Sékouba Konaté a autorisé la précampagne. Depuis, des politiques ont desserré les dents. Même ceux qui ne donnaient aucun signe de vie, de peur d’être rattrapés pour avoir tenté de défier les autorités de la junte, au lendemain du décès de Lansana Conté sortent des bois. Aboubacar Somparé en est une parfaite illustration.
La voix et au visage graves, l’ex-président de l’Assemblée nationale est étonnamment frustré et il le démontre. Parfois en toute aversion. Il n’a en effet pas fini de contenir l’échappée de la gestion de l’Etat. Dans un air visiblement paranoïaque - rappelant drôlement les découles d’un certain Moussa Dadis Camara -, il attribue sa longue et amère odyssée politique à l’opposition. Une opposition qu’il a d’ailleurs mise sur le grill avec des déclarations plutôt enflammées.
Illustrations dans JA, n°2556 : « Ma personne dérange car je connais bien le pays. J'ai occupé de hautes fonctions sous la première et deuxième République. Je peux faire mal à l'opposition. » Et de poursuivre : « Quand j'ai compris que les partis politiques, qui prétendent se battre pour la démocratie et l'instauration d'un Etat de droit, ont fait allégeance aux putschistes, malgré la Constitution qui prévoyait un dauphin, j'ai préféré me taire. Les évènements m'ont donné raison (...) Si l'Assemblée nationale avait assuré la transition, il n'aurait pas eu de "28 septembre" (massacre d'opposants à Conakry, ndlr) ».
Sage prédiction, ou cynisme accoutré d’un vieux loup de la politique et de la diplomatie? Nul ne l’affirme d’emblée. Ce qui est sûr, il n’est pas tendre avec ceux qui l’ont recalé pour la gestion de la République.
Aveu d’impuissance et pseudo frustration
La fin de règne de Lansana Conté a donné lieu à de pires manœuvres. Le vieux ne contrôlait plus rien, ne prononçait même plus de discours à la Nation. Toujours reclus dans son village de Wawa, dans les périphéries de Conakry. Le pays, au rythme de la méfiance et de la décadence tous azimuts, était infréquentable. Le cercle présidentiel dans une sainte pagaille, faisait et défaisait des hauts cadres de l’Etat. Certains abusaient des fonds publics au nom de la souveraineté, etc. Des hommes politiques ont tout de suite évoqué ouvertement la vacance du pouvoir. Ils se sont fait attirer les foudres des courtisans, criant vite au complot pour jouir des largesses du patriarche de Wawa. D’autres ont préféré le silence coupable. Voire hypocrite.
La situation s’est par la suite inexorablement aggravée. Et des Guinéens s’interrogeaient sur l’avenir de leur pays. Dans cette impasse, des scenarii : choisir entre la peste (l’arrivée par effraction de Aboubacar Somparé, virtuel dauphin constitutionnel) et le choléra (Une rallonge faite pour l’Armée afin de continuer à gérer la nation). L’ensemble des partis politiques ou de ce qui en restait ont opté quant à eux et faute de mieux pour la prise du pouvoir par les hommes en treillis.
Le patron du parlement d’alors n’a pas réagi. Lui et ses proches pensaient en effet secrètement assurer la transition à partir du respect de la Constitution en son article 34 : « En cas de vacance de la fonction de président de la république consécutive au décès où à la démission du président de la république ou toute autre cause d’empêchement définitif, la suppléance est assurée par le président de l’assemblée nationale (...) La vacance est constatée par la Cour suprême, saisie par le président de l’assemblée nationale (...) La durée maximum de la suppléance est de 60 jours. Le scrutin pour l’élection du président de la république a lieu, sauf cas de force majeure constatée par la Cour suprême, 35 jours au moins et 50 jours au plus après l’ouverture de la vacance. »
Ce fut une aventure perdue, une grosse méprise de s’attendre à ce que les carottes tombent toutes cuites, comme si c’était la seule option possible. C’est ce qui justifie de fait sa pseudo-frustration. Ce seul article a pour autant fait tant rêver Somparé qui n’a pas très tôt réaliser que la gestion des affaires de l’Etat s’était délicatement éloignée de lui et ce, depuis que les législatives ont été différées pour des raisons jusque là inavouées. Jouissant du soutien des siens et habité par la secrète tentation de remplacer Lansana Conté, le ‘’PDGiste-PUPard’’ a plutôt préféré trotter à la tête d’un poussif Parlement unipolaire somme toute maculé. Et cela jusqu’au jour où il a été surpris par la prise du pouvoir la bande à Dadis Camara.
Somparé était inconsolable le 16 mars dernier lors d’une conférence organisée par le forum des jeunes de Guinée (FOJEG). Une conférence au cours de laquelle l’homme a tenté de justifier mais sans convaincre, sa position au lendemain du décès du vieux général Lansana Conté : « J’ai appelé le chef d’Etat Major de l’Armée le général Diarra Camara pour annoncer le décès du Président aux Guinéens. Ce qui nous a amenés à passer l’information à 2 heures du matin, c’est le fait que le Président de la Cour suprême de Me Lamine Sidimé était introuvable. (...) Ce que vous ne savez pas, en tant que Président de l’Assemblée nationale et conformément à l’article 34 qui dit que la vacance du pouvoir ne peut être constatée qu’en cas d’empêchement définitif, je ne pouvais donc pas proclamer la vacance du pouvoir. On aurait dit que j’ai fait un coup d’Etat civil. C’est le Président de la Cour Suprême qui devrait le faire. Il ne l’a pas fait ». Donc, de l’aveu d’impuissance à la pseudo- frustration, le raccourci est bien saisissant.
Sidimé, l’idéologue handicapant ?
Indéniablement, Aboubacar Somparé ne va peut-être jamais pardonner à ceux qui lui ont ‘’refusé’’ le chemin de Sékhoutouréya. En premier lieu, Me Lamine Sidimé. Le virtuel dauphin constitutionnel avait certainement oublié - à ses dépens - ce qu’incarnait réellement ce gardien du temple, Me Lamine Sidimé : loyauté absolue et fidélité à toute épreuve à l’endroit du Président-paysan.
Ce juriste classiquement acquis à la cause de Conté a en effet participé activement à la rédaction de la Constitution de 1991 et qui a donné de larges pouvoirs au Président de la République, sans avoir prévu le poste de Premier ministre, a été le plus passif des PM que la Guinée n’ait jamais connus. Il n’a donc jamais tenté de dire non au chef de l’Etat. Il a d’ailleurs avalisé à deux reprises, l’élection de celui-ci en validant des consultations fortement controversées. Ce ‘’M. Considérant’’ a de fait brisé tous les rêves nourris (suivez mon regard). Dans une large mesure, la carte de l’alternance.
En un ou en deux mille mots, on ne pouvait donc rien attendre de Lamine Sidimé, le véritable père idéologique du régime de Lansana Conté dont il était d’ailleurs un des dévots inaltérables. « Me Lamine Sidimé est l’architecte de la Constitution guinéenne et de la validation de toutes les élections truquées organisées pour être remportées par le parti au pouvoir d’alors : le PUP. L’homme était d’une forte capacité de nuisance. Il l’a montré lors des toutes premières élections présidentielles où on a assisté à l’annulation de suffrages du RPG d’Alpha Condé à Siguiri et à Kankan, en 1993. N’eut été cette manœuvre historique, le Pr. Condé allait être virtuellement le premier leader politique de l’opposition à briguer le fauteuil présidentiel. Ce jeu savamment orchestré par un certain Alseyni Réné Gomez, ministre de l’Intérieur, d’alors. Le reste de la comédie, chacun le sait. A l’issue des consultations, Conté est passé les mains sales hautes. »
On comprendra de fait, que pour assurer les véritables remparts du régime de Conakry, Me Lamine Sidimé a ajourné de constater la vacance du pouvoir durant toute la maladie de Conté. Ce qui dit-on, aurait pour autant pu permettre à Aboubacar Somparé longtemps en embuscade dans une maladive frilosité, de prendre les commandes. A force d’attendre ce qui ne pourrait jamais arriver seul, il a fini aujourd’hui par moisir et de devenir irascible. Surtout contre Sidimé dont les préoccupations étaient ailleurs : servir dans l’apathie et se préparer dans l’ombre contre toutes autres velléités tendant à supplanter le président malade d’alors. Un circonstanciel idéologue handicapant, pourrait-on ainsi dire.
Et comme il n’y a de pire suicide que de mourir à l’œuvre, ‘’M. Considérant’’ victime de ses calculs politiciens faits de passivité, d’attitude insipide, sera finalement limogé pour être remplacé par François Loucény Fall. Un PM qui démissionnera plus tard faute d’audace et de subtilité. Des vertus abyssal et d’autres qui auraient pu peut être altérer la nuisible et féroce glace courtisane entourant avec zèle, le vieux général malade.
S’avouer vaincu, mais l’arme à la main
A l’approche de la présidentielle, il serait miraculeux que Aboubacar Somparé – toujours prêt à se défausser sur les autres pour noyer sa pusillanimité - fasse rêver aujourd’hui ses concitoyens. Si ce n’est une frange de jeunes de l’ancien grand parti au pouvoir. Et pour cause ? L’ex prési de l’Assemblée nationale ou de ce qui y ressemblait a occupé des places de choix sous Sékou Touré et Lansana Conté sans pour autant prendre ses responsabilités à des moments décisifs de l’histoire du pays.
C’est pourquoi à ce jour, si l’on réécrivait le passé de la Guinée pour lui, il aurait certainement vite fait de revoir gaillardement ses manœuvres politiques. Fussent-elles reliées à la Cour suprême. Surtout que le PUP est certes haletant pour avoir remporté toutes les consultations électorales sous Lansana Conté, mais pas encore mort comme le prédisent certains petits malins de la cité dont des leaders politiques.
Seulement, voilà que le temps, lui n’attend pas et les Guinéens politiquement mâtures ont besoin désormais d’une nouvelle génération de leaders. Pour dire tout net, du sang neuf. Donc ces vieux politiques? Ça suffit. On en a su mesurer toute l’opiniâtreté, les talents et les visées. Avec ou sans Me Lamine Sidimé. Avec ou sans l’opposition, présentement rendue coupable de la prise du pouvoir par l’Armée. Avec ou sans la junte qui avait intimé les anciens hauts commis de l’Etat au soir même du 23 décembre 2008, de rallier... colonne par un, la tête baissée et la peur dans le ventre, l’historique QG d’un certain Moussa Dadis Camara.
C’est dire donc que dans son impitoyable désillusion piquée au bout du chemin, Aboubacar Somparé a été assurément pris de cours et se désagrège. Même si, dans ce champ de ruines, l’ex-prési est loin de s’avouer vaincu avec ses dernières amours : le PUP, un parti qui veut renaître du fond des décombres du régime bananier de Lansana Conté. « Je suis convaincu que si les prochaines élections se passent dans les conditions transparentes, le PUP gagnera », avait récemment déclaré l’ancien patron du parlement guinéen. On peut tout de même tous entonner en cadence : Amen ! Les joutes électorales elles, feront le reste. Pourvue que les difformités congénitales du défunt régime n’imprègnent plus les mentalités ou polluer les prochaines joutes électorales.
Thierno Fodé Sow
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