samedi 24 janvier 2009
Veulent-ils voter à notre place ?
Jacques Kourouma

Lansana Conté n’est plus des nôtres. Le kilométrique gouvernement de Souaré est tombé dans le même sillage. Il y a un mois que tout cela s’est produit à la faveur de la prise du pouvoir par la frange Républicaine de nos forces armées nationales. Le 23 décembre 2008, de jeunes patriotes militaires sont sortis du côté du camp Alpha Diallo et ont éteint la démesurée ambition de l’ancien milicien zélateur Aboubacar Somparé.

Désormais, ils ont le pouvoir et sont gardiens de la conduite du destin guinéen, et nous avec eux. En récupérant ce pouvoir, au nez et à la barbe des claniques groupuscules et du très mauvais calculateur Somparé Aboubacar, le chemin des nouvelles autorités sera pendant longtemps semé d’embûches que seuls la lucidité, la clairvoyance, la justice et le patriotisme aideront à surmonter.

Sur le chantier de la construction de la nouvelle nation que les Guinéens veulent réelle, vivante et progressive, il y aura des pièges à éviter, des obstacles à contourner si l’on ne peut les surmonter pour ne pas perdre du temps. Alors que cette marche se fasse avec tous les Guinéens ! Le travail est gigantesque et exige la mobilisation de tous !

Depuis un mois, l’expression du patriotisme de certains compatriotes triomphent de mensonges, de nauséabonds propos, de discours éhontés parce que ne reflétant pas la réalité vécue sur le terrain par nos concitoyens.

Pendant que nous suivons à la lumière la plus vive, notre marche avec le CNDD et son gouvernement, les critiques les plus saugrenues et saupoudrées de jactance envahissent certains sites. Pour et dans quel but ? N’appelions-nous pas majoritairement l’armée à prendre le pouvoir ?

En d’autres temps passés, il était accordé un état de grâce au pouvoir. Cette fois, tout l’air est le contraire. Ainsi tombons-nous, et petit à petit, dans la précipitation qui appelle l’improvisation. Je dis attention aux dangers qui pourraient découler d’une telle approximative vue des choses !

Certes, l’aspiration du commun des Guinéens est de voir le pays se transformer, tel sous le coup d’une baguette magique, en celui de nos rêves. Mais comment cela se produirait-il dans la mesure où l’édification d’une société, comme nous la réclamons et exigeons, c’est-à-dire fondée sur la justice sociale, la paix, le bonheur et le travail ennoblissant, ne se réaliserait que lorsque chaque citoyen en prend conscience ? Sommes-nous actuellement inscrits dans cette démarche ? N’y a-t-il trop de superficielles analyses déjà négatives qui dénotent la vraie fausse lecture des quelques pas esquissés par les nouvelles autorités guinéennes ? La mise à la retraite de faucons de l’armée ne nous parle-t-elle pas ? Les audits en cours n’ont-ils pas été réclamés par la majorité des Guinéens ? La paisible vie devenant le quotidien du citoyen n’est-elle pas à encourager ?

J’ai appris que les assassinats nocturnes, les attaques qui étaient opérées par des voyous, les incendies volontaires ou non, l’insécurité qui prospéraient et autres banditisme deviennent choses rares aujourd’hui à Conakry au bout d’un mois.

J’ai entendu que la plupart des prébendiers de la République ne dorment plus que d’un œil ou ont les nuits courtes. On me raconte qu’hier les populations ont dansé parce que ceux qui sont souvent cités comme la cause de leur malheur, ont été convoqués pour rendre compte.

J’observe, et à l’inverse des esprits revanchards et autres éternels insatisfaits, qu’aucun Guinéen, (à l’exception des prédateurs)  n’est jusqu’à présent inquiété.

Dans le paysage guinéen pourri depuis cinquante ans, tous ces propos et faits ne sont-ils pas annonciateurs d’un renouveau auquel nous devons nous attacher et l’alimenter afin d’arrimer la Guinée au progrès ?

Oui, le Guinéen peut s’impatienter, car dit-on, lorsqu’un enfant a froid, il réclame le seul pagne de sa mère pour se couvrir. Cependant, ne devrions-nous pas raison garder !

Le Guinéen veut vivre un jour nouveau et différent du passé funeste parce que la marche douloureuse a été longue. Ce n’est pas en organisant des fantasias sur des sites, cet espace virtuel, que nous y parviendrons et réussirons à passer la vitesse souhaitée. Ceux qui tombent en syncope risquent le coma, s’ils ne se relèvent pas rapidement, parce que la construction d’une nation solide, prospère et protectrice de ses citoyens ne se réalise pas en un jour ou un mois, surtout dans un pays en ruine comme celui que nous avons hérité de cinquante années de régressions meurtrières. Encore, si elles n’avaient pas été organisées et savamment entretenues par des individus au projet criminel, qui n’ont pas encore désarmé !

C’est pourquoi, il faut retenir que « l’eau ne change son état naturel que lorsqu’on y ajoute un corps étranger ». Soyons ce corps étranger pour éradiquer les habitudes criminogènes qui ont constitué le nid et le lit aux voleurs de la République de Guinée.

Je l’ai déjà écrit, mais il faut le répéter comme le menuisier qui doit donner plusieurs coups de marteau sur le clou pour donner de la solidité et de la résistance à son œuvre (table, banc ou chaise…) : il faut que chaque Guinéen accepte de se convertir au sens religieux du thème et dans la vie quotidienne. Il s’agit de s’élever au-dessus des absurdes condamnations, avant même que les actes ne soient posés pour être jugés. Il faut dépasser les attaches pour produire la nouvelle Guinée, pour laquelle nous n’arrivons pas à compter les héros.

J’avais écrit que le parcours politique n’est jamais linéaire. Ce n’est pas non plus avec le tranchant du couteau que l’on résoudra les questions sociétales.

C’est ensemble, dans l’abnégation dans l’œuvre de construction nationale, la culture de la confiance mutuelle, le respect ou le pardon de l’autre et l’acceptation parfois de ses aberrations ou idioties, que naîtra la nation guinéenne. Personne, personne, dis-je, ne viendra l’accomplir à notre place !

En revanche, la condamnation, d’emblée de l’autre, produit de la résistance de celui-ci. S’il ne parvient pas à être visité par le patriotisme, il peut sombrer dans le repli qui fait pousser la racine de la tyrannie à certains tenants de pouvoir.

Depuis un mois, l’impression est donnée que les organismes internationaux veulent voter, en lieu et place, des Guinéens qui, eux, savent que les conditions minimales ne sont pas réunies pour des joutes électorales crédibles, transparentes, dont les résultats pourraient être démocratiques. Les voilà, tous condamnant le nouveau pouvoir de Conakry, mais incapables d’une clarté dans leur réelle volonté ou intention. En cela, tous les patriotes devraient s’interroger sur ce que couvre d’équivoque et même de suspect leur positionnement.

Ce qui est déplorable, voire cynique, c’est de constater que des opposants politiques guinéens sont incapables de dire, aux très intéressés démocrates du monde, l’état réel de la société guinéenne. Celle-ci doit être ravivée par la mise en place des instruments nécessairement importants à un pays pour qu’il soit considéré Etat et devenir Nation.

Il manque à mon pays les instruments juridiques pour organiser des élections. Il manque à la Guinée le cadre politique, parce que depuis le 23 décembre 2008, les partis politiques sont suspendus. Qu’ils ne le seraient pas, il faudra un recensement crédible accepté par tous. En l’état actuel, personne n’est en mesure d’avancer le nombre d’électeurs, ni réels, ni potentiels.

Mieux, il reste en suspens des questions cruciales comme la participation des Expatriés guinéens ou non, à l’accomplissement du devoir civique. Mais visiblement cette frange de la population constitue la peur de ceux qui veulent, de nouveau torpiller notre évolution. Ne nous laissons pas usurper notre pouvoir, cette fois-ci !

Nous n’avons pas besoin que notre prochain rendez-vous l’histoire soit bâclé ou raté ! Quel serait le background aux menaces et autres condamnations dont les auteurs ont été des sourds et muets pendant 24 ans longues années de misères et divers crimes?

Nous voulons que le soleil de la rupture et de la vérité, qui se lève lentement, mais sûrement et solidement dans le ciel guinéen, apporte les doux fruits de la liberté dans la vraie dignité. Puisse-t-il nous aider à savoir ce qui gonfle ces organisations, au point d’oser déconsidérer la volonté des Guinéens, en voulant leur imposer des élections au lieu de panser la béante plaie économique ! Puisque telle est leur décision, opposons-leur notre ferme refus ! 

Nous voulons l’assainissement économique et politique avant de pseudo élections démocratiques annoncées. D’ailleurs, la démocratie n’est-elle pas définie comme le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple ? Pourquoi l’obliger à des élections qu’il ne souhaite pas dans le contexte actuel de son évolution ?

Jacques KOUROUMA
pour www.guineeactu.com

Paris, le 22 janvier 2009

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Vos commentaires
fofana, mercredi 28 janvier 2009
merçi pour ton article qui nous ouvrent les yeux elle changera la guinée mais comment convaincre ces hommes malhonnête pour qu`il arrêt de mettre en péril notre pays
MAMADOU SAIDOU DIALLO,Londres, dimanche 25 janvier 2009
Those who corrupt the public mind are worst than those who steal from the public purse!!!
Bangaly Traore, samedi 24 janvier 2009
Merci mon frere.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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