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Cette "arrivée de tiercé" n'est qu'alphabétique et non Alpha, etc. !
D’aucuns ont annoncé le tiercé gagnant, ou qui devrait gagner. Notre immense Ansoumane Doré en a fait le pari le premier. Mon frère Billo Sy Savané, qui n’est pas petit, a révélé le choix de son esprit. Il faut les lire. Absolument. Ils ont en quelque sorte anticipé leur vote. Ce que fait tout militant à l’heure d’une campagne qui a déjà commencé, en violation d’une « constitution » qui vient d’être promulguée par décret. En effet cette constitution dit que la campagne débute 30 jours avant. Mais les candidats déjà en campagne, à ce jour en avance de huit jours, ne se sentent peut être pas totalement engagés par les accords de Ouagadougou signés en leur absence ! Accords qui sont pourtant la racine juridique du CNT. Du jamais vu. Sauf à considérer que ces accords sont à prendre comme des plats dans un self-service. Depuis Agamemnon jusqu’à Staline, en passant par César, De Gaulle et Idi Amine, on n’avait vu un décret promulguer une constitution, elle-même élaborée par une « Constituante », notre CNT, également créée par décret signé par... Laissons tomber, nous sommes hors sujet. Hors de l’Histoire.
Le 27 juin la Guinée connaîtra sa première élection démocratique depuis... Depuis quand ?
Depuis jamais ! Et c’est faux, archi faux !
Ou à tout le moins on n’en sait rien.
Voici les approximations scandaleuses qui vont nous mener à un scrutin scandaleux.
Nous serions sur le sol guinéen entre 9 et 12 millions de transitaires, de squatters nationaux sur notre sol soumis à 50 ans de pillage et d’incompétence. Mais laissons là les scandales. Les chiffres. Le dernier recensement a étalé des chiffres faux, qui étaient déjà une razzia dans l’expression démocratique. Quatre millions nous a-t-on annoncé, donc à peu près la moitié de la population estimée au plus bas de l’échelle des estimations. Quand on sait que les Guinéens détenaient un des plus forts taux mondiaux de natalité à la fin des années 50 ou au seuil des années soixante, quand on accepte le constat des démographes qu’une population, quelle que soit le taux de natalité qu’elle connaît, se double tous les vingt ans, il faut estimer qu’à l’heure d’aujourd’hui, au moins 12 millions d’affamés languissent de n’avoir jamais connu la démocratie, et que celle-ci ne sortira pas de ce recensement calamiteux
Oublions les trois à cinq millions de diaspourris qui continuent à pourrir dans la conscience « nationale » des véritables anti-guinéens, qui ont organisé leur exclusion, avec la bénédiction de ceux qui veulent instaurer la démocratie annoncée. Nous revoici devant les chiffres. Après qu’on a repris le recensement des exclus de la transition cinquantenaire, au lieu que les chiffres (56 000) s’accroissent, ils baissent, on en élimine au contraire et nous ne sommes plus que quelque 50 000 recensés.
Il y a pire.
« De source généralement bien informée », la rumeur dit qu’en Guinée, on n’a recensé que 3 000 000 de damnés, au lieu des 4 annoncés. Et les Guinéens étrangers à leur propre destin ne sont que quelque 30 000 recensés. En clair, moins de 30% de Guinéens vont entrer dans l’Etat de droit en élisant le Président après une marche forcée, une chevauchée fantastique partie de la balle de Toumba, après le massacre du 28 Septembre, (je parle du second massacre), les accords de Ouagadougou entre Sékouba Konaté, le Capitaine Dadis, toujours « Président » en titre, sous le témoignage de Blaise Compaoré, et le regard omniprésent et « matter of fact » de nos amis et de nos frères « tout le monde il est beau tout le monde il est black ».
En l’absence des Partis politiques !
Pourtant ces accords nous ont offert un Premier Ministre issu de Nous (qui étions absents, je répète), un CNT issu de Nous, tous promulgués par un Président par intérim non issu de Nous. Cerise sur le gâteau, nous aurons le 27 juin, ou deux semaines plus tard, un Président issu de nos œuvres, de Nous, alors qu’il a été conçu dans le ventre d’un serpent de mer dont la tête était à Rabat et la queue à Ouagadougou. Il y a quelques semaines, je m’étais permis de vous entraîner dans mes divagations à propos de nos origines serpentines. « Nous sommes tous sortis du ventre d’un serpent », que m’avait inspiré le débat entre « Kogna, Ka ? »
Je m’étais trompé, enfin, seulement trompé de perspective. Donc du serpent nous ne sommes pas sortis, ou nous venons d’y retourner, ventre à terre, à la vitesse d’un chronogramme sans cesse bâclé par cinquante ans de dérive de la pensée, accablés d’atrophie cervico-corticale.
La crise de leadership s’est ajoutée à la mal gouvernance, menaçant de la rendre incurable pour les siècles des siècles.
Mais revenons au tiercé de mon frère Ansoumane et au pronostic de Billo, qui n’hésite pas à donner le nom de l’As, après avoir éliminé Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo. Je dis à Billo que ni l’un ni l’autre ne sauraient être disqualifiés au motif que leurs Partis ont une base ethnique. Il eût été plus logique de disqualifier leurs ethnies ! Car enfin les faits sont têtus et la sociologie politique guinéenne et africaine est ainsi faite que nous avons des régions et des ethnies qui se plaquent sur des configurations et des figures politiques, qui "hélas" sont peules malinké, soussous ou kpélé, etc... Il faut bien, même si nous avons vocation à gouverner tous et pour tous, que nous soyons sortis du ventre de quelqu’un et que donc.
C’est comme ça, et nos récriminations même bien justifiées n’arriveront jamais, malgré nos analyses savantes, à faire que le mont Nimba et le mont Kakoulima changent de place. Au risque de procéder par sophisme, ce qui est loin d’être une approche volontaire de mon frère Billo. Réciproquement, ce n’est pas parce que Sidya n’a pas de base ethno-régionale qu’il serait mieux qualifié que les deux autres. Peut-être même qu’il en rêverait et ce rêve s’il était réalité ne viendrait que pour conforter ses compétences que nul ne contesterait.
Enfin si nous en sommes là à déplorer secrètement la dérive en magbana de cette courte transition de 6 mois, il faut en rendre responsables les Forces vives elles-mêmes et au premier chef, les trois premiers du tiercé, c'est-à-dire pour appeler un chat un chat, nos trois cavaliers qui prétendent nous éviter l’Apocalypse : Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré. Ce sont eux qui ont de loin, fabriqué le pont sur lequel roule le convoi de « notre » gouvernement d’union nationale, l’« alakabon » conduit par son Premier, qui d’ailleurs ne roule plus pour ses pères (ou pairs, comme on voudra). Ce n'était là qu'une des exigences populaires des journées sanglantes de Janvier et Février 2007. Car enfin a-t-on oublié tout le reste de ce que le peuple de Guinée a massivement, clairement exigé au prix du sang versé de près de 200 martyrs dont la majorité étaient à la fleur de l’âge ?
Le peuple de Guinée n’a arrêté son insurrection qu’après avoir hurlé, debout comme un seul homme : jamais plus de prédateurs et il faut en finir avec la mal gouvernance. Il n’a jamais dit allons aux élections avec n’importe qui et n’importe comment. Alors « on » a signé les maudits accords tripartites. Qui « on » ? « On, pronom bâtard », nous apprenait-on à l’école, quand on y apprenait encore quelque chose. Et le bâtard est celui dont le père est prétendument inconnu. Tout le monde chuchote son nom, quand passe le maudit, seul à l’ignorer ! Notre conscience molle participe de l’identité de ce ON, cette honteuse (dé)mission pronominale. Celui dont le peuple ne voulait plus a rapidement fait ramasser cet accord, s’est mouché avec et l’a balancé dans les poubelles de l’Histoire, avant d’être lui-même lentement évacué par le Destin. Ceux qui prétendent conduire ce chariot de feu vers l’Etat de droit semblent avoir déjà fait l’impasse sur le sanglant prix payé pour qu’au moins ces accords ne soient pas emportés par la voierie urbaine de Conakry.
On verra ça plus tard. L’urgence, c’est que les militaires partent.
M... !
Il y a une décennie, c’était :
« Il faut d’abord que Conté parte ! »
Conté est parti. Mais qui a « chassé » Conté ?
Re-m... !
Et on ressasse, « le plus urgent c’est que les militaires partent ».
Mais c’est avec, grâce à ces militaires qu’on est entrain de bâcler l’Etat à venir, bâti sur un appareil d’Etat intact. Intact dans ses fondements vermoulus. Ils sont tous là, préfets, gouverneurs, directeurs nationaux, grotos (gros tonneaux), aux panses lestées par 50 ans de rapine, d’incompétence et d’impunité. Mais non, il faut y aller, on verra ça après. D’ailleurs il y a aura des audits. Et les vieux leaders, frappés par la limite d’âge seront recalés.
Faux a tranché le CNT. Les « prédateurs» Cellou, Kassory, etc., le vieux diarra (lion manding) Alpha Condé seront bien candidats et la « constitution » a été torchée exprès pour cela.
Notre misérable petit rôle d’intellectuels ne nous interdit pas d’avoir des convictions et de les clamer haut et fort, quand on estime le moment venu. Mais l’intime conviction ne doit pas se substituer à notre « mission » d’éclaireurs des consciences pour justement donner au citoyen lambda les moyens de se faire une religion, dans l’ultime et fondamental geste de liberté qui consiste à voter.
L’élection du 27 juin était souhaitable, mais elle n’était pas nécessaire à cette date. Elle ne nous mènera certainement pas à cet Etat de droit souhaité par tous. Il est probable que le futur Président soit l’un des trois jockeys de mes frères Ansoumane et Billo. Un Président qui sera comptable de cette marche forcée qui aura bafoué la volonté populaire clairement exprimée lors des journées sanglantes de janvier et février 2007. Je doute qu’un mandat lui suffise pour reprendre les chantiers bâclés et abandonnés par l’ère Dadis, encore moins ceux qui n’avaient pas été au programme des deux républiques qui ont précédé.
S’en souviendra-t-il même ?
Donc voici mon intime conviction. En l’état actuel du droit public guinéen, aussi tordu soit-il, tous les candidats officiellement admis à la candidature méritent respect, au moins à cause du respect que nous devons à ceux qui voteront pour eux.
Wa Salam ! Saïdou Nour Bokoum
PS : aux dernières nouvelles voici les derniers chiffres officiels (provisoirement) :
Résidents : 3 800 000
Guinéens de l’Extérieur : 122 000
Cette légère remontée des chiffres ne change strictement rien à mon propos quant au fond. Il y a seulement moins d’absurdité concernant le recensement des Guinéens de l’Extérieur qui aurait abouti à une baisse, après une reprise. Mais le doublement du chiffre des recensés, de 56 000 à plus de 122 000 demeure totalement insignifiant, scandaleux, puisque nous sommes estimés être entre 3 000 000 et 5 000 000
www.guineeactu.com
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