendue. Seul Aboubacar Soumah peut la suspendre parce qu'il est le messager. Tant qu'Aboubacar n'a pas parlé, il faut dire que c'est la diversion, c'est la désinformation. C'est l'intoxication pour désamorcer la grève. J'appelle tous les enseignants, c'est l'occasion opportune, il n'y a qu'Aboubacar Soumah aujourd'hui qui soit capable de défendre leurs causes. S'il rate cette opportunité, il faut dire jusqu'à la fin du mandat d'Alpha, les enseignants n'auront rien, à demander au gouvernement qui viendra, après Alpha Condé. C'est ça la gravité ! Ils n'ont qu'à se mettre derrière M. Soumah, ils n'ont qu'à se dire « si nous n'avons rien au temps d'Alpha, nous n'aurons rien à demander à un autre gouvernement qui viendra ».

Donc si Soumah se porte garant, il a renoncé à sa carrière, il a sacrifié sa personne pour la cause des enseignants. Je crois qu'il est important de le suivre. Soumah ne le fait pas pour son intérêt personnel. Il a été directeur préfectoral, quelqu'un me l'a dit qu'il pouvait avoir par an le minimum, 300 millions GNF, un budget, une voiture de commandement, c'est un haut fonctionnaire, il renonce à tout ça pour défendre la cause des enseignants.

Moi, je crois que les enseignants n'auront plus un homme de cet acabit-là. Donc les enseignants ont intérêt à le suivre, c'est mon point de vue. Il faut aussi que le ministre cesse d'ethniciser le débat. Quand c'était Lansana Conté, c'est toute la Guinée qui s'est coalisée pour le bousculer. Je parle aujourd'hui en tant qu'ancien préfet. A l'époque, le consensus avait dit qu'il faut enlever tous les ministres du gouvernement de Conté. On n'a dit bon ! « Il faut enlever tous les préfets » il a enlevé, « il faut enlever tous les gouverneurs » il a enlevé. Mais maintenant que le même cas s'est posé au temps d'Alpha, on dit deux poids deux mesures. Pourquoi ? Et la raison fondamentale de la grève à l'époque, c'était de baisser le prix de sac du riz à 100 000, un litre d'essence à 4 000. Aujourd'hui, le prix de sac de riz, c'est à 300 000 et le litre d'essence, c'est 8 000 GNF. Donc tout est doublé. Il n'y a pas de raison d'aller en grève.

La grève là est expliquée et justifiée. Il faut le comprendre. Il faut se mettre à la place des enseignants, il faut se mettre à la place d'Aboubacar Soumah. Moi, j'ai mes enfants à la maison. Je sais que si l'enseignant n'est pas dans les bonnes conditions, mes enfants n'auront pas de bonnes formations. Ceci dit, ceux qui sont en train de détourner l'opinion, les fonctionnaires qui soutiennent l'État sont en train d'œuvrer contre eux-mêmes parce qu'Alpha Condé va passer. Qu'est-ce qu'ils vont demander demain au président qui va venir ? Il dira non moi je ne suis pas signataire de votre convention. Donc, ils n'ont qu'à réfléchir mille fois. Ils n'ont qu'à cesser d'ethniciser le débat, ils n'ont qu'à voir l'intérêt nationale, l'intérêt des enseignants pour cela, il faut se mettre autour de la table et discuter.

Je me souviens bien quand j'étais préfet à Boké. C'est comme ça que le soulèvement populaire est intervenu en 2007. Ils ont dit à Lansana Conté de refuser de discuter avec les syndicats. Ce sont les mêmes personnes qui sont là en train de dire à Alpha Condé de ne pas accepter de discuter avec les syndicats, les conséquences nous les connaissons, il était (L. Conté) obligé d'accepter de créer le poste de Premier ministre, il était obligé de renvoyer ses ministres, de renvoyer ses préfets, ses gouverneurs. Moi je pense qu'Alpha Condé doit faire attention, revoir ses copies, comprendre le phénomène, accepter le dialogue, je pense que c'est la solution pour son intérêt et le bonheur du peuple de Guinée qui a tant souffert.

Il faut voir, une personne qu'on a qualifié d'incapable, cette personne a réussi à paralyser le secteur de l'éducation, cette personne mérite d'être écoutée.

Je crois qu'il faut l'écouter, ce n'est plus un rebelle. Je crois que le ministre a beaucoup investi pour intoxiquer, pour diviser ces syndicalistes, parce qu'il a pris la garantie ferme au Président qu'il n'y aura plus de grève mais aujourd'hui il y a grève. Je crois que vouloir supporter le gouvernement dans cette lancée, c'est être contre tous les enseignants de la Guinée, parce qu'Aboubacar Soumah se bat pour tous les enseignants de la Guinée.

Ce n'est pas pour sa personne, sinon il aurait rejoint son poste. Mais il préfère défendre la cause des enseignants, un tel patriote qui sacrifie sa vie, sa famille, sa carrière pour une cause aussi noble, je crois qu'il mérite comme je viens de le dire, d'être soutenu. Les enseignants traites, manipulés vont le regretter. Donc ceci dit, le communique passé sur certaines radios, c'est de la diversion, la désinformation, c'est de la désintoxication pour désamorcer la crise. C'est une stratégie de ministre de l'enseignement pour détruire carrément le syndicat. Je pense que le syndicat a eu raison sur lui alors une leçon à tirer.


Et qu'en dites-vous de cette tentative de musellement de la presse par le gouvernement ?

Heureusement ! La Haute Autorité de la Communication a pris sa responsabilité à temps. Il n'y a pas une structure aussi compétente que la HAC pour fermer une radio ou suspendre une radio. C'est une mesure zélée du gouverneur de Labé (Sadou Kéita), il n'a aucune compétence de le faire, c'est pourquoi il a été vite rappelé à l'ordre par la HAC. Je vais vous dire, il n'y a pas de démocratie sans la presse. Vouloir museler la presse, c'est vouloir imposer la dictature. Ça au moins c'est clair, même les tous petits le savent, c'est la notion la plus élémentaire en démocratie.

La presse est libre de diffuser une information qui ne nuit pas à la stabilité du pays, qui n'appelle pas au soulèvement populaire. On n'a tendu le micro aux autres, pourquoi pas à Soumah ? Rien ne prouve que Soumah, est un rebelle. Les syndicats et le ministre qui font de déclarations parallèles à la radio contre Soumah, c'est parce qu'ils ont peur de perdre leurs postes, c'est pourquoi, ils disent que la presse est en train d'amplifier. Ils n'ont pas présenté réellement la situation qui prévaut. M. le Président n'a pas écouté les deux camps, il n'a écouté que le ministre. Il fallait appeler les deux camps, discuter avec eux pour prendre la bonne information et trancher. Aujourd'hui Balato, K au carré et Savané sont en train de défendre leurs postes. Donc, il faut tout faire pour empêcher que le président rencontre Soumah.


Quelle lecture faites de la traite des êtres humains en Libye ?

Oui ! C'est vrai. Le phénomène là existe depuis plus de 10 ans. Aujourd'hui, nos responsables africains le savent. Il a fallu qu'un média de l'occident s'intéresse à cette question pour qu'ils se disent intéressés. C'est vraiment dommage. Ils sont tous responsables. En tout état de cause, l'esclavage ou la migration des jeunes africains est un indicateur évident de la mauvaise gouvernance. Les Chefs d'État africains ne donnent pas l'espoir aux jeunes. Regardez si tu manques d'espoir, tu n'as plus de raison de vivre là où tu es ! Tu es obligé d'aller vers d'autres horizons, à la recherche d'autres espoirs. Ils sont tous sur cette voie-là. De l'autre côté, l'occident maintient les dictateurs. Il sait que ce sont des dictateurs qui ne créent pas l'emploi. Il les soutient. Sinon à quoi sert de soutenir un dictateur ? Vous avez vu les conséquences. C'est un flux migratoire vers l'occident. Ça c'est obligatoire alors que l'Europe ne veut pas voir des migrants chez lui, ils n'ont qu'à cesser de soutenir les dictateurs.

Ecoutez ! C'est très malheureux d'apprendre par Hollande que : « mieux vaut des mauvaises élections que sans élection ». Pour moi, c'est grave dans la bouche d'un homme de cet acabit-là. Pourquoi chez eux, c'est stable. On n'a jamais critiqué les élections, parce que ça se fait bien. Pourquoi, chez nous, ils disent « mauvaises élections » et ils cautionnent ça.

Aujourd'hui, nous nous battons pour la vraie démocratie, la bonne démocratie. On se bat pour des élections libres et transparentes accepter de tous mais hélas ! Par le soutien de l'occident, on fait élire des gens qui ne peuvent pas faire l'affaire des peuples, qui ne peuvent pas créer de l'emploi mais les jeunes vont fuir, c'est clair ! Après ce même occident ferme sa frontière aux Africains. Ils donnent de l'argent aux libyens pour barrer la route aux migrants.

Naturellement, Qu'est-ce que ça va donner ? L'ouverture des prisons, des camps de réfugiés et finalement ça pousse les personnes sans scrupules à maltraiter les jeunes migrants, à les exploiter comme des animaux. Je suis écœuré, ce sont des jeunes qui fuient la dictature, la mauvaise gouvernance pour aller chercher refuge ailleurs.

Moi, je ne trouve pas ça normal, que l'occident ferme sa frontière parce que d'une part, il est responsable, il fait semblant de promouvoir la démocratie. Nous, les Africains nous sommes des apprentis en démocratie. Si une élection présidentielle n'est pas bien faite, que le maître de la démocratie corrige tout simplement en disant non, on n'est pas d'accord. Faites une élection transparente et crédible mais soutenir une élection truquée, les conséquences, c'est la migration.

De l'autre côté, l'Afrique a la plus grande responsabilité. Le président français, Emmanuel Macron l'a dit : « ce sont des Africains qui vendent des Africains, il n'y a pas un Français qui vend un Guinéen, il n'y a pas un Italien qui vend un Camerounais ». Je pense qu'il est temps que nos Chefs d'État prennent leurs responsabilités. Le bonheur est partout. On peut avoir le bonheur chez soi. Il suffit d'avoir ce qu'on veut, c'est tout. Que nos Chefs africains cessent de faire des fausses déclarations, juste pour amadouer le peuple. Ils n'ont qu'à aller au fond des problèmes pour que les jeunes se sentent mieux chez eux.


Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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