jeudi 27 mars 2008
Une question à M. le président du Conseil national de la Communication
El hadj Mahmoud “Ben Saïd” Bah

Monsieur le président du CNC, je voudrais recueillir votre avis sur un point souligné par la presse concernant votre âge réel et l’âge requis pour le poste auquel vous venez d’être nommé. D’après la presse, en effet, vous êtes « né le 4 novembre 1973 » : à la date de la signature du décret vous nommant, le 1er mars 2008, vous aviez donc 34 ans et 4 mois. Or, l’âge requis par la loi sur la création du CNC (Loi 91/06 : Article 6, alinéa 2) est de 40 ans au moins. Voici un extrait de ladite loi :

TITRE 2 : DE LA COMPOSITION, DE L'ORGANISATION ET DES INCOMPATIBILITES DU CONSEIL NATIONAL DE LA COMMUNICATION

Article 6

Le Conseil National de la Communication comprend 9 membres, choisis en raison de leur compétence, expérience et de leur intégrité et nommés par Décret du Président de la République. Six membres pour cinq ans ainsi désignés :

- Deux membres dont le président du Conseil National de la Communication par le Président de la République ;

- Un membre par l'Assemblée Nationale ;

- Un membre par le Conseil Supérieur de la Magistrature ;

- Un membre par le collectif des journalistes ;

- Un membre par le collectif des postes et télécommunications.

TROIS MEMBRES POUR TROIS ANS AINSI DESIGNES :

- Un membre par le collectif du cinéma ;

- Un membre par le collectif des imprimeurs ;

- Un membre par le collectif des libraires, bibliothécaires et archivistes.

Ils ne peuvent être nommés à moins de 40 ans d'âge et doivent jouir de leurs droits civils et civiques.

Le Président du Conseil National de la Communication est nommé par le Président de la République.

En cas d'empêchement, la présidence est assurée par le doyen d'âge des membres du conseil ; en cas d'empêchement définitif, le Président de la République nomme dans les 15 jours un nouveau Président.

Monsieur le président du CNC, je voudrais clarifier que ma démarche n’a aucun motif personnel. Je sollicite votre avis simplement pour pouvoir l’enregistrer pour la postérité, dans le projet de livre où je suis présentement engagé, « La Guinée en marche », dont le premier volume vient de paraître chez l’Harmattan. Dans l’un des volumes à suivre, il me semble indispensable de pointer du doigt les vrais problèmes de notre pays et situer les responsabilités. L’un des plus grands problèmes, sinon le plus grand de tous, est la violation des lois et conventions. Or le fait de nommer un cadre de moins de 40 ans pour ce poste est un cas typique de violation de la loi.

Encore une fois, je vous prie de croire que je n’ai rien contre votre personne, et si ma question vous dérange, je vous présente mes excuses. En fait, j’ai hésité pendant longtemps avant de vous écrire, car je ne voulais – et ne veux toujours – pas vous offenser, encore moins paraître comme un défenseur d’un tel camp ou d’un autre. Ce qui m’a décidé à vous écrire est le fait que vous ayez, vous-même, cité les mêmes textes de loi dans votre communiqué qui condamne l’expulsion de Mme Chantal Cole. Votre communiqué a cité l’article 74 alinéa 4 de la loi sur la liberté de la presse et se termine ainsi :

« S'il y a délit de presse, il revient à la justice, et non aux services de police, de se prononcer et de statuer comme l'indique la loi L91/05/CTRN du 23 décembre 1991. »

Oui, j’hésitais vraiment. Mais à la lecture de votre communiqué, j’ai été saisi par un dilemme cruel, qui m’a coupé le sommeil : Faut-il me taire pour éviter des polémiques ?... Ou bien faut-il chercher votre opinion sur la question ? Le fait que vous ayez cité les textes de loi ne me permettait plus de me taire. Car en effet, la loi sur laquelle vous appuyez votre communiqué et la loi qui met votre nomination dans l’illégalité ont exactement les mêmes forces : Elles sont d’une même nature et d’une même autorité. Encore plus frappant, les deux lois se suivent dans leur série et sont signées le même jour : L91/05 et L91/06 sont toutes deux signées le 23 décembre 1991 par le général Lansana Conté.

Les textes entiers des deux lois sont disponibles sur les sites suivants :

La loi 91/05 : <http://droit.francophonie.org/df-web/publication.do?publicationId=2302>

La loi 91/06 : <http://droit.francophonie.org/df-web/publication.do?publicationId=2300>

<http://www.guineepresse.info/index.php?id=4,585,0,0,1,0>

Votre avis est important, car il sera enregistré dans le livre, si Dieu le veut bien, pour défendre votre position, sachant que seront enregistrés également les avis des autres, dont celui qui a dit que dans notre pays est « illégal tout ce qui touche aux autres, et inversement, est légal tout ce qui me touche » ou touche mes proches et mes alliés, et ce même si nous sommes dans l’illégalité.

Comme je sollicite votre avis sur la question, peut-être dois-je vous donner le mien aussi. Il me semble que ni vous, ni celui qui vous a nommé, ni le journal qui a publié votre date de naissance, ne s’est rappelé à temps le facteur âge (honnêtement parlant, moi non plus). Mais maintenant que des compatriotes vigilants l’ont rappelé à tout le monde, la donne change. Que devons-nous faire ? Continuer comme si de rien n’était ? Je pense que cela est simplement impossible. À supposer que tous les Guinéens ferment les yeux là-dessus, ce serait trop pour votre conscience : « L91/06 article 6 » vous hanterait, implacablement, jusqu’à la fin de vos jours. Mais bien évidemment, on ne peut pas fermer les yeux là-dessus, car depuis janvier 2007 la Guinée s’est irréversiblement engagée sur la voie de l’État de droit. Ainsi « L91/06 article 6 » vous sera systématiquement renvoyée dès que vous vous référerez à une loi quelconque dans votre travail.

Ce qu’il faut prendre en compte, c’est qu’il n’est pas possible de soustraire votre responsabilité, vous le bénéficiaire du décret, pour qu’en soit blâmable uniquement le signataire. Veuillez excuser la comparaison, mais les deux responsabilités peuvent être comparées aux responsabilités du voleur et du receleur. A mon humble avis, donc, vous devez expliquer le problème à celui qui vous a nommé et dégager votre responsabilité en démissionnant.

Je suis conscient du dilemme qui vous fait face dans cette démarche. Rejeter ce poste tant convoité, avec tous les avantages qui s’ensuivent, n’est pas facile. D’ailleurs vous vous y résoudriez, vous, que des gens, y compris vos proches, vous traiteraient de « maudit ». Cependant vous ne gagnerez absolument rien en essayant de garder ce poste dans l’illégalité, alors qu’en le perdant dans la légalité vous gagnerez tout dans l’avenir, sachant que notre pays a terriblement besoin de cadres intègres et que votre acte ferait de vous un modèle d’intégrité et de courage.

Voilà donc mon humble avis, Monsieur le président du CNC. Mais cet avis n’est qu’une parenthèse. L’objectif de cette missive est de connaître votre avis, à vous, sur l’illégalité dans laquelle vous met le décret qui vous nomme à ce poste, afin que votre démarche soit enregistrée dans les anales de l’histoire de notre pays, comme elle le sera sans nul doute dans votre dossier près de l’Éternel, le Très-Haut, Qui connaît tout ce que nous faisons et même ce que nous ne faisons pas – ce que nous gardons secret dans nos cœurs.

Très respectueusement

El hadj Mahmoud “Ben Saïd” Bah, pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
RAMA, vendredi 28 mars 2008
Je ne sais comment vous remercier Mr BAH. Lui qui essaye de defendre une Chantal qui n`est meme pas journaliste. J`espere que s`il est sincere, il vous repondra.
momo, jeudi 27 mars 2008
Merci de le lui rappelé j`ose esperé qu`il vous repondra mais bon on vera bien. MOMO

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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