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Le 1er janvier dernier, j’ai écrit un court article sur les vœux musclés de la junte à M. Cellou Dalein Diallo, ancien Premier Ministre de Guinée. La formule a eu du succès au point que j’aurais pu réclamer des droits d’auteur !
Pour être circonspect, je m’octroie le droit, après la tempête, de revenir sur cet incident dont se sont servis des compatriotes généralement bien informés, mais quelquefois mal intentionnés. Leur argument, à la limite du dérapage, se fonde sur le fait qu’une visite antérieure, non moins musclée selon eux, rendue à M. Mamadou Sylla, puissant homme d’affaires, n’a pas soulevé la même indignation. On nous a même sorti la formule galvaudée des « deux poids, deux mesures ». Mon Dieu !
De quoi s’était-il agi ? C’est très simple !
Lorsque le capitaine Camara a capté un pouvoir en déshérence, tout le monde était dans l’euphorie du changement, espérant que c’était la fin d’un système. De ce fait, beaucoup ont estimé normale la visite de soldats chez M. Sylla qui, je le rappelle, avait fait l’objet d’une condamnation par la justice guinéenne. C’est sa libération par le Président Conté qui avait libéré la folie meurtrière de nos militaires. On connaît la suite !
Je pense que la libération de M. Sylla sur décision personnelle du Président Conté pourrait être considérée comme une suspension de peine, aucune autre décision de justice n’ayant encore blanchi l’intéressé. Faudrait-il que M. Mamadou Sylla retourne maintenant en prison ? Juridiquement c’est défendable puisque sa peine est suspendue et non supprimée. Personnellement, je ne le souhaite pas, préférant que le dossier « Sylla » soit confié aux nouvelles autorités judiciaires. D’ailleurs, il fait partie, en place cabine, du convoi des convoqués au camp Alfa Yaya Diallo. Une justice doit être sereine !
Quant à M. Cellou D. Diallo, il n’a jamais été condamné. Il est donc présumé innocent ! Ses ennemis, guidés par la haine, devraient rester des adversaires et ne pas bousculer le droit ! S’amuser avec le droit ne devrait amuser personne. Des audits, qui ne sont nullement des décisions de justice mais une recherche de clarifications étant prévus, laissons-les arriver !
Au niveau du battage médiatique, il faut savoir mesurer les deux poids et tenir compte des critères dominants. M. Mamadou Sylla est un homme d’affaires. Ses partisans sont ses partenaires économiques (essentiellement l’Etat Conté). M. Cellou Dalein est, quant à lui, homme politique et a, de ce fait, des militants. Forcément, ceux-ci sont plus nombreux que ceux-là ! Je ne vois aucune dimension ethnique à leur soutien respectif.
En revanche, il faut considérer MM. Sylla et Diallo comme des citoyens. Je ne sais pas s’ils disposent des mêmes moyens, mais ils sont censés jouir des mêmes droits. A ce titre, ils ont été victimes d’abus de pouvoir. Leurs visiteurs militaires ont eu tort de perquisitionner leurs locaux sans mandat judiciaire.
C’est le genre de vœux qu’on ne veut plus. Le test n’était pas nécessaire. Il faut que ça cesse !
Ce qui est inquiétant, c’est l’exploitation éhontée de ce qui s’est passé. Au-delà des victimes, certains ont voulu s’attaquer à toute une communauté. « Nous sommes des patriotes et s’ils ne sont pas contents, c’est leur problème ! » a-t-on entendu vociférer! C’est intolérable. La vigilance s’impose.
Tous ces coups, aussi hideux que bas, rappellent certains évènements, comme ceux du Moyen-Orient par exemple. L’obsession sécuritaire d’Israël a plongé les civils de Gaza dans un malheur inouï du fait de l’irresponsabilité ahurissante du Hamas ! En effet, quand on ne peut pas tuer le lion, il ne faut pas tirer sa queue. Mais bien des marches pour la Palestine ont donné l’occasion à des extrémistes de manifester leur antisémitisme. Ils n’aiment pas les Arabes mais haïssent davantage les Juifs. Pendant cet hiver, beaucoup d’Européens ne pensaient pas à Gaza mais au gaz russe qui leur est livré via l’Ukraine.
En Guinée, on constate un comportement similaire : on profite toujours d’une faute pour vouloir régler d’autres comptes sans lien avec elle. Pourquoi assimiler quelqu’un à toute sa communauté ? Les Guinéens sont bizarres ! Ils parlent de droit matin et soir. Le droit c’est d’accepter ce qui se doit et non d’imposer ce qu’on veut ! J’ai été effaré par le comportement « diasporique » de certains Guinéens tout récemment. Une délégation officielle du CNDD s’est rendue à Paris et la communauté guinéenne voulait la rencontrer. A cet effet, chacun pensant détenir le monopole de parler au nom de tous, des communiqués suivis de rectificatifs, de modificatifs confus à souhait ont été diffusés, rappelant tristement les faux ou vrais décrets de fin de règne du Président Conté. Au final, tous les Guinéens qui le souhaitaient n’ont pu rencontrer leurs officiels. C’est époustouflant !
Au regard de nos institutions actuelles, le capitaine Dadis Camara fait office de Chef de l’Etat. Son « élection » à ce poste relevant exclusivement de la « démocratie militaire », son mandat doit être court. Comme homme, il a droit à l’erreur mais en tant que leader, on ne lui pardonnera jamais l’échec. C’est pourquoi je voudrais qu’il tienne ses engagements. Tout le monde l’attend au tournant, pas à la caserne ! Il doit mettre le pays sur les rails et ne pas chercher comment s’installer durablement à la tête de la locomotive.
Les audits commencent timidement et, ce jeudi 22 janvier 2009, une quinzaine de dignitaires économiques ont été convoqués au camp Alfa Yaya Diallo. Ce n’est pas pour un casting aux fins de recruter ces civils car l’armée n’a pas un problème d’effectifs. C’est, paraît-il, pour des explications relatives à des détournements de biens publics ces 15 dernières années. Je suis étonné qu’aucun membre de la famille de Conté, « arrivé pauvre au pouvoir » en avril 1984, ne soit convoqué ! Je souhaiterais, par exemple, qu’à la fin de sa période de veuvage Tata Henriette soit interrogée, pas nécessairement par Toto Camara. Du piment en perspective !
Le fait de convoquer ces personnes au lieu d’investir intempestivement leurs domiciles est déjà, juridiquement, un pas dans la bonne direction. J’aurais préféré, cependant, qu’ils défilent ailleurs qu’au camp. Plutôt un palais de justice qu’une cour martiale !
Ce que je souhaite, c’est qu’il n’y ait pas de chasse aux sorcières, ni même aux sorciers ! Un audit ne doit pas donner lieu à des règlements de comptes. Ainsi, certains opérateurs économiques d’aujourd’hui n’étaient pas démunis avant 1984 : ils se sont enrichis davantage en profitant du « système Conté ». Je dirais même qu’ils ont toujours payé des impôts, non pas à l’Etat mais à la famille présidentielle et à son chef ! Tout allait dans les poches des proches de Conté ! Je crains en ce moment qu’elles ne soient toutes trouées !
Pour « moraliser » la Guinée il faudrait mener le combat sur plusieurs plans. A l’intérieur, nous avons des prédateurs économiques facilement identifiables qui ont volé, mais en Guinée. A l’extérieur, il y a une autre forme de prédation non moins nocive : celle de politiciens sans revenu visible, qui souhaitent des élections rapides pour rafler la mise. Qu’ils nous disent de quoi ils vivent ! Qui les financent ? Dans certaines conditions, une vérification des biens est nécessaire. Je préfère encore un Guinéen à la solde d’un autre Guinéen !
Pour le moment, il faudrait que le gouvernement se mette au travail et qu’on facilite les choses à M. Komara. Car, rien ne semble stable : on n’a pas changé de gouvernement mais on change tous les jours le gouvernement. Ce n’est même pas un remaniement mais un maniement permanent qui sape l’autorité du Premier Ministre. Il faudrait que le « gouvernement gouverne et que le Président préside » ! Dans le nouveau couple Camara/Komara, on sait qui porte les bottes !
A mon avis, le Président Dadis Camara devrait, dès maintenant, prendre à cœur deux choses : assurer la sécurité des biens et des personnes en luttant contre le banditisme et faire un geste fort à l’égard des victimes de juin 2006 et janvier/février 2007. Du sang a été versé et il faut faire bouger les lignes vers l’Etat de droit car nos populations ont soif non pas de vengeance mais de justice. Les Guinéens doivent pouvoir circuler librement : notre pays n’a pas besoin de barrages routiers, rappelant l’ère du PDG, mais de barrages hydroélectriques !
Pour atteindre ces objectifs, le Capitaine Dadis Camara devrait commencer par rester lui-même ! Qu’il s’entoure de conseillers (en nombre restreint pour éviter toute cacophonie) mais pas de flatteurs, qui ne vivent que par les cadeaux de celui qui les entend !
Il est né à Koulé, ces derniers pourraient le couler en le qualifiant de nouveau Père de la Nation ! Qu’il refuse le titre « excellence » que les opportunistes excellent à lui conférer ! Son secrétariat devrait faire un tri draconien de son courrier pour mettre à la poubelle les lettres alourdies par des termes comme « Son Excellence » ou « Chef suprême des armées », qui devraient en être des motifs d’irrecevabilité ! Il est arrivé capitaine, il doit partir avec le même grade pour revenir, s’il le veut, en civil.
Au niveau international, le capitaine Dadis doit indiquer clairement que la Guinée est souveraine. Nous voulons tous de bonnes relations avec les Etats voisins (pas seulement frontaliers). Toutefois, un chef d’Etat de la zone, très paternaliste, persiste à agacer plus d’un, par ses conseils arachidiers très intéressés .Il serait plus inspiré de déployer son énergie pour faire pression, avec ses pairs, sur la Mauritanie où les négro-mauritaniens sont politiquement plus en retard que les afro-américains ou sur le Soudan, où des Arabes massacrent des Noirs, pas seulement au Darfour !
Ibrahima Kylé Diallo Directeur de www.guineenet.org Partenaire de www.guineeactu.com
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