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Par expérience et par vocation, le gouvernement ne saurait se muer en commerçant des denrées de première nécessité. Il peut jouer le facilitateur d’amont en aval. Mais c’est aux commerçants de vendre quitte au gouvernement d’homologuer les prix et de les faire respecter. Alpha Condé l’a compris à ses dépens en important quelque 30 mille tonnes de riz. Un précieux sésame qui a vite tourné au règlement de comptes, aux menaces d’émeute de la faim. Bref, un riz qui crée des clivages, entretient des frustrations. Alpha a en tout cas dit ces derniers temps qu’il est déçu de certains chefs de quartiers qui se sont impliqués dans l’opération de vente de riz. Et mieux, le chef de l’Etat a reconnu que le gouvernement ne peut vendre ou se transformer en commerçant.
Scènes ubuesques…
On a été témoin de scènes ubuesques dans certains marchés, notamment à Cosa, Madina et Mafanco. Des femmes investies de la confiance du parti au pouvoir, accompagnées de policiers armés narguent des commerçantes ou commerçants vendant du riz. Boutiques et magasins ont vu leurs portes voler en éclats et les marchandises revendues à des particuliers et à des prix imposés par le gouvernement : 160 mille GNF. Tant pis pour celui ou celle qui aura acheté plus cher chez les grossistes. En sanglots, certains propriétaires assistent impuissants à leur captation. D’autres, certainement plus proches des auteurs des forfaitures voient leurs prix cassés, leur riz liquidé et leur sous restitués. Pendant ce temps, des quartiers entiers sont restés des jours durant sans riz blanc. Il y avait pénurie.
Une question reste cependant posée : Est-ce la seule et meilleure façon de donner aux Guinéens à manger, c’est-à-dire dresser les uns contre les autres en spoliant certains ? Au demeurant, on aura compris que ces membres de la même famille aujourd’hui divisés par la politique risquent de rester longtemps dans leurs positions de méfiance.
On entrouvre des solutions
Kiridi Bangoura, le ministre chef de cabinet civil à la Présidence de la République, revenant sur les 100 jours d’Alpha Condé dans l'émission "l'invité du jour" de la RTG avait dit que le meilleur est à venir puisque, selon lui, l’Etat entend relancer l'agriculture, « le seul moyen de satisfaire aux besoins en consommation des populations, en fournissant des intrants aux paysans en vue de rendre opérationnel le slogan du chef de l'Etat: "consommer ce que nous produisons et produire ce que nous consommons". » Pour le président Alpha Condé, « L’option d’avenir serait alors d’aider les opérateurs économiques, via les banques de la place, à disposer des ressources en devises nécessaires pour l’importation des marchandises, à la condition de revendre les denrées au prix qui sera convenu d’un commun accord avec le gouvernement. »
On entrouvre donc des solutions. Pourvu qu’elles soient pérennes. Quoiqu’il en soit, le subtil mea-culpa du président de la République prouve à suffisance que le gouvernement avait enfourché le mauvais cheval dont il faut aujourd’hui, trois mois après, se départir.
L’œil de guineeactu.com
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