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La Guinée est tellement en crise (politique, économique, morale) qu’on en parle en permanence comme d’une république bananière ! C’est l’exemple même de pays tellement en panne qu’on se demande s’il est récupérable et réparable.
Chaque fois qu’il y a une lueur d’espoir pour les Guinéens, un événement survient, comme par malédiction, pour l’éteindre. Ne remontons pas loin : la disparition physique de Conté a permis l’irruption politique de Dadis, qui avait été présenté par un grand nombre de ceux qui écrivent sur le Net, comme issu de la fraction républicaine de l’armée. Il s’agissait de le différencier des autres fractions mafieuses et pourries de cette même armée, qui n’auraient jamais esquissé le moindre nettoyage annoncé.
En fait, notre capitaine venait d’une des factions, en concurrence restées aux aguets pour capter le pouvoir dès son écroulement attendu, car rien ne marche normalement dans le pays, les institutions soi-disant existantes étant presque toutes tétraplégiques.
Rares sont ceux qui n’avaient pas manifesté leur soutien à Dadis. Rien de plus normal, car nos populations avaient (et ont toujours) soif de changement. Même un chaton aurait été applaudi !
La Guinée a-t-elle réellement pris une nouvelle direction ? Ne s’est-il pas agi dans cette course au pouvoir, de la substitution d’un clan à un autre ? Je ne suis pas le seul à m’interroger !
C’est bien d’avancer, encore faut-il que ce soit dans la bonne direction. On cite des objectifs atteints, alors qu’ils ne sont même pas clairement fixés ! Arrivé par effraction au sommet de l’Etat, Dadis est sommé par l’attente populaire, de mettre le pays sur de bons rails et de descendre rapidement de la locomotive. Car, c’est aux Guinéens qu’il revient de choisir leur conducteur.
Personne n’exige de Dadis la construction de ponts, le développement de la riziculture ou la maîtrise de l’inflation. Qu’il ne construise rien mais qu’il ne détruise rien non plus, car ce n’est pas le rôle censé être le sien. Tout au plus, qu’il transforme un peu qualitativement le paysage politique de la Guinée. On aurait voulu qu’il balaie au mieux la maison (aucune maison ne sera jamais entièrement propre) et surtout, qu’il garantisse l’impartialité de l’Etat en organisant rapidement (je ne dis pas dans la précipitation) et de façon apaisée, le passage de témoin par des élections démocratiques. Pour le reste, c’est l’affaire du prochain gouvernement civil.
J’ai toujours souhaité pour mon pays, une évolution positive et progressive mais pas une révolution progressiste et sanglante.
Dadis en a-t-il la volonté ? J’en doute maintenant ! Perd-il du temps ? Certainement ! Lui reste-t-il encore des atouts ? C’est peu probable !
Pour illustrer le comportement de Dadis, prenons l’image du coiffeur auquel vous demandez de vous raser les moustaches et la barbe, et de vous égaliser les cheveux. Après vous avoir installé dans le fauteuil, le coiffeur, très bavard, se met à vous parler, en sautant du coq à l’âne, de sa vie familiale, de sa décision de changer d’opérateur de téléphonie mobile, etc. Vous êtes obligé de l’écouter, surtout lorsqu’il a commencé à vous raser et que vous ne pouvez plus renoncer à ses services. C’est très barbant !
Dadis est un peu pareil. C’est un coiffeur excité mais peu habile. Il perd trop de temps sur les moustaches et passe aux cheveux, sans avoir fini avec la barbe, qu’il avait pourtant commencé à raser ! En parlant et toujours en parlant !
Pendant ce temps, les fonctionnaires sont-ils payés ? On nous dit que certains prédateurs de l’Etat ont commencé à payer au trésor public, leurs « dettes », même si c’est une broutille par rapport aux sommes dues. Que fait-on de cette récolte inespérée ?
Il est significatif de constater que Dadis est le seul putschiste au monde, à faire l’éloge du chef du système qu’il vient de renverser ! Epoustouflant ! Avait-il un pacte de sang avec Conté ? Si tel est le cas, c’est honorable pour Dadis (respect d’un engagement) mais horrible pour le pays et moralement condamnable.
Les audits de Dadis sont une parodie, comme presque tout ce qu’il fait par ailleurs ! Nous gagnerions en crédibilité et en efficacité, si les audits étaient menés par des cabinets indépendants.
Qu’a à craindre un Mamadou Sylla d’un audit dirigé par un employé de Futurelec ? Pourquoi Dadis ne s’attaque-t-il pas aux gros du narcotrafic ? On veut savoir qui est le parrain (ou la marraine ?) de la drogue en Guinée, car il s’agit d’un crime impardonnable.
Par ailleurs, Dadis doit expliquer comment il a géré et continuerait à gérer, le carburant de l’armée, domaine stratégique et très lucratif. Où étaient-ils, lui et ses frères d’armes, pendant les événements sanglants de juin 2006, janvier et février 2007 ?
Au risque d’agacer certains, nous devons lutter contre l’oubli, en rappelant inlassablement les crimes qui ont été commis en Guinée, depuis la proclamation de son indépendance (le « complot permanent » du satanique Sékou, responsable suprême de notre malheur, suivi sans transition, par le système militaro mafieux de Conté, plus affairiste que tribaliste, responsable de la misère économique et de la détresse morale du pays). On ne veut pas de vengeance, mais tout simplement la justice pour tous.
Au lieu de perdre du temps, Dadis serait bien avisé d’aller à l’essentiel, au lieu de nous rouler dans la poudre à canon. On parle, par exemple, du toilettage de la constitution comme s’il s’agissait d’un travail herculéen. Je suis effaré par ce qu’on lit sur le sujet. En réalité il n’y a pas de mauvaise constitution, le seul problème résidant dans son application. Toutes les constitutions sont bonnes et perfectibles dans la mesure où elles ont en commun l’idée centrale de démocratie. C’est comme les religions : chacune recommande de faire du bien et d’éviter le mal. Si, par exemple, on ne s’était contenté que de lire la constitution de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid, on n’aurait jamais critiqué et combattu ce système criminel et avilissant. Comme aucune constitution n’est « sale », elle n’a pas besoin de grande toilette, une petite ablution suffit. Si sa constitution était respectée, un Etat n’aurait aucun blocage institutionnel insurmontable.
Dans ce cas, que Dadis devrait-il faire ? Etre intelligible dans ses discours et cohérent dans ses actes !
Notre capitaine, encore national et qui souhaite ardemment le rester, au vu de ses dernières déclarations, devrait prendre dès maintenant un décret indiquant les dates des élections (députés et Président de la République) en 2010. Il ne doit pas prendre acte de la volonté de telle ou de telle autre organisation, mais faire un acte administratif clair et précis. Avant de jouer, il faut rappeler les règles du jeu. En clair, celles-ci ne s’édictent pas en cours de match.
Si Dadis veut se succéder à lui-même par un changement de statut (en passant de chef autoproclamé de la junte à Président de la république), qu’il le dise alors ouvertement, car chacun entend ses sous-entendus. Sa dictature ne se prépare pas, elle est déjà prête.
C’est bien dommage car Dadis, victime involontaire du syndrome « Robert Gueï », est entrain de griller de précieux atouts et de discréditer les siens. Il est entré à la Présidence de la République par une porte dérobée, il risque de sortir par les égouts et ne plus revenir. Pourquoi n’imiterait-il pas ATT du Mali, en sortant non pas par la cheminée (on ne lui demande pas de s’évaporer) mais par la grande porte ?
Cependant, rien n’est définitivement perdu et Dadis pourrait encore se ressaisir en favorisant, dans un cadre concerté, l’organisation d’élections crédibles. Bien entendu, et c’est une unanimité qui semble se dégager, il faudrait absolument commencer par les législatives, en veillant à la moralité des candidats à la députation. Nous ne voudrions pas d’une Assemblée de pourris qui décideraient de s’auto amnistier ! Un député pourri n’est pas honorable.
En attendant, notre capitaine devrait procéder rapidement à un remaniement ministériel. Administrativement, Komara est dans un coma irréversible ! Il faut, je l’ai déjà dit, réduire drastiquement le nombre de ministres et en particulier, ceux qui sont en uniforme.
Imaginez l’état d’esprit des négociateurs de la communauté internationale, qui ont en face d’eux, des ministres militaires au sourire crispé et au comportement martial. Notre pays, bien que très militarisé, n’est pas en guerre, et les négociations ne portent pas sur un cessez-le-feu ou le tracé d’une quelconque ligne de démarcation entre belligérants. On y parle plutôt d’élections, de retour à l’ordre constitutionnel, de coopération multilatérale, etc. Nos compatriotes en uniforme devraient donc être moins visibles.
Dans la même lancée, notre capitaine devrait revoir immédiatement la liste de ses conseillers, parmi lesquels se trouvent des compatriotes dont certains sont plus cons que patriotes. Pour ces derniers, une opportunité historique s’étant présentée, il faut manger vite avant de partir. La bonne foi ne suffit pas ; il faut aussi de la compétence.
Il pourrait changer, par exemple, de Doré ! Jean-Marie étant plus gueule que lumière, Dadis devrait écouter davantage les conseils d’un de nos compatriotes, prénommé Ansoumane, brillant économiste à la retraite à Dijon. Cet ancien professeur ne cherche aucun parachute doré après de bons, longs et loyaux services durant sa carrière administrative et universitaire.
Il y a aussi un autre compatriote d’une qualité exceptionnelle : c’est Blaise Chérif, originaire de Nzo, diplomate de haut niveau, ayant une vision nationale de la Guinée, qui ne demande qu’à servir son pays pour le bien de tous.
C’est vraiment aberrant de se priver de ressources humaines innombrables dans tous les domaines : économie et finances (Sidoux Barry), techniques bancaires (Elhadj Fodé Soumah), médecine (Dr Thierno A. Diallo), éducation (Sy Savané de Linsan, Oumar Cissé de Bissikirima), droit (Ibrahima Sory Makanera, Hassatou Baldé, Laafa Sow, Kabinè Keïta), communication (Tass Sylla) etc.
L’Amérique du Nord, l’Afrique subsaharienne y compris la Guinée elle-même, regorgent de cadres guinéens compétents pouvant se révéler très utiles au pays. On peut aider son pays sans être président ou membre de gouvernement.
Notre capitaine, au lieu de succomber au charme d’une « mamaya » piégée, devrait surtout nous protéger de certains vautours qui sont de retour ! La Guinée est devenue un territoire animalier, un zoo mal administré, qu’il est préférable de visiter sans descendre de son véhicule, car des fauves y sont en liberté ! En réalité, c’est une réserve avec des prédateurs de gros calibre. On n’arrive plus, dans ce flou, à distinguer les félins des félons et des filous.
Parmi les carnassiers redoutables du zoo guinéen, il faut se méfier des crocs d’un certain L. Kouyaté, qui avait occupé la primature après avoir enjambé une marre de sang. Je n’ai rien contre l’homme en tant que tel. C’est un citoyen, évidemment pas comme les autres. Depuis qu’il a involontairement quitté le pouvoir, je n’ai pas parlé de lui. Maintenant, il est politiquement de retour et chaque compatriote a le droit de parler de lui et de son épouse, Mme CFA (Condé Fanta d Asnavie). Ce couple, très mobile, même au-delà de la Zone Franc, pourrait vendre notre pays, après l’avoir enlaidi par des monuments qui n’ont de pharaonique que par leurs dimensions grotesques.
L’ONG Asnavie, pompeusement appelée Association Nature et Vie, n’est en réalité qu’un sigle spécialement créé pour détourner des fonds publics, et pouvant signifier : « Affairisme Sournois des Nostalgiques, Assassins, Voleurs, Incompétents et Egoïstes ».
Monsieur L. Kouyaté vient de créer son parti : le PEDN (parti de l’espoir pour le développement national). Vu son âpreté au gain, L. Kouyaté se retrouve de nouveau (et surtout à nouveau) bénéficiaire d’un Permis pour Engloutir les Devises de la Nation et d’un Projet pour Encourager la Délation et le Népotisme !
L. Kouyaté devrait nous dire pour qui il roule ou, plutôt, pour qui il vole (dans tous les sens du terme). Pour se déplacer, tous ses vols sont trop spéciaux pour être honnêtes. Bientôt, ils seront spatiaux avec des « kouyanautes » à n’en plus finir. On parle de « son » Boeing 737 aménagé VIP (Very Insignificant Person or Very Important Problem ?), qui transiterait toujours par Tripoli (pas la ville du Nord Liban mais la capitale de la Libye).
Sans revenir aux méthodes de vérification de biens au temps du PDG, on devrait savoir l’origine des fortunes de certains compatriotes comme Facinet Fofana ( le plus industrieux des prédateurs, dénoncé avec talent par l’infatigable Billo Sy Savané), Diallo Sadakadji, Elhadj Mamadou Sylla et surtout L. Kouyaté ( le plus performant dans l’échelle de la prédation ), car c’est moins difficile de contrôler un Guinéen pourri par le système local, qu’un Guinéen pourri par un étranger, surtout par un colonel « kafiri » !
En effet, quelques mois d’exercice officiel du pouvoir auront permis à cet homme de karité de dégouliner dans tous les rouages de l’administration centrale guinéenne, pour l’adapter à ses intérêts personnels. Après avoir acheté son poste de Premier Ministre par l’entremise de Mme Henriette Conté, L. Kouyaté a fissuré le front syndical pour casser toute revendication salariale et politique.
Plus grave, c’est lui qui aurait changé la domiciliation du compte minier guinéen, le transférant de la Suisse à Monaco, avec l’aval du Gén. Conté (qu’il payait en devises fortes, alors que les autres opérateurs économiques s’empressaient de lui déposer des malles de francs guinéens pour ses dépenses courantes), ainsi que celui, logique, des présidents de l’Assemblée Nationale et de la Cour des Comptes d’alors! Cette opération antinationale aurait permis à L. Kouyaté de se positionner sur le marché flottant des devises (où les intérêts se calculent au jour le jour jusqu’à 18%) et de devenir, au détriment de sa patrie, un des hommes les plus argentés du continent africain ! Un « Mobutu » de nouvelle génération!
Quand on demande un service, il faut frapper à la bonne porte. Ainsi, pour le bien du pays dont il faut préserver l’équilibre écologique, Dadis, en sa qualité de responsable suprême de notre zoo, devrait, en bon vétérinaire, procéder à l’euthanasie politique de certains candidats déclarés à la magistrature suprême. Ce ne serait pas une entorse à la démocratie mais une œuvre de salubrité publique !
Dépourvu de principes, L. Kouyaté demeure un Pdgiste flamboyant qui dispose d’un trésor de guerre et excelle dans l’art de flatter qui que ce soit. C’est la raison pour laquelle cet homme est dangereux et qu’il faut le circonscrire. Qu’on nous dise, par exemple, si le coût de la récente immobilisation de 72 heures de son Boeing 737 sur le tarmac de l’aéroport de Conakry Gbessia n’aurait pas permis d’équiper un hôpital à Kouroussa ! Qui ne serait courroucé par un tel comportement ?
Je demanderais également à notre capitaine d’être plus calme, en gestes comme en paroles. Que Dadis cesse d’humilier qui que ce soit, car l’humiliation est pire qu’une castration chimique. L’humilié apparaît comme un homme mais, en réalité, il est affaibli psychologiquement. Si c’est un militaire, il pourrait avoir la rancune tenace. Dadis ne tue pas par balles, mais il a une arme de destruction massive, celle de l’humiliation. En forgeant, Dadis risque de devenir bûcheron, ce qui n’est pas logique.
Enfin, un petit souci : Dadis dort-il bien ? Il ne devrait pas changer que de Doré, mais aussi d’oreiller. Nous devrions tous nous rassurer sur la santé de celui qui gère notre pays, ou du moins ce qui en reste.
Tout porte à croire que Dadis voudrait s’installer durablement au pouvoir, qu’il semble apprécier après l’avoir goûté. Il s’apprêterait même, à changer non pas d’objectif, à peine voilé, mais de tenue vestimentaire. Bientôt, Dadis ne serait donc plus en treillis kaki, moins à la mode, mais en veste ou boubou. Il se préparerait méthodiquement à être « soviétiquement » élu à la présidence de la république martyre de Guinée. Un troisième dictateur est sur le point de naître. Mais « Moïse » Moussa sera-t-il sauvé du zoo ?
Je vous salue.
Ibrahima Kylé Diallo
Directeur de guineenet.org
partenaire de www.guineeactu.com
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