samedi 27 septembre 2008
Vous avez dit anniversaire ?
Thierno A. Diallo

Loin de moi l'idée de jouer au rabat-joie. Parce que ma réflexion en découragera involontairement plus d'un. Et me vaudra peut-être son lot de critiques acerbes, ou plus. Normal.

Si notre Etat a presque le même âge que la célèbre cycliste Jeannie Longo (pour ceux qui suivent l'actualité sportive..), il n'en a ni la clairvoyance, ni l'endurance, ni la détermination. Un jour viendra, ou la Guinée indépendante atteindra un âge canonique. Mais au rythme et avec la politique actuels, il n'y aura toujours aucune raison de faire la fête.

Monsieur Kylé, dans une belle contribution, signale une trente sixième lettre d'un intellectuel guinéen. Lettre d’appel à la jeunesse et aux gens d’armes. A la manière des aristocrates britanniques, je dirai que j'ai bien peur que dans vingt cinq ans (soixante quinzième anniversaire), notre courageux compatriote en soit à sa trois cent cinquantième lettre, ou plus, adressée à une vaillante jeunesse. Laquelle sera devenue entre temps une tremblante vieillesse en uniforme, plus armée de Sonotones que de fusils. Défraichie et décatie, assurément. Parce que le fond, dans la misère, on ne l'atteint jamais vraiment, même si on le voit. Comme l'asymptote des mathématiques. C'est apparemment le seul objectif que se sont donnés les puissants de nos deux Républiques, leur différence tenant plus à l'accélération qu'ils donnent à notre chute qu'à la vitesse à laquelle ils nous y conduisent.

Existe-t-il une amnésie collective ? Bonne question (et élégante esquive) serait-on tenté de répondre au Pr Doré, notre véritable "thermomètre social", qui, lui, ne fait heureusement pas dans la langue de bois. Parce que de manière intrinsèque, aucune réponse ne peut être satisfaisante. On peut en donner un faisceau d'arguments, ou toutes sortes d'explications, plus ou moins charpentées, mais ne pas se satisfaire de ce qui frise la désinvolture, l'oubli rapide d'un passé terrible et d'un présent sans issue. Pour certains, il faut rendre hommage aux "pères de l'indépendance". Je pose, comme beaucoup de nos parents paysans et éleveurs, la question simple : était-ce un but ou un moyen, et dans ce cas qu'est-ce qui en a été fait ? De la sincérité de la réponse dépend l'opportunité de sa célébration. J'aurai souhaité une journée nationale de recueillement, et l'usage des fonds collectés à la reconstruction de certaines structures sanitaires en ruine. Ou toute autre proposition constructive.

Je ne vois pas pourquoi le fait que mon pays soit abonné aux dernières places de tous les indicateurs de croissance ou de développement, aux premières pour ce qui est du déni des droits élémentaires de la personne et de trafics en tous genres, me transporterai de joie, anniversaire ou pas. Sachant que le cirque, ou "la mamaya", terme difficilement traduisible dans sa richesse sémantique, a pris une forme que l'épidémiologie qualifierait d'endémique.

Je ne résiste pas à un certain dépit, proche d'une rage intériorisée, pour dire au frère Kylé que moi, le guinéen moyen, je n'ai plus de montre fonctionnelle, c'est-à-dire de mémoire du temps qui passe. Rouillée depuis trop longtemps et au delà de tout espoir de réparation, même aux mains du meilleur horloger Suisse. Idem pour notre boussole, qui a perdu son aiguille, donc le nord, depuis belle lurette. A l'aune de cet aveuglement imposé, l'homo guineensis sera bientôt incapable de distinguer la nuit et le jour, étant devenu par la grâce de nos "dirigeants" un malvoyant progressif, non corrigé, et un jeûneur permanent, avec juste un vestige d'estomac. Bon sportif de toutes les misères, en somme.

Alors, pas de motif de réjouissance ? bien sûr que si, mais autrement. Lorsque je lis les contributions de certains guinéens, de tous âges, ou que je reste à l'écoute des pulsions profondes, venues de l'intérieur du pays, je sens monter en moi une bouffée d'optimisme. C'est cela qui maintient l'espoir, et non les sempiternelles ritournelles, énumérations devenues fatigantes de la richesse "scandaleuse" supposée exister dans notre sous-sol, et censée effacer notre misère comme par un coup de baguette magique.

Thierno A. Diallo, médecin 
pour www.guineactu.com

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Vos commentaires
Thierno A DIALLO, mercredi 1 octobre 2008
D`abord un salut fraternel à tous les compatriotes qui ont bien voulu réfléchir avec moi sur l`opportunité d`une fête pour le cinquantenaire,tous n`ayant pas réagit par écrit .Les avis peuvent diverger,sans conduire à l`affrontement frontal,c`est aussi cela l`apprentissage des règles de la démocratie et du droit.J`ai apprécié la virtuosité sémantique et épistolaire de Tass Sylla, la grande sagesse de notre frère Sy Savané( je souhaite sincèrement qu`il ait raison),en lui assurant que nous restons dans la voie qu`ils nous ont tracés,même si nos avis arrivent à diverger,et les interventions de M. Barry et Diallo. Merci à tous pour cet exercice de responsabilité. Mon mail: thiernoad@hotmail.com
Barry A., dimanche 28 septembre 2008
Juste pour dire à Fodé Tass Sylla qu`il ait surtout le courage de nous dire qu`il sait au fond de lui, qu`il aura sa part de gâteau de milliards de francs glissants. Nous autres, n`avons pas besoin qu`on nous saigne des milliards pour souffler sur 50 bougies "avec des larmes d`amertume et de rage". Pourquoi??? Alors que nous manquons de tout: eau potable, éclairage suffisant ( même les fameuses 50 bougies viendront d`ailleurs), dispensaires ( je ne dis même pas hôpitaux),écoles, routes, ponts, riz, sucre, huile, savons, fruits, legumes...bref de tout dis-je. Que la jeunesse se mobilise pour faire la fête aux fêtards de mauvaus goût.
BALDE MS, dimanche 28 septembre 2008
Pour mon frere Fode Tass Sylla, J`ai remarque dans toutes vos interventions, vous tenez coute que coute a ce qu`on souffle sur 50 bougies....Chose qui n`est pas mal, mais la maniere. Moi je pense qu`il serait inutil de refaire la mamaya qu`on avait l`habitude faire sous PDG,jusque maintenant...Au lieu de jetter des sommes faramineuses pour une seule journee de fete, il serait tres intelligent de la part de vous journaliste de la revolution habitues a couvrir ce genre de Mamaya, de montrer a notre peuple que le parcours de la Guinee les 50 dernieres annees a ete un echec total....Une partie de cet argent pourait servir a equiper ne serait ce que un centre de soins intensifs d`un des nos mourroirs "Hopitaux"...(car il faut vous rappler que meme une ambulance est plus equipee que le plateau de Ignace Deen)...Cette journee pourait nous servir aussi du point culminent a partir duquel on pourait tourner la tete et regarder le chemin parcouru, afin qu`on fasse un diagnostic pour eviter les memes betises dans le futur..... Mais sachant que la RTG pourait gagner sa part dans le buttin je suis persuade que vous ne changerez pas d`avis,c`est pourquoi vous dites qu` "IL FAUT DANSER/CHANTER/BOIRE, MEME AVEC DES LARMES D`AMERTUMES ET DE RAGE" Je vous souhaite HONTEUX 50EM ANNIVERSAIRE,
SY SAVANE, samedi 27 septembre 2008
Thierno DIALLO que je ne connais pas personnellement est l`un de ces jeunes dont je lis les interventions avec gourmandise. Je comprends son dépit. Pourtant, il nous faut continuer la lutte. M. Souaré est l`un des plus grands prédateurs de la Guinée. A mon avis, ce cinquantenaire est une opération financière préparant un gigantesque détournement. Alors tu vois, Dr., tu es obligé de continuer la lutte. Et il n`est pas impossible qu`il y ait une agréable surprise. Elle pourrait peut être venir de "mes jeunes patriotes en uniforme". %Mamadou Billo
Souleymane Diallo, samedi 27 septembre 2008
Lorsque je lis les contributions relatives à cette question, je me souviens avoir écouté une émission sur Africa N°1, il y a quelques années. A la question de savoir s`il faut recolonniser l`Afrique, il y a eu de nombreuses personnes qui ont répondu par l`affirmative. Et figurez-vous que la majorité d`entre eux étaient de ceux qui avaient voté "non" au référendum de 1958 ou leurs enfants: c`est-à-dire des Guinéens. Alors, faut-il fêter notre indépendance?
tutankhamon, samedi 27 septembre 2008
Deja beaucoup d`encres ont coulé a ce sujet meme si la majorité des guinéns prete une sourde oreille et veulent seulement faire la fete.je pense a l`Haitie la premiere republique noire qui malgre ses 200 ans soufre plus que tout autre pays noirs.Alors je pense que 200 ans apres maintenant la Guinée aura les memes problemes de miseres qu`l y`ai une fete ou pas.
Fodé Tass Sylla, samedi 27 septembre 2008
"Motif de réjouissance? Si...!" Heureusement mon frère Thierno. On ne se donnera même plus la peine de regarder notre montre Suisse pour compter le temps. Mais, on est convaincu d`une seule chose: "Même une montre complètement en panne, ses aiguilles bloquées indiqueront l`heure juste, au moins deux fois par jour." Si elle ne court pas vers le temps, le temps viendra à elle. Inéluctablement!!! Et cet espoir seul, nous pousse aujourd`hui à tenir et à souffler les bougies du cinquantenaire. Même avec des larmes d`amertume et de rage!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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