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Eh bien M. Moustapha DIALLO c’est tout à votre honneur d’avoir pris votre temps pour réagir à mes modestes propositions. Dieu sait que je préfère mille fois cette réaction au silence dont nos concitoyens sont accoutumés.
Dans la construction de notre pays, chacun de nous a son point de vue; s’il ne l’exprime pas, il ne pourra jamais la confronter à ceux des autres pour en faire la synthèse. Je sais par ailleurs que tout le monde ne peut pas avoir le même niveau de compréhension; parce que tout le monde n’a pas évolué dans le même contexte social, culturel, émotionnel, …; et, étant donnée la sincérité avec laquelle vous semblez avoir exprimé votre perception de mes idées (mettons de côté la forme ironique consacrée), je me fais le devoir de vous apporter les précisions requises pour vous permettre de suivre le cours de mon raisonnement. Ceci n’est pas pour vous inviter à partager mon point de vue! Je considère que chacun a le droit de se faire ses propres opinions que je respecte toujours même si je ne les partage pas souvent. Donc c’est juste pour que vous compreniez ce que je veux dire par les propos que vous avez mis en exergue.
Non! Je n’ai pas denier le droit de la France et de ses partenaires internationaux d’intervenir dans le processus de sortie de la Guinée de l‘état d’exception dans lequel le CNDD l’a plongée; j’ai juste déploré qu’ils aient épousé une tendance (celle de ceux qui s‘autoproclament “forces vives”) dont l’authenticité de la représentativité du peuple reste à démontrer: nous avons 83 partis enregistrés (à ce jour: 1er Juillet 2009) dont certains n’ont même pas une adresse. En plus, moi je n’ai jamais assisté à un congrès d’un parti en Guinée depuis le retour du multipartisme en 1991; l’avez-vous fait? Alors, ceux-ci peuvent-ils vraiment promouvoir la démocratie en Guinée.
J’ai clarifié par la suite, sous le même texte (espace réservé aux réactions), en précisant que la France et ses partenaires savent mieux que qui conque ce que c’est la démocratie. Donc, s’ils veulent nous accompagner, il faudrait qu’ils amendent les propositions des “forces vives” pour réduire les risques de conflit et augmenter les chances de succès d’une véritable démocratie.
Enfin j’avais précisé dans “Assez de cette flagrante et continuelle propension des officiels français à se substituer à la souveraineté des peuples d’Afrique Noire!”: «Et, si l’expression consacrée par la diplomatie française dans ce communiqué du 16 Juin 2009: «La transition doit être la plus brève possible. La promesse d'organiser les élections d'ici la fin 2009 doit être tenue» ne sert qu’à faire pression sur la junte qui - dans tous les cas - ne semble pas montrer trop de volonté à s’orienter dans cette direction, tant mieux!»
Je suis - par ailleurs - parfaitement d’accord avec vous que «les textes les plus parfaits, non utilisés ou mal utilisés ne peuvent pas construire un État démocratique»; mais, n’en constituent-ils pas la base? Comment peut-on appliquer un texte qui n’existe pas? Donc, commençons par la base (condition nécessaire); et, soyons debout jusqu’à ce que l’application de ces textes entre dans les mœurs (condition suffisante). Ce n’est pas en dix ans que nous allons adopter la mentalité démocratique: il y en a qui sont dans le processus depuis six siècles; mais, leur système est loin d’être parfait!
Moi, je considère que je n’ai pas de parti pris; mon parti, c’est la Guinée (ceci ne veut pas que le votre c‘est autre chose) et l’Afrique noire. Donc, ne me demander pas d’adopter une attitude partisane! J’essaie de dénoncer le comportement qui me semble nuisible au processus de l’avènement d’un État démocratique en Guinée; c’est cela le leitmotiv de mes analyses.
Mais, il se peut aussi que j’exprime mal mes idées: je n’ai pas l’apanage de la clarté dans le maniement des idées! Peut-être que certains de mes propos sont assimilés à tort à une forme de soutient au CNDD. Je ne peux pas démontrer que le CNDD ne tient à rien dans “Les magistrats ont ouvert la voie” (publié ici et que tout le monde a lu) et soutenir une telle aberration! Sans quoi, dès le 22 Janvier 2009 j’avais attiré l’attention de l’opinion sur le jeu du CNDD avec un article titré “L‘engouement des guinéens pour les audits …” dans lequel j’ai posé d’entrée de jeu la question: «Quelle est la légitimité du CNDD pour qu'il s'autorise à se lancer dans de telles aventures au moment où le tissu social guinéen est en lambeaux? N’y a-t-il pas suffisamment à faire pour remettre le pays sur la voie constitutionnelle?» Peut-être que ce site-là ne l’avait pas publié. Mais, il suffit de mettre le titre dans l’espace “rechercher” de Google (par exemple) pour retrouver l‘article sur le web.
Et, je pense que je suis l’un de ceux qui ont dénoncé le plus les dérives du CNDD: “Kidnapping de Moïse Sidibé, journaliste à l‘Indépendant” (05 Juin 2009) que votre site n’a pas publié; “Un citoyen guinéen déclaré ‘personna non grata’ sur une partie du territoire national” (24 Juin 2009) également non publié par votre site préféré. Vous pouvez les lire sur le web; ils ont été largement diffusé. Par contre, je n’ai encore lu aucun communiqué de presse d’un parti politique, d’une association ou d’une congrégation religieuse (à part celui de l‘OGDH pour le cas de Moïse Sidibé) condamnant fermement ces actes dangereux contre la paix civile.
Cela ne m’empêche pas de déplorer le comportement de ceux qui se réclament des “forces vives”: ils veulent jeter le bébé avec l’eau du bain! La volonté de se débarrasser des “militaires” ne doit pas sacrifier l’opportunité que nous avons de bâtir une véritable démocratie.
Pour moi, le CNDD et similaire n’ont aucun avenir à notre époque: c’est dans l’air du temps! S’ils sont encore là après 7 mois, c’est qu’il n’y a pas une force de proposition vigoureuse en face. Exemple: lors de la dernière rencontre (la première à huis clos) que le capitaine a eu avec les “forces vives” au Camp Alpha Yaya Diallo (le samedi 28 Juin 2009), il leur aurait rappelé qu’ils avaient promis de lui proposer un chef pour son comité d’orientation politique et économique (preuve qu‘il est en panne d‘initiatives). Qu’est-ce qu’ils lui auraient répondu: «vous et vos conseillers constituez la seule force d’orientation du pays!» (Sic). Au lieu de rappeler au capitaine que la Guinée a plus besoin d’une commission de révision des lois et de lui en proposer les membres en lui demandant de prendre un acte permettant à cette commission de fonctionner le plus rapidement possible.
Donc, je ne supporte personne, je supporte seulement des principes: des solutions conjoncturelles ne peuvent pas éliminer les problèmes structurels de la Guinée; et ça, jusqu’à présent, personne n’en a fourni la moindre preuve du contraire.
Vous savez, on peut faire tout le processus électoral en moins de trois mois si on a la volonté (et, j‘ai expliqué plusieurs fois comment?). Mais, sans passer par la révision des textes et leur adoption avant d’aller aux élections conduira à une impasse: on aura des institutions sans cadre juridique correspondant à ce que nous voulons. Donc, ceux qui seront là vont faire ce qu’ils veulent (comme toujours); alors que s’il y a le cadre que nous avons choisit, on pourrait les obliger à l’appliquer légalement et légitimement. Je ne pensais pas que c’était aussi difficile à comprendre!
Saifoulaye DIALLO, Guinée Architecte DENA
www.guineeactu.com
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