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Tamakénè : Des étudiants boudent les cours au profit des taxis motos !

Thierno Fodé Sow  Lundi, 01 Août 2011 13:27

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Ils sont des dizaines d’étudiants en situation de classe qui ont opté depuis environ trois ans, pour le pilotage de taxis motos. En toile de fond, contenir les affres du quotidien, liées notamment à la ‘’survie’’. Ils boudent donc souvent les cours pour s’adonner à un nouveau sport favori : les taxis motos. Quitte à corrompre professeurs et encadreurs pour trouver la moyenne, donc d’être épargnés de dettes académiques.

Hors et dans la cour de l’Institut supérieur des Mines et géologie de Boké, de nombreuses motos chinoises sont parquées, attendant des clients devant rallier le centre-ville ou les localités avoisinantes. Parmi ces pilotes de deux roues, on retrouve une kyrielle d’étudiants qui font fortune au détriment de leur cursus universitaire. C’est ainsi que dans les ruelles de Boké et environs, on aperçoit fréquemment des motards avec des surcharges de bagages et de passagers : au lieu que le pilote de l’engin ne prenne une personne, il se complait à en prendre jusqu’à trois, en plus de bagages. Et personne ne pipe mot. Même pas la police routière. Inconscients ou insoucieux, c’est selon, les passagers se la coulent douce. Pourvu, pourrait-on dire, que ça ne grève pas le budget déjà jugé précaire du routard.

En séchant ainsi les cours pour piloter les taxis motos à leurs comptes, des étudiants de Tamakénè parviennent tout de même à couvrir les frais liés à leur scolarité et toutes les charges y afférentes : corruption pour la programmation de la soutenance pour les uns, dessous de table pour rehausser les moyennes pour les autres, frais de logement, de nourriture, pour un troisième groupe, etc. « Il m’est bien difficile de rester en classe, alors que mes amis et moi sommes dépourvus de toutes ressources. Et on ne peut pas continuer à ‘’factoriser’’ (NDLR, décaler des repas de midi ou du matin pour mieux tromper les vers intestinaux la nuit tombée) ou à fuir les réclamations de notre logeur envahissant… », ironise un étudiant de la 5e année Traitement, préparant son mémoire de fin d’études supérieures.

Pour Ibrahima, un autre étudiant de la 5e année Mine, la gestion des taxis motos permet aux parents de respirer un peu. « Mes parents m’ont trouvé cette moto pour que je parvienne à me suffire, sans que je ne tende la main à tout-bout-de-champ. C’est pourquoi, même pendant les vacances, je carbure fort pour m’assurer de la bonne ouverture des classes. Le surplus, je l’expédie à mes parents établis à Sangarédi, à quelques encoignures de Boké », explique, presque satisfait, l’étudiant. Certains étudiants très happés par la gestion de ces taxis motos confient être désormais très indépendants financièrement. Au regard des recettes engrangées. Celles-ci varient nous rapporte-t-on, entre 25 mille GNF à 40 mille GNF par jour. « Tout dépend du courage du pilote et celui qui pilote l’engin », précise un habitué qui explique par ailleurs que certains confient leurs motos à des particuliers qui doivent rendre compte tous les soirs. « Cela leur permet, témoigne Mlle Sow sortant d’une délibération, de s’occuper de certaines choses. »

A cette course au gain qui a manifestement pignon sur rue à Tamakénè, certains professeurs de l’Institut squattent les engins de leurs étudiants pour effectuer des courses personnelles interminables. Mais en contrepartie, rien. Même si cet état de fait agace certains propriétaires de motos, ceux-ci n’osent pas hausser le ton ou réclamer le prix de la location. Peut-être espèrent-ils secrètement gagner quelque chose avec les évaluations. « Pas si évident, avertit un étudiant feuilletant le mémoire d’un ami, nos profs nous exploitent seulement. Et on fait comme si de rien n’était. » Comme quoi, l’avènement des ‘’taxis motos estudiantins’’ constitue un réel business qui promet avec l’accroissement d’année en année de l’effectif de l’Institut.


Thierno Fodé Sow


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