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Cent jours d’une transition n’auront pu, malgré les actes posés, convaincre les forces vives de l’opportunité d’accorder au président Dadis le temps qu’il lui faut pour vider la cité des démons qui l’ont envoûtée des années durant.
Combien de temps faudrait-il pour extirper un mal qu’un demi siècle de mal gouvernance a infligé à tout un peuple, un an, cinq ans, une décennie ? Aujourd’hui l’exorcisme se poursuit avec autant d’enthousiasme que de volonté, mais les démons n’entendent pas vider les lieux. La réalité est que tout le peuple est affecté, au point que l’on serait amené à se demander s’il ne faudrait pas tourner toutes les pages et amorcer le processus de démocratisation sous une nouvelle forme. La culpabilité de tous les guinéens est d’autant avérée que l’on aurait de la peine à faire un discernement entre ceux qui nourrissent le sentiment d’être propres et ceux accusés de s’être salis dans tel ou tel événement. Qui est propre ?
« Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ». Ainsi parlait le Christ à ceux qui s’acharnaient sur la femme adultère. Pour le cas guinéen, tourner, en effet toutes le pages arrangerait bien des gens. Sinon, ouvrons le procès des deux systèmes, pour mieux situer les responsabilités. La prise du pouvoir par l’armée est certes une aubaine, cependant il faudra bien que le pays reparte sur de nouvelles bases, en renouant avec les principes fondamentaux qui régissent l’Etat. Autant nous avons besoin d’assainir les finances en exhibant les sorciers au peuple coupable, autant nous avons intérêt à laisser fonctionner les institutions républicaines de façon libre.
Le gouvernement actuel doit sortir de sa retraite anticipée, et participer à la vie de l’Etat. Le bon fonctionnement de l’Etat est le résultat d’une action collégiale, voilà pourquoi l’on parle d’équipe gouvernementale au sein de laquelle les rôles sont repartis. C’est cette ambiance qui exprime à la fois l’action gouvernementale et la cohésion de l’ équipe qui en a la charge.
Si la transition est unanimement appréciée, sa durée dans le temps suscite déjà des polémiques. Il y a plus important, c’est la nécessité de définir la transition dont il s’agit et surtout d’en préciser les objectifs fondamentaux par rapport à l’impératif de la tenue des élections présidentielles qui marquent le départ du processus de changement tel que demandé par les populations guinéennes. A vouloir chasser tous les sorciers de la cité, l’on finirait par en créer d’autres plus redoutables.
Le problème guinéen est tout autre. Le spectacle ouvert aux ‘’pestiférés’’ dont le but est de dissuader les futurs gouvernants est en passe d’être une scène de divertissement pour les citoyens. Voilà tout le problème guinéen. Ce qui amuse n’éduque pas. En tout cas, il faut entrevoir une autre méthode qui s’inscrirait dans la logique du bon fonctionnement du gouvernement transitoire presque effacé. Les forces vives ont soumis un chronogramme au chef de l’Etat dans l’espoir que leur requête sera d’emblée acceptée. De son côté, la jeunesse de Conakry s’est prononcée sur la nécessité de maintenir Dadis et son équipe en place, jusqu’en décembre 2010. Il reste à savoir si le futur gouvernement ne se fera pas le devoir de poursuivre l’œuvre du président de la République. Quoi qu’on dise si tous les sorciers devaient être dénoncés et jugés, il faudra plus qu’un mandat présidentiel. Cependant, une question reste posée : qui pourrait faire autant que Dadis, parmi ces candidats déclarés et anonymes ? Le débat est ouvert.
Thierno Dayèdio Barry Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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