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« Il n'y a pas de démocratie solide, sans alternance »
Le Démocrate Samedi, 23 Septembre 2017 21:39
Le président de l'Institution nationale indépendante des droits de l'Homme (INIDH) Mamady kaba était l'invité de la radio espace FM dans son émission de grande écoute « les Grandes Gueules », jeudi dernier, en prélude au vernissage de son ouvrage intitulé « Guinée : face aux défis de la démocratie ». L'occasion a été opportune pour le président de l'INIDH de s'exprimer sur des questions liées à la vie sociopolitique de la Guinée. Mamady Kaba a mis le pied dans le plat, en reconnaissant dans notre pays, les des droits humains sont souvent violés, ce malgré les efforts du gouvernement qui tente de garantir le bon fonctionnement de notre jeune état démocratique.
On parle bien de l'INIDH, il y a eu des cas de blessés, on parle d'une quarantaine, dont dix par balles et des morts, y a des cas de vandalisme également. Comment vous percevez tout ça ?
Vous savez que je suis très triste par rapport à ce qui se passe à Boké. Vous savez qu'on n'est pas à notre première expérience à Boké. Les événements qui se sont déroulés il y a quelques mois avaient donné à peu près les mêmes résultats. Donc ce sont des solutions précaires qui sont apportées à des problèmes très profonds. Des solutions conjoncturelles, des réponses conjoncturelles, à des problèmes structurels. Il y a vraiment incompétence, sincèrement. Les gens sont choisis sur la base de leur militantisme. Il faut que nous sortions de là pour que nous ayons accès des cadres qui ont l'expérience du terrain, qui savent ce que veulent les populations. Qui savent quelles sont les solutions de fond, qu'il faut apporter pour que les gens ne soient pas régulièrement obligés de descendre dans la rue pour revendiquer. Et chaque fois c'est la répression. La répression n'est pas une solution. Les dirigeants sont mis en place par les populations, à travers les élections, pour que les dirigeants trouvent des solutions à leurs problèmes, et ce n'est pas par la répression qu'il faut répondre aux revendications. C'est le cas dans notre pays. Nous faisons moins d'effort pour accéder aux revendications par des voies non violentes. Nous pensons qu'il faut imposer le silence aux populations, que tout le monde croise les bras, pour laisser les dirigeants faire ce qu'ils veulent. Ce n'est pas normal. Il faut que les dirigeants fassent ce que veulent les populations.
Est-ce que vous allez nous faire espérer que votre institution impulsera un certain dynamisme, pour que lumière soit faite sur ce qui y est arrivé ?
Oui, nous tentons de faire ce que nous pouvons, et avec les manifestations politiques de l'opposition, l'avant dernière manifestation où il y a eu des morts par balles etc... Suite à la grève des syndicats, nous avions tenté d'impulser une nouvelle dynamique, en cherchant à mettre en place une commission d'enquête à laquelle ferait partie les députés etc... Et cette dynamique a été bloquée à l'Assemblée nationales, et ça c'est très important à signaler parce que l'avenir rattrape toujours, et nous devons nous souvenir, en Guinée nous avions eu un problème à la mort du Général Lansana Conté. Toutes les populations ont rejeté le président de l'Assemblée parce qu'il ne s'était pas mis du côté de la démocratie. Il a bloqué toute initiative devant permettre une avancée démocratique dans notre pays, et la réponse du peuple a été son rejet, ce qui nous a empêchés d'avoir une transition démocratique à la mort du Général Lansana Conté. Alors chaque personnalité du pays à quelle que responsabilité qu'elle se trouve, doit savoir qu'elle rendra compte dans l'histoire, et ça elle sera toujours rattrapée par les actes qu'elle pose. Nous sommes pratiquement à un carrefour, chacun sera comptable de l'acte qu'il va poser maintenant, parce que l'avenir ne sera pas aussi facile que nous le pensons.
Est-ce que vous n'avez pas l'impression aujourd'hui que votre institution, c'est une sorte de faire valoir ou-bien c'est vous qui êtes inactif ?
Ce n'est ni l'un, ni l'autre. Nous sommes une très jeune institution, nous avons juste deux ans. Nous nous battons pour que la place qui nous est due nous puissions l'occuper. Ça ne va pas être facile, nous ne recevrons pas toutes nos prérogatives sur un plateau d'or. C'est pourquoi le combat de tous les jours doit se faire, y compris avec vous, pour que nous puissions occuper la place qui est la nôtre. N'oubliez pas, toute organisation des droits de l'homme, qu'elle soit étatique ou non, la première action c'est la dénonciation. Ce qui diffère la dénonciation des institutions de celle de la société civile et de la presse, c'est que la dénonciation d'une institution est une dénonciation étatique. Quand nous dénonçons quelque chose, c'est l'État guinéen lui-même qui se dénonce. Vous savez le problème de la Guinée est un problème institutionnel, peut être comme beaucoup d'autres pays africains, et la promotion de la démocratie ne peut pas se faire sans qu'il y ait des institutions très solides. La solidité des institutions, part d'abord de la prise de conscience de ceux qui animent les institutions, qu'ils prennent leurs responsabilités.
Prise de conscience, dénonciation et maintenant ça fait deux ans, vous avez inquiété qui, on a perdu au moins dix guinéens depuis que vous êtes arrivé. Vous voulez atteindre le chiffre de combien pour inquiéter ou pour réagir. Qu'est-ce qui vous empêche d'agir ?
Ce qui nous empêche d'agir, en fait les moyens les plus importants dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est le soutien politique. Vous savez une institution des droits de l'homme, partout dans le monde, dans un pays comme le nôtre où même quand les gens ont des problèmes, ils vont au ministère, tant qu'il ne voit pas le ministre lui-même, ils n'ont confiance à personne d'autre. Alors c'est la même chose, quand les gens ne voient pas derrière une institution la lourde main du président de la République, les gens ne coopèrent pas. Par exemple, nous avons besoin de la gendarmerie pour régler beaucoup de problèmes, et ces problèmes ne doivent pas aller jusqu'au président de la République... La gendarmerie et la police doivent être disponibles, pour avoir des solutions à certains problèmes. Mais est-ce que vous pensez, tant que la gendarmerie ne verra pas la main du président derrière une institution, est-ce que la gendarmerie ou la police se mettront à la disposition de cette institution.
Vous en tant qu'institution nationale des droits humains, c'est quoi votre poids. Quels sont les chantiers que vous avez ouvert qui puissent changer la donne, parce qu'une institution n'est pas mise en place, et qu'elle ne fonctionne que selon la volonté du chef de l'État ?
Nous continuons le combat, nous continuons de nous battre comme nous pouvons, en fonction des prérogatives que nous donne la loi. Mais ça ne sera pas facile. Il faut peut-être un peu plus de temps. Nous apportons déjà quelques solutions. Nous n'allons pas nous vanter de ce que nous faisons, nous avons quand même des résultats que nous allons mettre à la disposition de la presse, le moment venu. Mais pour le moment c'est assez difficile, nous continuons de nous battre, peut être que dans quelques années, les choses seront meilleures que ce qu'elles sont actuellement.
D'où vous tirez vos finances pour fonctionner ?
C'est une institution de l'État guinéen.
Et comment pouvez-vous vous dissocier du diktat de cet État alors que c'est cet État-là qui vous finance ?
La loi qui créé l'institution
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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