samedi 6 juin 2009
Yaya Sow, Kader Doumbouya… sur la sellette du CNDD : Un conflit de générations ?
Kader Doumbouya

Pour la première fois depuis la prise du pouvoir par le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement) le 23 décembre 2008, des informations font état de l’arrestation (d’autres parlent même d’enlèvement) du Commandant Kader Doumbouya, ancien Commandant du Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA).

 

Revenu à la vie civile après avoir purgé une peine de dix ans en prison pour sa participation à la mutinerie militaire des 2 et 3 février 1996, le Cdt Doumbouya aurait été enlevé à son domicile la semaine dernière par des hommes en uniforme. Jusque-là, ses proches affirment être sans nouvelle de lui.

L’autre acteur de la mutinerie de 1996 qui se fait des soucis à ce jour, c’est le Commandant Yaya Sow. Cet ancien patron de l’artillerie lourde de l’armée guinéenne a failli tomber dans le traquenard lorsque des gendarmes ont effectué une descente chez lui dans la nuit du 26 mai dernier. Les membres du commando venus cueillir le Cdt Sow sont retournés bredouilles après une fouille systématique de la maison de l’officier qui était absent de sa demeure où son épouse et ses deux enfants auraient passé des instants cauchemardesques avec ces curieux visiteurs.

Depuis l’annonce de ces deux nouvelles, les commentaires vont bon train dans les différents milieux intellectuels. L’intérêt porté à ce qui arrive à ces deux officiers qui vivaient presque dans l’anonymat depuis qu’ils sont sortis de l’univers carcéral est dû sans doute à leur célébrité née de la mutinerie qui a failli emporter le régime de feu général Lansana Conté.

Aujourd’hui, la question qui brûle toutes les lèvres est celle de savoir que reproche-t-on concrètement à ces deux officiers radiés des effectifs de l’armée guinéenne. Ce, d’autant qu’ils ont eu sous leur autorité, à un moment ou à un autre, certains militaires qui tiennent actuellement les rênes du pouvoir du CNDD.

Ainsi, ceux qui s’aventurent aujourd’hui à tenter de donner un début d’explication à l’arrestation (ou enlèvement) effective du Cdt Kader Doumbouya et celle manquée du Cdt Yaya Sow se perdent carrément en conjectures. Pour certains analystes, cette affaire ressemble à s’y méprendre à un conflit de générations.

En effet, les tenants de cet argument estiment qu’il a fallu que la génération Kader Doumbouya, Yaya Sow et autres quittent les rangs pour que les jeunes universitaires qui ont intégré l’armée dans les années 1990 aient voix au chapitre. Il se raconte en effet que le général Lansana Conté qui a été marqué par la mutinerie des 2 et 3 février 1996 avait choisi de se méfier de cette vieille garde de l’armée guinéenne.

Non seulement le ‘’Procès des mutins» qui a permis de juger les auteurs présumés de la tentative de renversement du régime d’alors ont été condamnés à des peines de prison lourdes mais elle a scellé une sorte d’idylle entre le général Conté et les jeunes soldats.

C’est alors qu’on a vu émerger des jeunes loups au sein de l’armée et qui avaient pris un malin plaisir à narguer les officiers supérieurs du haut de leur piédestal. Au point que ces dernières années, le respect de la hiérarchie était presque devenue un vain mot dans l’armée guinéenne.

Il faut rappeler que lors de la mutinerie de 1996, il a fallu que la troupe formât une sorte de camisole de force autour du chef de l’Etat pour faire échec à ce qui avait pris les allures d’une tentative de coup d’Etat dont le temps fort aura été le bombardement du Palais des nations où s’était retranché le général Lansana Conté.

La plupart des jeunes soldats qui avaient adhéré à la mutinerie qui au départ portait sur des revendications salariales avaient fini par fausser compagnie à leurs supérieurs hiérarchiques sauvant ainsi de justesse le régime de l’homme du 3 avril 1984.

La question qui tarabuste aujourd’hui certains observateurs est celle de savoir en quoi les Kader Doumbouya, Yaya Sow et autres constitueraient-ils une menace pour l’équipe du CNDD conduite par le Capitaine Moussa Dadis Camara. Certes, si les susnommés avaient réussi leur coup contre Lansana Conté, le Cpt Camara et ses compagnons auraient eu peu de chances de prendre les rênes du pouvoir des mains de leurs aînés dont les qualités militaires étaient également appréciées dans l’armée.

En attendant des explications officielles de la part des autorités du pays, il est à signaler que cette affaire intervient quelques semaines après les arrestations d’officiers militaires suite aux rumeurs sur une tentative avortée de coup d’Etat contre le Capitaine Moussa Dadis Camara.

 

Talibé Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com 

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Vos commentaires
Bangaly Traore, samedi 6 juin 2009
Nous demandons la liberation sans aucune condition de commandant Kader.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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