jeudi 14 août 2008
Vers une réconciliation nationale en Guinée : nouvelles initiatives et enjeux majeurs pour une unité recouvrée
Lamarana Petty Diallo

Je n’ai nullement l’intention de faire l’histoire de la construction des nations et des Etats africains. Je rappelle, tout simplement, qu’en Afrique, les Etats ont hérité des frontières tracées par les puissances colonisatrices. La nation s’est construite autour du principe d’intangibilité de ces frontières. Autrement dit, pour éviter des conflits entre les nouveaux Etats du jeune continent, les leaders des différents partis et mouvements politiques ont opté pour le maintien du statuquo. Ainsi, chaque colonie sera érigée en République ou en Royaume. Les exceptions ont souvent généré des conflits. Les cas de Polisario.

L’histoire des Etats et nations africains a cela de particulier qu’elle s’est édifiée sur la disparition et, paradoxalement, sur le maintien des tracés territoriaux hérités du passé colonial. Ainsi, en Afrique, ce n’est pas l’Etat national qui a construit la nation. Cette dernière est antérieure à l’idée d’organisation politique et administrative de territoire. C’est-à-dire, l’Etat. Donc, la délimitation des frontières n’est pas le fait des nouveaux pouvoirs qui ont choisi d’entériner les contours territoriaux. Nul n’en disconviendrait que cela était un impératif pour la stabilité politique et l’unité nationale.

Cependant, rares sont les nations africaines qui n’ont pas été marquées par des divergences internes qui sont elles-mêmes liées à la manière d’administrer la cité. Des replis communautaires, des concentrations du pouvoir entre les mains d’une minorité au détriment de la majorité, des scissions politiques, parfois idéologiques ont vite enterré les idéaux de départ. Très tôt, ces aléas de la gouvernance ont commencé au lendemain des indépendances. Même si elle a ses particularités, la Guinée n’est pas l’exception. De complot en complot, la Révolution a englouti les adversaires d’hier et les amis du lendemain. Le plus souvent, bourreaux et victimes se sont retrouvés, un jour ou un autre, dans la même nasse. Mais, les premiers n’ont pas pu (ou voulu) demander pardon. Du coup, les seconds n’ont pas pu (ou eu l’occasion de) pardonner. Depuis, la parole interdite, le mutisme des rescapés, le silence coupable (ou involontaire) et la hantise des représailles ont dressé un mur entre les gens. Par la force des choses, les Guinéens se sont enfermés dans une méfiance et un mépris qui ne disent pas leur nom. Les années post-PDG n’ont pas permis plus de dialogue.

Les événements de janvier et de février 2007 ont ouvert une nouvelle page de l’histoire guinéenne. Le contester serait mal avisé ! Le temps semble jouer en faveur du dialogue tant attendu. En tout cas, pour la première fois, une institution porte clairement l’appellation « Réconciliation ». Les médias en parlent ouvertement. Les initiatives sont prises et les enjeux paraissent être bien définis.

La tenue des « Journées nationales de la concertation et/ou du dialogue » les 12, 13 et 14 août 2008, après une longue période de consultation des citoyens, est un bon signe. Comme telle, cette initiative qui entend réunir toutes les forces vives de la nation : partis politiques, syndicats, corps d’armée, institutions religieuses, société civile, pouvoir législatif, Conseil Economique et Social, coordinations régionales, j’en passe, doit être saluée et soutenue ! Il est à parier que les médias publiques et privées, le Ministère de l’Information et des Nouvelles Technologies consacreront à l’événement la primeur qu’il mérite. Les jalons du pardon, de la reconnaissance des torts et de la réhabilitation des victimes pourraient être posés en ce mois d’août 2008. En tout cas, beaucoup de facteurs indiquent que le Ministre de la Réconciliation Nationale s’y atèle ; que les Guinéens et les médias ne sont pas indifférents.

L’opportunité est là. A portée de mains. Néanmoins, les Guinéens que nous sommes, nous devons faire un effort considérable afin de tuer en nous ce penchant qui tend à opposer tout le monde à tout le monde ; à voir en l’autre, dans l’ethnie (il faut dire les mots comme tels) l’adversaire. Si ce n’est l’ennemi. Nous devrions prendre conscience que tous les partis et mouvements politiques (au pouvoir ou dans l’Opposition) portent des appellations, substantifs ou adjectifs d’ « Unité ; Union, Rassemblement, Progrès etc. » Il n’y a, dans aucune dénomination, de quelque parti politique que ce soit, de signes ou facteurs de division. Aucune ne mentionne une origine régionale, ethnique ou religieuse. Il n’ y a pas de parti de Haute-Guinée, pas plus foutanien, côtier ou forestier ! C’est, entre nous que division, esprit ethnocentrique et autres relents du passé sont latents ou manifestes !

Il n’y a qu’à parcourir le web, j’y reviens ! Pour voir le décalage et l’anachronisme de bon nombre de nos concitoyens qui donnent l’impression de vivre ont encore dans la Guinée des « années 60 ou 90 ». Ceux-là portent encore sur notre pays un regard empreint d’une certaine mentalité passéiste. De ce fait, toute nomination à quelque poste que ce soit, de quelque cadre dont il puisse s’agir est l’objet de supputations, d’expression d’état d’âme, de propension à trouver en l’autre l’incarnation de tel ou tel défaut.

Un seul exemple pour illustrer le propos. La nomination de M. Kéira au poste de Secrétaire d’Etat à la Présidence a suscité l’extase chez les uns : ceux-là qui voient le leur revenir au- devant de la scène. Chez d’autres, c’est la dénonciation du retour d’un personnage qui serait le frein du changement et un adversaire à M. Souaré, Premier Ministre. Tout cela, pour ajouter un peu plus à l’ingouvernabilité de la Guinée. C’est comme si M. Kéira était au- dessus de son Premier Ministre ; que ce dernier serait incapable de réaction ou de choix face à une hypothétique obstruction de son Secrétaire d’Etat. Je laisse de côté les questions liées à la violation de la Feuille de Route qui serait actuellement, on ne sait, dans quel tiroir et par la faute de qui ? Si les expériences du passé inspirent crainte, nul n’a intérêt que le gouvernement actuel échoue ! M. Kéira ne serait, certainement pas, moins avisé qu’un autre.

Je veux tout simplement dire, vouloir ignorer la capacité des Guinéens à réagir quand ils jugent cela nécessaire relève d’une profonde méconnaissance du pays.

Les événements de l’année dernière ont tourné une page de l’histoire guinéenne. La marche sera de l’avant. Il nous revient de lire le sens de l’Histoire et d’éviter d’aller à contre-courant. Cela est un impératif national. Les enjeux sont la sauvegarde de ce que nous avons de commun, c’est-à-dire, la nation au sens où celle-ci implique « un ensemble de personnes vivant dans un même territoire, ayant une communauté d'origine, d'histoire, de culture, de traditions, parfois de langue et constituant une communauté politique. » Ces critères qui définissent la nation devraient, encore plus, aiguiser en nous le sentiment que ce qui nous unit est infiniment plus grand que ce qui nous différencie. Par conséquent, nous devons savoir que la nation guinéenne, la nôtre, et dont nous nous réclamons tous est sacrée.

A l’orée de la réconciliation qui s’annonce, toutes les Guinéennes et tous les Guinéens devraient apporter leur part de contribution : le paysan comme le cadre, l’ouvrier, la femme au foyer, l’enseignant, le politique, le commerçant, etc. Le prix de la réconciliation est entre les mains de chacun et de tous.

Si on n’ouvrait pas la page de l’histoire guinéenne pour la lire sans passion ni arrière- pensée afin d’en déceler les parts d’ombre et de lumière, l’avènement d’une cohésion nationale durable restera longtemps hypothétique !

Soutenir les initiatives de dialogue pour les futures assises : Conférence Nationale, Commission Vérité et Réconciliation (c’est selon la dénomination retenue) est un devoir patriotique. Nous devons, du politique aux médias ; de l’intérieur et de l’extérieur, apporter notre pierre à la nouvelle voie pour une Guinée qui recouvre son unité. Une Guinée qui pardonne sans oublier et qui se réconcilie sans rancœur ni amertume 

En ce moment, et en ce moment seul, nous chanterons en chœur la fin de la division, l’effacement de l’ethnie au profit de la nation. Alors, la Guinée d’hier et d’aujourd’hui auront préparé le levain de celle de demain. Les générations à venir n’auront plus qu’à nous rendre hommage pour le legs d’unité et les sacrifices consentis.

Elles reprendront après nous, vive la Guinée une et indivisible !         

Lamarana Petty Diallo
pour
www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Bah Boubacar,16 aout 2008, samedi 16 août 2008
Merci,Mr Diallo et j`apprecie tres sincerement votre analyse,une fois encore merci et bon courage.Vous me permetrer de souligner quelques problemes que nous guineens sommes confrontes et peut etre proposer quelques solutions.Tous les guineens sont peut etre unaniment qu`il ya certe de divisions entre nous mais ces divisions emanent des alphabetises que certains pourrons appeles intelectuels de la guinee.Pour moi ils sont les premiers responsables de notre echec.Qui dirige la guinee depuis l`independance? c`est eux.Regarder dans nos ecoles il n`ya aucune division entre les eleves,les etudiants et les professeurs n`enseignent jamais la haine ethnique aux eleves,etudiants.Les problemes c`est les politiques,l`administration et pas les populations dans les quartiers,les villages qui vivent en harmonie,en paix avec respects mutuels.les differentes ethnies se marient et font des enfants sans haine,sans aucun probleme.Une concertation ou dialogue entre nous c`est quelque chose de tres important mais il faudrait que tous les dirigents a tous les niveaux s`impliquent tres activement mais nous voyons tous que le Prsisident de la Republique et son groupe n`accordent aucune importance a ces concertations ou dialogues.Et rappelons nous des assises au palais du peuple avec le comite de veil qui regroupaient les syndicats,patonat,partis politiques,societe civile,gouvernement d`alors,institutions republicaines mais qu`est que cela avait servit,rien,parce que le clan presidenciel n`etait pas pour.quelque part il ya une manque de volonte des dirigents.
Balde MS, vendredi 15 août 2008
Quel beau discour! I l est plein de bonne initiatives et surtout du mot le plus recherche par les guineens aujourd`hui " UNITE" Mon frere Lamarana, c`est bien reflechit. Mais je dois vous rappeler que la reconcilliation ne poura reussir que si: Les bourreaux reconnaissent leur tort et demandent pardon a leur victimes, la reconciliation ne poura reussir que si les bourreaux arretent d`augmenter le nombre de victimes. La journee de la reconcilliation ne portera fruit que si la gestion de notre patrimoine est transparente, la reconciliation servira seulement si la loi s`applique a tout le monde, et personne n`est mis au dessus de la loi. La reconcilliation n`est possible que la politique d`exclusion pratiquee par Lansana Conte cesse,.... A quoi va servir une reconciliation si on continue a faire ce qui cree le conflit.... La guerre ethnique n`existe que sur le net, ou certains peulhs ou malinkes, soussou... pensent que quand on critique le mode de gestion d`un des leurs c`est parce qu`on appartient pas a son ethnie. Quand tu rentre dans les concessions en guinee tu ne verra jamais la distinction ethnique ....Tout le monde se bat pour trouver de quoi vivre.... Donc le conflit se trouve entre ceux qui tiennent les rennes du pouvoir leur proches, qui ont tous les avantages, et ceux qui sont de l`autre cote qui ne parviennent pas a joindre les deux bouts malgre leur efforts..... C`est pourquoi je souhaite que nos decideurs comprennent ceci " NO JUSTICE NO PEACE" rien est plus simple que cela
sidibe, vendredi 15 août 2008
Mille fois merci Mr. Lamarana Petty pour vos idees novatrices qui sont plus q une source d inspiration, mais un veritable creuset pour la construction de l unite nationale, dont tous les guineens ont tant soif.
kaba ibrahima, jeudi 14 août 2008
Merci et milles fois merci Mr petty. Voilà quelques choses de bien que tous les guinéens doivent lire et y méditer sincèrement sans partie prise. Que Dieu fasse que les guinéens en fassent bon usage. Parce que sans union nous n’irons nulle part et seule, aucune ethnie ne peut faire sortir la Guinée de l’ornière. Donc, nous sommes obligés de s’entendre ou nous périssons tous ensemble. La Guinée a une chance que nos voisins n’ont pas eue : Le fait d’avoir été témoin oculaire de leur malheur. Cela doit nous servir de leçon afin d’éviter les mêmes erreurs qu’eux. La Guinée est une et indivisible qu’ on le veule ou pas comme on le dit « la Guinée est une famille » sans démagogie. Jugeons les personnes pour ce qu’ils ont faits et non pour leur appartenance ethnique. Ensemble, aidons ceux qui ont la volonté de travailler sans arrière-pensée et bannissons tous ensemble ceux qui nous nuisent sans tenir compte de leur appartenance ethnique. Si la Guinée ne bouge pas, nous perdons tous au même niveau puisque nous avons le même destin. Le riz coute le même prix pour tous et on manque tous d’eau et d’électricité. Que Dieu aide la Guinée et que périsse les ennemis qui veulent nous diviser.
Mamadou Oury Diallo, jeudi 14 août 2008
Bravo ! Mr Diallo pour cet article bien réfléchi. Si tous ceux qui intervenaient au net le faisaient comme on aurait banni la haine entre nous. Il faut apprécier les choses à leur juste valeur sans passion. Permettez-moi d’apporter mon point de vue sans la quelle il serait difficile de parler de réconciliation ou pardon. Décideurs Guinéens : Je constate avec regret la fortune de ces décideurs guinéens aux mains des quels s’y trouve la destinée du peuple, accroitre au mépris des règles les plus élémentaires de la bonne gouvernance. La bonne gouvernance devait être un comportement plutôt que seulement un mot si vous me permettez d’utiliser l’expression d’un célèbre artiste africain. Chers dirigeants, vous gardez ces sommes colossales d’argent dans les banques étrangères, mais pourquoi pas en Guinée. Cet argent que vous avez détourné au détriment du peuple dont vous avez le devoir d’assurer le bien être pouvait bien servir ce même peuple. Comment ? Si vous investissez ce même argent en Guinée, vous pouvez donner de l’emploi à des milliers de jeunes, par conséquent lutter contre le chômage et la pauvreté. Je sais, vous direz que vos biens ne seront pas en sécurité mais je vous dis le contraire car si vous le faites, toutes les composantes de votre peuple pourront satisfaire leurs besoins sans s’inquiéter. Sachez que c’est le désespoir et le manque d’emploi qui créent la haine. Si vous voyez qu’à chaque fois il y a une grève, vos biens sont pillés c’est à cause de votre arrogance et puis ces biens ne servent qu’à vous et vos familles respectives mais le peuple ne tire aucun profit. Au lieu de bâtir une villa à des centaines de millions, s’acheter des voitures à raison des milliers de dollars, envoyer ses enfants à l’étranger pour les études, pourquoi ne pas améliorer les conditions d’études en Guinée, créer des petites entreprises qui peuvent employer les chômeurs qui augmentent tous les jours. Pourquoi voler au détriment de votre peuple pour investir ailleurs ? Je ne trouve pas la raison si non que la méchanceté et l’inconscience. Vous le faites juste pour faire du mal au peuple dont vous avez le devoir de servir, ce peuple qui vous a éduqué et vous a fait de ce que vous êtes, c’est vraiment ingrat de votre part. Vous devriez mettre à l’idée que nous sommes ici-bas pour un bref séjour et nous ne récolterons à l’au-delà que ce que nous avons semé ici-bas. Quand au premier ministre guinéen Monsieur Ahmed Tidiane Soiré je l’exhorte à rectifier le tir. Ayant servi dans les différents gouvernements de Conté, il peut être qualifié de tous les maux, il a donc intérêt à ne pas se faire piéger par les clans qui gravitent au tour de ce dernier. Son gouvernement doit être conséquent pour sortir la Guinée de l’ornière. Si Monsieur Soiré tient compte le fait que la Guinée ne manque pas de cadres technocrates compétents pour constituer les différents cabinets ministériels et la nomination des Inspecteurs, directeurs et autres hauts cadres de la fonction publique, son gouvernement aura toutes les chances de sauver la Guinée. Comptons sur lui pour le moment. Décideurs guinéens, ayez pitié de cette jeunesse qui fuit son pays par votre faute, cette jeunesse qui ne devait pas souffrir du manque d’emploi, cette jeunesse qui subit tous les maux en Europe, aux Etats-Unis et même en Afrique. La nature nous a tout donné mais nous manquons de tout à cause de votre gaspillage. Arrêtez de gaspiller ces ressources que DIEU a bien voulu nous donner pour ne pas que nous souffrons. Ces biens mal acquis (comptes bancaires bien garnis, belles voitures, belles femmes, belles villas) que vous amassez ne serviront que pour vous brûler. Arrêtez ! J’espère que Monsieur Soiré et son gouvernement se battront pour la bonne gouvernance et contre l’impunité pour qu’en fin la Guinée se développe car elle est dotée de tout ce qu’il faut pour se développer. J’exhorte à tous ceux là qui se sont faits des comptes bancaires colossaux à l’étranger de les transférer en Guinée pour les investir dans les petites et moyennes entreprises car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Ceux qui ne le feront pas de leur gré, qu’ils sachent que l’impunité ne continuera pas et que tôt ou tard ces comptent reviendront au vaillant peuple de Guinée. J’appelle ensuite à la conscience de tous les guinéens afin que l’on sache que personne d’autres ne viendra développer notre patrie si non que nous-mêmes. Ces soi-disant bailleurs de fond ne luttent que pour leurs propres intérêts si non ils allaient nous aider à ce que nos bourreaux n’ouvrent pas des comptes chez eux. Bonne chance pour la réconciliation nationale et le pardon.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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