Richard Tamone Dimanche, 22 Octobre 2017 11:52
La Guinée, quatrième pays producteur mondial de bauxite, le pays est passé de son rang de sixième producteur en 2015 (avec 18,11 millions de tonnes) à celui de quatrième, devant l'Inde. Avec cette performance, la République de Guinée peut désormais envisager une entrée dans le top 3 en ravissant au Brésil son 3ème rang de producteur avec 32 millions de tonnes en 2016. D'ailleurs, une production de 33 millions de tonnes a été annoncée par les autorités guinéennes d'ici 2020.
Pour réaliser cette noble ambition, l'Agence Nationale d'Aménagement des Infrastructures Minières (ANAIM) avec l'esprit d'équipe instauré par son DG, Lamine Cissé reste au centre. Son objectif s'inscrit dans le cadre de cette orientation nouvelle de la politique minière exprimée par le Président de la République. Elle vise à créer les conditions propices au développement et à l'exploitation des ressources minières situées à l'intérieur du pays, en mettant en place les infrastructures et les facilités susceptibles d'accroître l'attrait de ces ressources pour les investisseurs privés.
L'indépendant : depuis Mai 2014, vous êtes à la tête de l'ANAIM. Peut-on connaître les quelques réformes que vous avez entreprises ?
Lamine Cissé : conformément à la vision exprimée par le Président de la République dans le secteur minier en 2011, un schéma directeur sur les infrastructures minières a été adopté suite aux études faites par le cabinet Nodalis. Trois principaux corridors ont été définis, à savoir : le corridor Nord-Ouest, le corridor central et le corridor Sud-Ouest. De ces 3 corridors, le plus important aujourd'hui est celui du Nord-Ouest en termes d'investissement. C'est là qu'évolue la Compagnie de bauxite de Guinée (CBG), qui, après les accords et la notice de Moubadala, a été amenée à procéder à l'extension de sa capacité de production. Étant donné que la CBG pour accéder aux prêts des bailleurs de fonds, était obligée de demander à l'État de renouveler l'accord de concession qui la lie à l'ANAIM et l'État. Parce que cet accord constitue le risque majeur. Pourquoi ? Les prêteurs voulaient savoir si la Guinée continuerait à mettre à la disposition de la CBG des infrastructures ferroviaires, portuaires et la ville portuaire de Kamsar. Ainsi, nous avons procédé au renouvellement de cet accord de concession le 15 Janvier 2015. Cela a permis à la CBG d'avoir auprès des bailleurs de fonds un prêt de plus de 800 millions de $ pour la première phase. La CBG va passer de la première jusqu'à la troisième phase jusqu'à atteindre une capacité de production de 33 millions de tonnes de bauxite par an. Cette signature de l'accord de concession a permis à l'ANAIM d'indexer la redevance payée à l'État par la CBG à la tonne de bauxite produite. Ce qui est un avantage majeur. Si autrefois, le payement de la redevance était forfaitaire, aujourd'hui, c'est indexé à la tonne de bauxite produite. C'est pour dire que lorsque la CBG va atteindre cet objectif de production, vous comprendrez ce que ça pourrait en termes de redevance pour l'État. Mais en même temps, puisque la volonté exprimée par le professeur Alpha Condé était de faire en sorte que nous puissions consacrer dans l'accord de concession, le principe de la mutualisation des infrastructures. C'est ce que nous avons obtenu. Nous avons signé avec la Compagnie des bauxites de Guinée, Globalement Alumina Corporation et la Compagnie des bauxites de Diandjan Rusal. C'est ce que nous avons appelé Le Contrat d'opération multi-utilisateurs (c'est une entente mutuelle entre ces différents acteurs pour une utilisation en commun des infrastructures citées plus haut). La signature de cet accord multi-utilisateurs permettra aux intervenants miniers d'engager à peu près un investissement de plus de 3 milliards de $ dans le corridor Nord-Ouest d'ici 2020. Un apport majeur dans le PIB de la Guinée. Si aujourd'hui, la contribution des miniers dans le PIB de la Guinée est autour de 12 à 15%. Toute proportion gardée, quand GAC et COBAD seront opérationnels, et avec l'accord considérable de la CBG, nous serons autour en termes de contribution pour le produit intérieur brut de 25 à 30%. Après la signature du contrat d'opération multi-utilisateurs, nous avons également signé le contrat d'infrastructures GAC et le contrat d'infrastructures COBAD. Ce qui permettra à GAC d'utiliser le chemin de fer et les autres ouvrages portuaires de Kamsar. Enfin, nous avons signé le contrat d'opération portuaire qui permettrait à la fois à la CBG et à GAC d'utiliser en commun les infrastructures et autres installations de Kamsar, il y a eu aussi un autre contrat de matériaux en vrac. Si nous prenons l'ensemble de tous ces accords, la CBG va atteindre une capacité de production de 33 millions de tonnes de bauxite, GAC, après optimisation et désengorgement, atteindra douze millions de tonnes, contre six millions de tonnes pour COBAD. Le cumul représente 51 millions de tonnes pour la première phase. Pour la deuxième phase, les 3 vont produire 71 millions de tonnes. En atteignant cette capacité de production de 71 millions de tonnes dans quelques années sans compter la production de la Société Minière de Boké, qui ambitionne d'ici 2020 d'atteindre la capacité de trente millions de tonnes. Donc, le tout cumulé sera à plus de cent millions de tonnes, sans compter le corridor central où RUSAL produit aujourd'hui 3 millions de tonnes. Alors, suivant la volonté politique du Président de la République, notre pays pourra se positionner comme leader mondial de production de la bauxite. Mais ce qui est avantageux, la bauxite guinéenne est assez compétitive sur le marché en raison du fait que sa teneur en alumine est très élevée, alors que le taux de silice est très bas. Ce qui fait qu'il est plus facile de transformer la bauxite guinéenne en alumine tout en passant à l'aluminium.
Quelles sont les réformes internes liées à votre gestion ?
S'agissant des ressources humaines, dès ma nomination à la tête de l'ANAIM en Avril 2014, j'ai procédé à un recensement biométrique de l'ensemble de nos employés. Suite à ça, nous avons fait un audit organisationnel et fonctionnel pour faire l'état des lieux. Ensuite, nous avons mis en place un plan de recrutement, un plan de formation et un plan de carrière (GPEC).
L'hôpital de Kamsar était une référence. Mais Aujourd'hui, il n'est plus digne de ce nom. Concrètement, que faites-vous pour changer cette situation ?
Je confirme qu'entre 1968 et 1973 jusqu'en 1996, l'hôpital de Kamsar était une référence. Mais il ne faut pas perdre de vue que l'ANAIM avait disparu de 2000 jusqu'en 2011. Mais dès son élection, le Professeur Alpha Condé a compris la nécessité de réhabiliter la Direction Générale de l'ANAIM. Nous avons procédé à la régularisation de la situation de plus de 110 employés parce que la situation des contractuels était devenue anachronique parce que certains, par exemple, étaient là depuis dix ans sans situation. Aujourd'hui, soyez rassurés que tous les employés de l'ANAIM sont inscrits à la CNSS et sont pris en charge dans le cadre de la santé-sécurité.
Dans la même dynamique, nous avons procédé au remplacement intégral des équipements vétustes existants. Mieux, nous avons doté l'hôpital de Kamsar des équipements de dernière génération. En même temps, nous lui avons aussi doté d'un outil d'information assez performante, premier du genre dans un hôpital en Afrique qui permettra de suivre le patient depuis son entrée à l'hôpital jusqu'à sa sortie. Toutes ces initiatives permettront d'interfacer avec le système des autres acteurs miniers puisque ce sont leurs malades que nous recevons.
Quand n'est-il de la mutualisation des infrastructures minières de la partie nord-ouest de la Guinée ?
Le contrat d'opération multi-utilisateurs autrement dit la mutualisation des infrastructures est en train de suivre son petit chemin. Actuellement, l'ANAIM est le président du comité des utilisateurs de ces infrastructures. Nous sommes en phase de construction, d'ici 2018, cette phase sera terminée. Dans les parties privatives, chacun est en train de développer sa mine. Le 26 Octobre 2017 nous serons à Paris pour une réunion que d'ailleurs je vais présider pour voir l'avancée des travaux.
Quelles sont les contributions de l'ANAIM dans le port de Kamsar ?
C'est une question assez pertinente. Pour vous répondre, je vous rappelle que l'État détient les 49% d'action dans la CBG. Le budget d'exploitation de CBG est supporté à 65% par l'État. Et nous voudrions que la bauxite guinéenne soit assez compétitive sur le marché. Donc, de la mine en passant par les canaux d'évacuation jusqu'au port de Kamsar, la CBG comme l'État ne supporte plus aucun frais. Mais les budgets d'exploitation et d'investissement du port de Kamsar sont entièrement supportés par l'ANAIM. Ça montre que l'ANAIM réduit considérablement les coûts d'exploitation de la bauxite au niveau du port de Kamsar. Qu'il s'agisse du renouvellement des installations portuaires, c'est supporté par l'ANAIM, qu'il s'agisse du dragage d'entretien ou de maintenance ou dragage capital, c'est supporté par l'ANAIM, qu'il s'agisse de l'entretien du chenal d'accès au port de Kamsar, c'est supporté par l'ANAIM. L'apport est considérable.
Quels sont les défis que vous avez à relever ?
Nous avons plusieurs défis à relever. Le premier, puisque la volonté du Président exprimée d'être mise en œuvre. C'est-à-dire celle qui consiste justement de faire la Guinée leader mondial de la production de la bauxite, nous devons en tant que gestionnaire des infrastructures minières, est de renforcer les capacités des infrastructures existantes pourquoi pas procéder à leur extension et en développer d'avantage à travers les partenariats public- privé. Autres défis, nous avons constaté assez de déperditions de bauxite et de sortie abusive de devises dans le cadre de l'étude de l'échantillonnage. Nous voulons l'arrêter. C'est ainsi que nous collaborons avec les Russes pour la construction d'un laboratoire d'analyse de la bauxite. A travers ce centre, on pourra arrêter la sortie abusive des échantillons de bauxites, la sortie abusive des devises liées aux études d'échantillonnage, obtenir le transfert des compétences à travers une formation intégrée sur place. Autres défis, nous avons constaté que les dialysés provenant des entreprises minières sont évacuées en outre-mer, d'autres vers le Maroc. Certains y vivent depuis plus de 15 ans. Les familles de ces malades sont moralement atteintes. Que faire ?
En collaboration avec les marocains, nous voulons construire un centre de dialyse pour faire revenir ces malades auprès de leurs familles mais aussi réduire les coûts des évacuations sanitaires très élevés. Dernier défi, il n'est pas de la raison sociale des acteurs miniers d'importer le carburant. Nous sommes en collaboration avec les Marocains pour qu'en 2018, nous commencions les constructions d'un centre de stockage des produits gaziers et pétroliers. Ce qui permettra de diversifier les activités de l'ANAIM et de créer l'emploi. Si tout se passe comme prévu, quand les miniers commenceront leur phase d'exploitation, 10 000 emplois directs et indirects seront créés.
Ces derniers temps, la ville de Boké a été secouée par des violentes émeutes. Que comptez-vous faire pour répondre aux besoins des populations riveraines et des sociétés qui sont plus de dix dans la région ?
Aujourd'hui, la population de Kamsar qui était de 3 000 habitants en 1968 est passée à plus de 700 000 habitants. Il n'y a que ce seul hôpital, qui accueille les malades. Mais dans le cadre de notre contribution pour le développement local, nous avons obtenu le financement d'un hôpital communautaire, dont les travaux de construction vont démarrer en Novembre. Cela permettrait de soulager les peines des populations riveraines. En plus, nous en tant qu'autorité de puissance publique dans les différentes zones minières, nous essayons de contribuer et d'accompagner EDG dans le cadre de l'électrification de la ville de Kamsar, Boké et Kolaboui.
Aujourd'hui, de quoi êtes-vous fiers ?
Rire. Je suis fier d'avoir été choisi par le professeur Alpha Condé. Je tâcherai de mériter cette confiance. Et, la fierté d'aujourd'hui, c'est de contribuer effectivement à la mise en œuvre du contrat d'opération multi-utilisateurs. C'est une politique innovante du professeur Alpha Condé et que pour la première fois que ce système a été mis en place et que c'est moi qui préside sa mise en œuvre qui permettra à la Guinée d'atteindre les 100 millions de tonnes dans quelques années, ça ne peut qu'être une fierté. En plus remercier davantage le Président de la République.
Vous faites partie des 3 nominés comme modèle de réussite dans le secteur public.
J'ai assez de considérations pour mes frères Lucien Guilao et Gabriel Curtis qui sont aussi des personnalités auxquelles le Président a fait confiance et qui contribuent chacun dans leur demain au développement socio-économique de notre Nation. En ce qui me concerne, j'éprouve un sentiment de fierté, de joie et de satisfaction que je partage avec l'ensemble de mes collaborateurs lesquels j'éprouve un profond respect.
Interview réalisée par Richard Tamone
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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