Agitation sociale à Beyla et Kérouané, des acteurs politiques dénoncent l'incurie de l'État

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KABA_Mohamed_Lamine_09Après Kérouané, Beyla, les populations de Boké étaient à nouveau dans la rue le lundi 23 Octobre dernier pour réclamer le respect des engagements des autorités, et exigé le départ du DPE, Sinè Magassouba, accusé d'avoir dressé une liste de notabilités de Boké, les accusant d'avoir manipulé les manifestants. Selon certains acteurs politiques rencontrés par notre reporter, ces manifestations à répétions à l'intérieur du pays, notamment dans les zones considérées comme fief du pouvoir seraient les conséquences des promesses non tenues par le régime d'Alpha Condé.


Mamady Sosso Kanté, de la cellule de communication du PEDN : « c'est inadmissible que nous vivions cette situation…»

« Il faut rappeler que le PEDN avait fait comprendre aux Guinéens que le gouvernement n'avait pas tenu ses promesses vis-à-vis du peuple de Guinée. Donc si l'engagement n'est pas tenu, la population n'a que la possibilité de faire recours à la revendication sociale légitime et légale. Il faut rappeler que la revendication est sociale dans ces localités parce que ces gens-là vivent de la précarité totale en fonction surtout des ressources dont regorgent leurs localités. La revendication est légale et légitime parce que tout simplement les mouvements sont autorisés par notre constitution en son article 10. Mais ce que le PEDN déplore dans ces revendications, c'est que quand les manifestations aient eu lieu dans ces localités, ça débouche souvent dans des violences. Mais cela ressort de la faiblesse de l'État. L'État a l'obligation d'encadrer les manifestations. Si les manifestations conduisent à des violences, ce que l'État ne met pas suffisamment de moyens à la disposition de la police pour encadrer. Nous, nous disons que ce sont des revendications légitimes, nous sommes tout à fait solidaires des manifestants parce qu'ils veulent non seulement rappeler Alpha Condé les promesses non tenues, mais au-delà même de ces promesses ce sont des réalités qu'ils vivent. Quand vous prenez la route Boké-Gaoual, vous faites plus de 7h. Vous prenez la route Kankan-Mandiana, Alpha Condé est allé donner ça à la société Guiter en 2013-2014 comme quoi Guiter avait la capacité de financer. Il est allé confier la route Kankan-Kissidougou à la société Ebomaf, comme quoi il pouvait financer. Les camions qui devaient servir le bitumage Kankan-Kissidougou servent aujourd'hui à Conakry de ramassage d'ordures. Vous allez à Beyla, la route Beyla-Kérouané, c'est tout un calvaire. Bientôt ces localités resteront coupées du reste de la Guinée. L'État n'avait pas les ressources pour faire face à ces besoins dans ces localités. La société Rio Tinto qui avait commencé d'employer 3 000 et quelques employés. On se rappelle de l'accord transactionnel en 2011, l'État avait reçu 700 millions de $. L'État a été incapable de donner des infrastructures à ces localités. C'est inadmissible que nous vivions cette situation et que les gens ne se lèvent pas. Les populations décident de ne plus rester indifférents à cette situation. Nous les soutenons, nous sommes solidaires avec eux ».


Mohamed Lamine Kaba, président du parti FIDEL : « ces insurrections populaires sont le fruit d'un manque de confiance...»

« Lorsqu'il n'y a plus de confiance entre les gouvernants et les gouverner, c'est l'insurrection populaire qui s'installe. C'est ce que nous sommes en train de constater parce que le président Alpha a tellement promis, au point que la population n'arrive plus à le suivre. Lorsqu'il a dit qu'il doit mettre des routes à l'intérieur du pays, il a promis des ponts çà et là, donc compte tenu de tout ça les gens ont vu en lui qu'il ne tient pas parole et finalement, ils sont en train de s'organiser pour protester contre le gouvernement, afin d'obtenir les choses qui ont été promises. Il faut reconnaître que les sociétés minières dans la ville de Boké et ailleurs, c'est de la corruption du début à la fin. Les zones impactées en principe devaient bénéficier 300 $ par mine, au niveau du comité préfectoral de développement (CPD). Une société peut avoir 5 à 10 mines par jour. Lorsqu'une société minière à 5 mines par jour, on multiplie 5 fois les 300$, ce qui vous fait 1 500$/jour. Ce qui ne se fait pas. Il y a aussi 0,5 qui sont appliqués au capital investi dans la localité à remettre au CPD, mais nous constatons que ceux-là, ne bénéficient pas de tout cela. Et le cas particulier de Boké, ce que le président a donné à plus de 70 camions à cette localité au CPD, mais il n'y a que 10 camions que cette localité est en train de bénéficier. Les 60 autres, les ressources sont directement versées aux cadres dans les bureaux climatisés à Conakry. Donc, de tout ça, les gens sont prêts à en découdre avec le pouvoir. C'est regrettable. Le fait déjà que les populations ne bénéficient pas ces fonds, cela fait d'eux des abandonnés qui réclament en ce sens-là. Les raisons principales d'abord nous avons le non-respect de la parole donnée par le président Alpha, mais aussi le fait que les comités préfectoraux de développement ce sont des zones impactées. Il faut rappeler que les CPD sont constitués par les chefs religieux, par les représentants des femmes, des jeunes, mais malheureusement ceux-là ne bénéficient pas les fonds pour travailler pour la localité ».


Mousliou Haidara, membre de l'UFDG : « les gens ont compris que leur sort n'intéresse pas le gouvernement…»

« Cela n'est que l'expression d'un ensemble de frustration, d'un ensemble de ras-le-bol, de l'accélération de la misère à laquelle les populations ont été soumises depuis que le Pr. Alpha Condé est arrivé au pouvoir. Il n'y a pas un programme de développement cohérent et fiable, ce qui fait que les gens sont non seulement désenchantés par rapport aux promesses qui ont été faites auxquelles les populations avaient cru. Mais ce qu'aussi, il n'y a plus d'espoir. Parce qu'on prend les mêmes personnes, on les ramène. Pire que tout ça, les gens constatent malheureusement que toutes les ressources mêmes dans les zones où il y a l'exploitation des ressources, cela ne profite pas aux populations. Le cas de Boké est le plus illustratif parce que cette localité regorge un ensemble de société dont la population voit l'exploitation, voit la terre qui est exploitée, chargée et transportée mais en retour, la population continue de voir le noir. Ces exploitations qui devaient leur servir, leur donner des moyens de survie comme l'eau, l'électricité, les activités génératrices de revenu, de l'emploi, malgré l'exploitation dans leur ville ça ne les profite pas, ça profite a des étrangers. Les populations ont compris que leurs ressources est en train d'être partagé par une mafia politico-administratif et politico-ethnique et alors qu'eux ils sont entrain de broyer dans le noir, continue de vivre dans leur misère et ils continuent d'attendre leur infrastructure. Du côté de Kérouané et de Beyla, ça devait donner à réfléchir le gouvernement parce que ça ce sont des localités réputé être des fiefs du régime. Je pense que le pouvoir doit comprendre que les gens ne continueront plus à les regarder indéfiniment piller ce pays et partager les ressources entre les petits clans, copains guinéens et étrangers. Les gens à un moment donné se lèveront pour demander leur droit. Au lieu que ce pouvoir ne se mette à nous donner de projet mirobolant, de genre comme Conakry 2040, le Guinéen a besoin de bonne route, des hôpitaux, des écoles, d'électricité et d'emplois. Les gens ont compris que leur sort n'intéresse pas le gouvernement, ce qui amène aujourd'hui cette situation de manifestation ».


Propos recueillis par Amadou Sadjo Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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