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Thierno Diallo, fils de feu Diallo Telly a entamé une grève de la faim pour réclamer la restitution des corps des victimes du régime de Sékou Touré. Mais son combat touche toux ceux qui ont été victimes de la répression de l’armée guinéenne durant ces dernières années.
« Je suis traducteur interprète de formation, je suis rentré du Canada en 2002 après 20 ans d’années d’exil en espérant pouvoir retrouver la tombe de mon père et la tombe de 50.000 autres disparus. Malheureusement la plupart de ces morts sont sur des terrains militaires, donc des centres de tir à Sangoya par exemple, le Mont Gangan à Kindia, il nous faut obligatoirement l’autorisation des militaires, il faut qu’ils démilitarisent ces terrains là. Et mon combat depuis 8 ans et demi a été d’obtenir de l’armée qu’on rende aux veuves et aux enfants des disparus et aux survivants du Camp Boiro », explique M. Diallo Thierno que nous rencontré au siège de l’OGDH à Dixinn Bora.
Sur les motifs de cette grève de la faim, il se défend « Je suis en grève de la faim pour amener les autorités militaires à enfin avoir pitié de nos mamans qui ont toutes plus de 80 ans maintenant, avant qu’elles ne décèdent qu’elles puissent elles aussi se rendre sur les tombes de leur maris et prier pour eux. Comme toutes les familles guinéennes ont droit sauf ces familles là, nous voulons pouvoir vivre notre deuil dont nous avons été privé, mon papa a été tué le 1er septembre 1977 depuis çà jusqu’aujourd’hui je ne sais pas où il est enterré ».
Tout en ajoutant : « Vous ne pensez pas que cette colère est suffisante, nous sommes 50.000 familles il n’y a pas que moi ! Moi je ne mène pas ce combat là pour la tombe de mon père mais pour les tombes de toux ceux qui sont morts sous Sékou Touré et étant donné, vous savez l’impunité qui s’est créé, parce que on n’a pas rendu justice à ces 50.000 familles, on nous a mené directement aux évènements du 28 septembre. C’est la même violence militaire. Sékou Touré n’a pas tué quelqu’un avec ses mains, il a utilisé l’armée pour tuer ceux qu’il considérait comme ses ennemis ceux qu’il voulait éliminer, donc nous ce que nous voulons particulièrement toutes les familles de victimes personne… »
Notre interlocuteur de poursuivre « Hier (samedi 27 mars, NDLR) j’ai appelé le colonel Biro Condé qui est un de mes jeunes frères qui a perdu son papa au Camp Boiro et qui travaille avec le gouvernement et je lui ai demandé de prévenir le général Konaté que j’avais entrepris une grève de la faim que je n’avais pas l’intention d’arrêter avant que l’armée ne décrète la démilitarisation des charniers.
C’est à dire les tombes massives dans lesquelles on a plusieurs dizaines de corps et qu’on a enterré en cachette, il sait où sont les tombes, nous nous savons c’est dans les terrains où l’armée faisait ses entraînements militaires, les civils n’ont pas le droit d’y aller. Un gouvernement civil ne peut pas nous dire d’ailleurs d’aller là-bas, il n’y a que l’armée qui peut nous rendre ces endroits là. Au mont Gangan qui est à Kindia vous avez plusieurs dizaines de tombes, c’est-à-dire il n’y a pas une tombe pour une personne, c’est des grands trous dans lesquels on a mis des dizaines de morts. Il y a la famille entière de Sékou Touré, Ismael Touré, Kéïta Mamadi, son gouvernement tout le monde est dans une tombe, qu’on nous rende nos morts et qu’on rende à ces gens là leurs morts ».
Sur son état après avoir observé une grève de la faim pendant 6 jours, il précise « J’ai commencé lundi.
Je ne souhaite à personne d’être en grève de la faim, les conséquences médicales sont extrêmement graves, je ne suis qu’au sixième jour mais vraiment pour arriver ici aujourd’hui, monter les trois étages de l’OGDH je vous jure que ça n’a pas été facile. Quand j’avais ma parfaite santé, je faisais 80 kilos. Ça ne fait même pas encore une semaine et j’ai déjà perdu plus de cinq kilos, donc c’est pénible, je ne souhaite ça à personne mais il faut que quelqu’un ait le courage de montrer aux autorités militaires qu’il est prêt à mettre en péril sa vie pour régler ce problème là. On dit que la Guinée est une famille. Comment la Guinée peut être une famille avec un minimum de 50.000 cadavres cachés ?
Sur la question de savoir pour combien de jours il comptait encore poursuivre sa grève de la faim, il répond « J’attends que le général Konaté me demande de venir le voir ou l’annonce. Je n’ai pas besoin qu’il vienne me voir, qu’il dise simplement qu’il nous rend nos morts, que le pays ait pitié de toutes ces familles là, des victimes du 28 septembre jusqu’aux victimes de Sékou Touré ; c’est pour nous tous le même malheur, quand on vole un mort on a volé un mort, personne ne nous croyait jusqu’au moment où il y a eu les évènements du 28 septembre qui étaient filmés, tout le monde sait maintenant que l’armée guinéenne vole des corps, il est temps que ça cesse, je suis d’accord avec tout ce que j’ai entendu dire le général Konaté jusqu’à présent, que ce soit en Guinée où à l’étranger, il lui reste un grave problème que lui seul peut régler.
C’est la restitution des tombes aux familles, la restitution des biens des gens que Sékou Touré a volés, tous ceux qui ont des documents, des papiers, des preuves que justice leur soit rendue, pour qu’enfin tous les guinéens puissent dire, je suis chez moi et on me respecte en tant que Guinéen.
Djibril Bah Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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