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Les 16 et 17 novembre dernier, Conakry a été le théâtre de violences électorales sans précédent. Les partisans du candidat malheureux, Cellou Dalein Diallo, qui contestaient les résultats provisoires de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) ont été violemment réprimés par les forces de l’ordre qui patrouillaient dans les quartiers afin d’étouffer les manifestations.
Et les dégâts sont énormes : des morts, de nombreux blessés et de dégâts matériels importants. Parmi ces nombreuses victimes, figure Maître Ibrahima Barry, chef du garage ‘’Barry Bantignel’’, situé à Ratoma dispensaire. Il raconte avec émotion les souvenirs de ces folles journées.
« Dans la journée du 17 novembre 2010, j’étais assis à l’intérieur du garage avec huit autres amis dont un conseiller du quartier. Les portails de la cour étaient rabattus. Pendant que nous causions, j’aperçus sur la route un groupe de militaires qui passaient. Ayant dépassé le garage, ils sont revenus sur leurs pas, se dirigeant vers nous. Je compris tout de suite qu’ils voulaient nous agresser. C’est ainsi que je me levai pour mettre les crochets du portail. C’est là qu’ils ont tiré, la balle a transpercé le portail pour venir se loger dans la paume de ma main gauche. J’eus un doigt brisé par la balle. Et du sang jaillit. Et comme de l’extérieur ils voyaient mes pieds, ils tirèrent deux autres balles qui ont transpercé le bas du portail. Heureusement que celles-ci ne m’ont pas atteint. C’est ainsi que j’eus couru me cacher dans un petit bureau. Ils vinrent défoncer le portail pour rentrer dans la cour. Cinq bérets rouges, quatre pandores, cinq agents de la Fossepel et quelques individus en civil. Soit 17 personnes au total. Ils nous attaquèrent, cassèrent les pare-brises des véhicules, endommagèrent neuf autres, et blessèrent deux de mes amis avec leurs armes.
Les autres réussirent à escalader le mur pour échapper. Ensuite, ils jetèrent du gage lacrymogène dans une concession. Et terminèrent leur sale besogne par arracher des véhicules, trois postes radios, quatre téléphones portables et une moto appartenant au fédéral de l’UFDG de Ratoma. Des objets qu’ils emportèrent. C’est grâce à la croix rouge que nous reçûmes les premiers soins. La Croix rouge nous déposa à Donka, où nous fûmes enregistrés sur un registre avant de recevoir des soins. Mais c’est seulement le lendemain que ma main fut plâtrée. »
A ce jour, cette victime a déjà produit un rapport de cette agression barbare qu’il a déposé au HCR. Il doit déposer le même rapport à l’OGDH et à l’Organisation Internationale des Droits de l’Homme. Et le moment venu, il déposera une plainte auprès d’un tribunal, dit-il, « pour coups et blessures volontaires, tentative d’assassinat, vols à main armée… Mais pour l’instant, il pense que ce n’est pas nécessaire, mais sait seulement que ceux qui les ont agressés étaient à bord d’une camionnette de la brigade mobile N°2 de la gendarmerie de Hamdallaye. Ils n’étaient pas venus avec le véhicule jusqu’au niveau du garage. Ils l’avaient garé au niveau du centre de santé Jean-Paul II. Là également, ils étaient rentrés dans une chaudronnerie appartenant à Korka Diallo. Et les dégâts causés sont importants. Ils ont cassé 12 véhicules dont 8 camions-remorque. Comme on le déplore partout, l’action des militaires guinéens est vraiment belliqueuse. Après le retour au calme, Me Ibrahima Barry dit avoir rencontré un soldat qu’il connait bien, de la Fossepel, lequel lui a dit : « mon beau, je regrette ce qui est arrivé, mais nous ne pouvions rien… », conclut l’une des nombreuses victimes de la répression.
Samory Keita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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