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La question qui se pose actuellement, c’est de savoir qui dirige la Guinée. Où va-t-on dans ce pays ? Qui est qui ? Qui fait quoi ? Pour qui ? Pour quoi ? Jusqu’à quand ? Questions simples, mais réponses complexes tant la situation politique de la Guinée semble être ambivalente. Cependant, la référence à l’histoire de certains pays africains pourrait servir de début de réponse. La Guinée offre un scénario comparable à celui du Zaïre, l’actuel République du Congo, à la fin de règne du Président Mobutu. Les crises successives qui secouaient le pays avaient conduit à la nomination d’un premier ministre : Etienne Tshisekedi en août 1992. Celui-ci avait pour mission de redresser économiquement le pays et d’y instaurer un climat politique pouvant conduire à des élections démocratiques et transparentes. Exactement, le rôle confié au Premier Ministre Lansana Kouyaté au lendemain des événements de janvier et février 2007. Le résultat fut comparable à ce que nous connaissons actuellement en Guinée. M. Kouyaté sur la voie de Tshisekedi M. Tshisekedi, loin se préoccuper de la Feuille de Route que lui avaient confiée les institutions zaïroises, s’est adonné à travailler son image, à s’opposer à M. Mobutu et à se montrer comme un président bis. Tout cela, en misant sur la mort annoncée du Président qui était malade et discrédité sur le plan international. Naturellement, il oublia l’essentiel : qu’il a été désigné et nommé par décret. Qu’il n’est donc pas le Chef de l’Etat ; surtout, maladie ne signifie pas forcément mort. M. Kouyaté est exactement sur la même voie de Tshisekedi. L’affaire Chantal Cole n’est pas la première qui montre le positionnement de M. Kouyaté contre le président Conté et les institutions républicaines. Il faut préciser que l’expulsion de Chantal tient avant tout de la guéguerre ethnocentrique de M. Kouyaté. Ce dernier, voudrait tout simplement que cette métisse originaire de la Basse- Côte, d’un père bien connu de certains Guinéens, prenne fait et cause pour lui. Ce qu’il n’a pas obtenu et l’aurait, à plus d’un titre, offusqué, lui et ses colistiers. Il n’aurait pas compris pourquoi cette fille a pris part, publiquement, politiquement et financièrement pour les soussous en la personne du Président Conté. Mais aussi de Fodé Bangoura. Le refus de Chantal Cole de l’appuyer, pense-t-il, l’expose et hypothèque ses projets politiques. Que Madame Cole ait un autre allié et beau-frère, un certain M. Sacko, pour ne pas le nommer, à la Présidence, a fait perdre patience à M. Kouyaté et son ministre de l’expulsion. Aurait-il confié quelque secret que ce soit à dame Cole, celui qui a troqué la Kora (s’il l’eût apprise) contre le pouvoir n’en pouvait plus tenir. Cela se comprend. Il fallait faire vite car il venait d’avoir sur un plateau d’argent ce qu’il attendait : un faux pas ! Vite avisé par son cousin, du soi-disant dérapage politique et verbal de Chantal Cole, M. Kouyaté ordonne l’expulsion sans en référer à personne. Surtout pas au père adoptif, qui, la baraka aidant, se battait contre une nième grippe ou paludisme. La Guinéenne est éconduite vers son pays d’asile, car la France ne semble être qu’une patrie d’exil pour la présidente d’Areba-Guinée. Cependant, nul n’autorise, sur la base de critères personnels de prendre une décision aussi grave : l’expulsion sans cadre juridique de quelqu’un. Qu’il s’agisse d’une certaine Chantal Cole ou d’un autre citoyen m’importe très peu ! C’est plus la fibre ethnocentrique que patriotique qui motive l’action de MM Kouyaté et Kéïta. Un ralliement à leur cause leur facilitant la voie du pouvoir n’aurait pas conduit Mme Cole hors des frontières. Mais, cette expulsion est symbolique. Politiquement, elle mérite une tout autre lecture. Un affront au Président Conté, un test de positionnement stratégique Aux yeux du Premier Ministre, le Président Conté a gagné une bataille politique et idéologique en limogeant M. Justin Morel Junior et en nommant MM. Issa Condé à l’Information, Tibou Kamara au Conseil National de la Communication et le Préfet de Kindia. Il fallait réagir au risque de faire croire à la défaite. Taper fort, où cela fait mal, était la seule solution. Apparemment, MM. Kouyaté et Kéïta attendaient l’occasion et il ne fallait pas la rater. Expulser Chantal Cole est aussi symbolique pour le duo Kouyaté / Kéïta que mettre aux arrêts Ousmane Conté, l’aîné du Président. Répondre au Président, qu’ils donnent mourrant, serait cette fois-ci, non seulement approprié, mais aussi sans risque. Du moins, pensaient- ils. Les mouches ne rôdent-elles pas sur la crinière, une fois le lion à l’agonie ? Bon et mauvais calcul à la fois. C’est selon ! Le Président Conté réagit et sauve son pouvoir et la Guinée ou il ne fait rien, alors il aura signé sa mort politique et physique Je disais, un calcul à double tranchant. Si l’acte posé par M. Kouyaté, qui semble se préparer pour le pouvoir suprême, laisse le président indifférent, la cause est entendue. Tout le monde n’aura qu’à dire : M. Kouyaté a le pouvoir. Qu’il est le président et qu’il ne reste plus son intronisation officielle. Seulement qui, en Guinée, dans la situation que vivent les populations va se résoudre à une telle hypothèse ? Quel est le Guinéen qui ne souhaite pas aujourd’hui le départ de M. Kouyaté de son poste de premier ministre ? Sûrement, ce ne sont pas les populations guinéennes qui traversent une période plus désespérante que sous l’ère du PDG. Mais, il semblerait qu’il y en a toujours qui appelleraient à une grève le 31 mars 2008 pour sauver le Premier Ministre. Peut-être cette catégorie de personnes révisera, elle aussi, son point de vue avant terme. Le Président Conté réagit et rétablit la justice en abrogeant l’arrêté d’expulsion de Chantal Cole. Il saisit par la même occasion les institutions républicaines pour constater l’abus de pouvoir dont ont fait preuve le Premier Ministre et le Ministre de l’Intérieur. Dans ce cas, et seulement après, s’ensuivra ce que dit la loi. Rétablir la victime dans ses droits. Mais, également faire prévaloir la suprématie du Président sur le premier Ministre quel qu’il soit : Kouyaté et le prochain. Si prochain premier ministre, il y a. Dans tous les cas, il faudrait, si toutefois M. Conté dispose encore de quelques ressources physiques et morales, qu’il mette fin à la guerre qui l’oppose à M. Kouyaté. Plusieurs raisons plaident en faveur de cela. Eviter le point de non-retour à la Guinée Il est clair aux yeux de tous les Guinéens que M. Kouyaté ne se comporte pas en Premier Ministre. Il se croit être le président. Les preuves ne manquent pas. Ses voyages interminables dans des pays qui inspirent le frisson. Sa mégalomanie qui consiste à distribuer partout où il passe, en Guinée comme à l’étranger, des billets de banque. La place de Première Dame qu’il a donnée à sa femme qui se montre de plus en plus comme l’homme qui dirige le pays. Il est un fait, Madame Kouyaté a pris la place des ministres, y compris celle du cher cousin. Penser que ce dernier reste au pays pour jouer son rôle de super-flic est très peu probable. Combien de voyages, M. Kouyaté a-t-il faits sans un seul de ses ministres ? Pourtant, son avion, à ce qu’il paraît, est toujours plein. Le premier voyage officiel à Paris, en 2007, en dit long : l’avion était bondé de nos plus belles gazelles. Celles-ci auraient été triées sur le volet dans toutes nos régions naturelles. Rétablir la paix et l’autorité de l’Etat Plus d’un observateur pense que si le Président Conté veut faire revenir la paix en Guinée, il est grand temps qu’il agisse. La politique de l’affrontement (frontal) choisi par le Premier Ministre expose la Guinée à la guerre civile. A ce rythme, l’éclatement du pays est inévitable. Si le président ne réagissait pas, cela signifierait, d’aucun le pensent, qu’il prendrait sa revanche sur le pays. Lui avoir imposé un Premier Ministre en 2007 lui aurait laissé un goût très amer et justifierait qu’il ne fasse rien encore. Si tel était le cas, ce serait prendre une grande part de responsabilité dans l’implosion du pays. En outre, nul n’ignore que certaines personnes sont tellement obnubilées par le pouvoir qu’elles croient que tous les Guinéens sont leurs subordonnés ; leurs valets indignes de gouverner. Elles ne pensent pas moins que la Guinée est leur propriété privée. Elles ne craignent pas non plus que le pays devienne le Zaïre, le Liberia, la Côte-d’Ivoire ou la Sierra- Léone. Elles ne voient pas que la majorité des Guinéens rêve à la paix, l’unité, la démocratie et à la fin de l’ethnocentrisme. Enfin, il est évident qu’à l’allure où vont les choses, la fin politique de l’un des Lansana n’est qu’une question de temps. L’emportera celui qui le croit ? Lamarana Petty Diallo, Professeur de Lettres - Histoire, France, pour www.guineeactu.com
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