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Je n’ai nullement l’intention de faire l’histoire de la construction des nations et des Etats africains. Je rappelle, tout simplement, qu’en Afrique, les Etats ont hérité des frontières tracées par les puissances colonisatrices. La nation s’est construite autour du principe d’intangibilité de ces frontières. Autrement dit, pour éviter des conflits entre les nouveaux Etats du jeune continent, les leaders des différents partis et mouvements politiques ont opté pour le maintien du statuquo. Ainsi, chaque colonie sera érigée en République ou en Royaume. Les exceptions ont souvent généré des conflits. Les cas de Polisario. L’histoire des Etats et nations africains a cela de particulier qu’elle s’est édifiée sur la disparition et, paradoxalement, sur le maintien des tracés territoriaux hérités du passé colonial. Ainsi, en Afrique, ce n’est pas l’Etat national qui a construit la nation. Cette dernière est antérieure à l’idée d’organisation politique et administrative de territoire. C’est-à-dire, l’Etat. Donc, la délimitation des frontières n’est pas le fait des nouveaux pouvoirs qui ont choisi d’entériner les contours territoriaux. Nul n’en disconviendrait que cela était un impératif pour la stabilité politique et l’unité nationale. Cependant, rares sont les nations africaines qui n’ont pas été marquées par des divergences internes qui sont elles-mêmes liées à la manière d’administrer la cité. Des replis communautaires, des concentrations du pouvoir entre les mains d’une minorité au détriment de la majorité, des scissions politiques, parfois idéologiques ont vite enterré les idéaux de départ. Très tôt, ces aléas de la gouvernance ont commencé au lendemain des indépendances. Même si elle a ses particularités, la Guinée n’est pas l’exception. De complot en complot, la Révolution a englouti les adversaires d’hier et les amis du lendemain. Le plus souvent, bourreaux et victimes se sont retrouvés, un jour ou un autre, dans la même nasse. Mais, les premiers n’ont pas pu (ou voulu) demander pardon. Du coup, les seconds n’ont pas pu (ou eu l’occasion de) pardonner. Depuis, la parole interdite, le mutisme des rescapés, le silence coupable (ou involontaire) et la hantise des représailles ont dressé un mur entre les gens. Par la force des choses, les Guinéens se sont enfermés dans une méfiance et un mépris qui ne disent pas leur nom. Les années post-PDG n’ont pas permis plus de dialogue. Les événements de janvier et de février 2007 ont ouvert une nouvelle page de l’histoire guinéenne. Le contester serait mal avisé ! Le temps semble jouer en faveur du dialogue tant attendu. En tout cas, pour la première fois, une institution porte clairement l’appellation « Réconciliation ». Les médias en parlent ouvertement. Les initiatives sont prises et les enjeux paraissent être bien définis. La tenue des « Journées nationales de la concertation et/ou du dialogue » les 12, 13 et 14 août 2008, après une longue période de consultation des citoyens, est un bon signe. Comme telle, cette initiative qui entend réunir toutes les forces vives de la nation : partis politiques, syndicats, corps d’armée, institutions religieuses, société civile, pouvoir législatif, Conseil Economique et Social, coordinations régionales, j’en passe, doit être saluée et soutenue ! Il est à parier que les médias publiques et privées, le Ministère de l’Information et des Nouvelles Technologies consacreront à l’événement la primeur qu’il mérite. Les jalons du pardon, de la reconnaissance des torts et de la réhabilitation des victimes pourraient être posés en ce mois d’août 2008. En tout cas, beaucoup de facteurs indiquent que le Ministre de la Réconciliation Nationale s’y atèle ; que les Guinéens et les médias ne sont pas indifférents. L’opportunité est là. A portée de mains. Néanmoins, les Guinéens que nous sommes, nous devons faire un effort considérable afin de tuer en nous ce penchant qui tend à opposer tout le monde à tout le monde ; à voir en l’autre, dans l’ethnie (il faut dire les mots comme tels) l’adversaire. Si ce n’est l’ennemi. Nous devrions prendre conscience que tous les partis et mouvements politiques (au pouvoir ou dans l’Opposition) portent des appellations, substantifs ou adjectifs d’ « Unité ; Union, Rassemblement, Progrès etc. » Il n’y a, dans aucune dénomination, de quelque parti politique que ce soit, de signes ou facteurs de division. Aucune ne mentionne une origine régionale, ethnique ou religieuse. Il n’ y a pas de parti de Haute-Guinée, pas plus foutanien, côtier ou forestier ! C’est, entre nous que division, esprit ethnocentrique et autres relents du passé sont latents ou manifestes ! Il n’y a qu’à parcourir le web, j’y reviens ! Pour voir le décalage et l’anachronisme de bon nombre de nos concitoyens qui donnent l’impression de vivre ont encore dans la Guinée des « années 60 ou 90 ». Ceux-là portent encore sur notre pays un regard empreint d’une certaine mentalité passéiste. De ce fait, toute nomination à quelque poste que ce soit, de quelque cadre dont il puisse s’agir est l’objet de supputations, d’expression d’état d’âme, de propension à trouver en l’autre l’incarnation de tel ou tel défaut. Un seul exemple pour illustrer le propos. La nomination de M. Kéira au poste de Secrétaire d’Etat à la Présidence a suscité l’extase chez les uns : ceux-là qui voient le leur revenir au- devant de la scène. Chez d’autres, c’est la dénonciation du retour d’un personnage qui serait le frein du changement et un adversaire à M. Souaré, Premier Ministre. Tout cela, pour ajouter un peu plus à l’ingouvernabilité de la Guinée. C’est comme si M. Kéira était au- dessus de son Premier Ministre ; que ce dernier serait incapable de réaction ou de choix face à une hypothétique obstruction de son Secrétaire d’Etat. Je laisse de côté les questions liées à la violation de la Feuille de Route qui serait actuellement, on ne sait, dans quel tiroir et par la faute de qui ? Si les expériences du passé inspirent crainte, nul n’a intérêt que le gouvernement actuel échoue ! M. Kéira ne serait, certainement pas, moins avisé qu’un autre. Je veux tout simplement dire, vouloir ignorer la capacité des Guinéens à réagir quand ils jugent cela nécessaire relève d’une profonde méconnaissance du pays. Les événements de l’année dernière ont tourné une page de l’histoire guinéenne. La marche sera de l’avant. Il nous revient de lire le sens de l’Histoire et d’éviter d’aller à contre-courant. Cela est un impératif national. Les enjeux sont la sauvegarde de ce que nous avons de commun, c’est-à-dire, la nation au sens où celle-ci implique « un ensemble de personnes vivant dans un même territoire, ayant une communauté d'origine, d'histoire, de culture, de traditions, parfois de langue et constituant une communauté politique. » Ces critères qui définissent la nation devraient, encore plus, aiguiser en nous le sentiment que ce qui nous unit est infiniment plus grand que ce qui nous différencie. Par conséquent, nous devons savoir que la nation guinéenne, la nôtre, et dont nous nous réclamons tous est sacrée. A l’orée de la réconciliation qui s’annonce, toutes les Guinéennes et tous les Guinéens devraient apporter leur part de contribution : le paysan comme le cadre, l’ouvrier, la femme au foyer, l’enseignant, le politique, le commerçant, etc. Le prix de la réconciliation est entre les mains de chacun et de tous. Si on n’ouvrait pas la page de l’histoire guinéenne pour la lire sans passion ni arrière- pensée afin d’en déceler les parts d’ombre et de lumière, l’avènement d’une cohésion nationale durable restera longtemps hypothétique ! Soutenir les initiatives de dialogue pour les futures assises : Conférence Nationale, Commission Vérité et Réconciliation (c’est selon la dénomination retenue) est un devoir patriotique. Nous devons, du politique aux médias ; de l’intérieur et de l’extérieur, apporter notre pierre à la nouvelle voie pour une Guinée qui recouvre son unité. Une Guinée qui pardonne sans oublier et qui se réconcilie sans rancœur ni amertume En ce moment, et en ce moment seul, nous chanterons en chœur la fin de la division, l’effacement de l’ethnie au profit de la nation. Alors, la Guinée d’hier et d’aujourd’hui auront préparé le levain de celle de demain. Les générations à venir n’auront plus qu’à nous rendre hommage pour le legs d’unité et les sacrifices consentis. Elles reprendront après nous, vive la Guinée une et indivisible ! Lamarana Petty Diallo pour www.guineeactu.com
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