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Suite à l’appel lancé lundi par le vice-président de l’UFDG, Bah Oury aux militants de protester contre la présence de Louncény Camara à la tête de la CENI, l’axe Bellevue - Hamdallaye - Bambéto - Cosa était sous haute tension. Durant les deux journées qui ont suivi l’appel, les militants de l’UFDG ont fortement manifesté pour exiger le départ de Louncény.
Ces manifestations ont vite tourné à de violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Plus de 300 personnes ont été interpellées, 150 motos saisies, de nombreux blessés. Les agents de la FOSSEPEL ont fait appel à la gendarmerie pour mâter les ufdgistes en usant de gaz lacrymogènes et même de balles réelles. Le mercredi, une trentaine de personnes blessées étaient encore hospitalisées. Des personnes innocentes ont été extraites de force de leurs domiciles par les agents qui pillaient tout devant leur passage. Les symboles de l’UFDG avaient été diabolisés. Dans la soirée du lundi, de nombreux jeunes militants n’ont pu rejoindre leur domicile. Certains ont été dépossédés de leurs biens (téléphones portables, appareils de photos numériques, motos, vélos…). Eux-mêmes ont subi des traitements dégradants et inhumains. On a en bref assisté à une véritable chasse à l’homme contre les militants du candidat. Même avec un parti interdit on n’aurait pas agi avec autant de férocité.
Mamadou Aliou Barry est le président de l’Observatoire national des droits de l’homme (ONDH). Selon lui, les événements ont commencé dans l’après-midi du 18 et se sont poursuivis durant toute la journée du 19 en s’intensifiant. « Ce que nous avons observé, c’est la FOSSEPEL (force spéciale de sécurisation du processus électoral) qui a été chargée de faire le maintien de l’ordre et malheureusement, ils étaient équipés d’armes avec des munitions réelles. A l’heure où je vous parle (mercredi, NDLR) il y a au moins une vingtaine de blessés à Donka dont 5 par balles réelles. A Ambroise Paré, il y en a au moins une quinzaine et là les militaires nous ont empêchés de rentrer. On compte actuellement au moins une cinquantaine de blessés. »
Ce qui inquiète les organisations de défense des droits de l’homme, c’est que le maintien de l’ordre ne s’est pas limité à la voie publique. « Les militaires ont pourchassé les manifestants jusque dans leurs maisons. On a été témoins de cela jusque dans les quartiers. A Wanindara et à Cosa, il y a eu même des viols. Certes contre des femmes. On a constaté deux viols dont une est hospitalisée à Donka. » Parlant des arrestations, il précise qu’ « ils sont en train de faire le tour parce que, quand les militaires embarquent les jeunes, ils les envoient dans des destinations différentes aux différents commissariats. A Hamdallaye, il y en a quelques uns. On est en train de faire le tour pour voir le nombre exact. L’OGDH, organisation guinéenne des droits de l’homme avec laquelle on travaille est en train de faire la même estimation. »
Un médecin travaillant à Donka mais qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat donne sa version : selon lui aussi, « il y a des blessés par balles. Pour ce qui est des cas de viols, jusqu’à mardi à minuit, on n’en a pas vu. Je ne peux pas vous confirmer qu’il y a eu des viols. Il y a une femme qui est en grossesse qui a été pourchassée par des policiers et des gendarmes. Elle est à la maternité de Donka. On attend le rapport du chef de service, le Professeur Mamory. Les blessures par balles, on a reçu quand même un jeune homme qui est en chirurgie thoracique au cinquième ; qui lui a reçu une balle dans le thorax. La balle y est restée. Il a été opéré hier, on a extirpé la balle. Pour le moment, on n’a pas les statistiques totales.
Il y a aussi une jeune femme qui a une contusion abdominale, qui a été frappée par des policiers. Elle a fait une rupture de rate. Donc tous ces malades là sont hospitalisés à Donka. Il y en a d’autres qui ont eu des fractures qui sont aussi hospitalisés. Le nombre d’hospitalisés jusqu’à hier (mardi) à 22 heures - parce qu’il en y a eu d’autres qui sont venus par après - il y a une fille qui a reçu la balle dans la cuisse, un autre qui a reçu une balle hier nuit parait-il par un de ses voisins qui était en tenue.
Le nombre des blessés reçus du 18 au 19 octobre est de 32 mais les malades continuent à venir, il y a même des gens qui m’appellent de différents lieux pour me dire qu’ils ont des blessés par balles. Il y en a un dans une clinique à Dar es Salam. Il y a des blessés aussi qui sont détenus dans différents commissariats ou garnisons. »
Bagnan et Alpha Camara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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