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Le polémiste rigoureux et honnête continue son exploration des méandres de décisions importantes pour la nation prises par nos bosses temporaires en proposant des pistes de réflexions et des propositions d’action qui pourront être poursuivies (si nécessaire) afin de redresser la barre quand la nouvelle voie sera effective. Elle sera à créer avec tous les moyens légaux possibles pour mettre fin à notre slogan national actuel «Corruption, Médiocrité, Injustice» qui a remplacé entièrement le «Travail, Justice, Solidarité» de la Nation en 1958.
Notre nouveau premier ministre nous a gratifiés quelques jours après sa nomination d’un communiqué qui a favorablement impressionné de très nombreux Guinéens: il a demandé clairement à tous les responsables nationaux récemment débarqués de la mangeoire de ramener les biens de l’Etat qu’ils avaient emportés en quittant leurs bureaux.
· Pour: J’étais impressionné par cette première preuve évidente que le changement des règles séculaires de la gouvernance publique chez nous avait commencé. Pour les non-Guinéens, il faut savoir que depuis des décennies ici, la majorité des patrons qui sont déchus de leurs postes, que ce soit aux niveaux national, régional ou préfectoral, emportent avec eux à la fin de leur mission leur (ou leurs) véhicule (s) en bon état de marche, le matériel complet de leurs bureaux et pour certains, quelques petits accessoires du type climatiseurs, rideaux et parfois même porte-rideaux.
· Contre: Imaginez ma déception quand 2 semaines après, j’apprends de source sûre et que je confirme ensuite de visu, que certains de ces véhicules ont été entièrement équipés (chauffeur, climatiseur, carburant) pour être recyclés au niveau des mêmes départements ministériels comme véhicules de maison pour les nouvelles Mesdames et leurs enfants; certains ont même reçu pour cela plus d’un véhicule! Bien sûr le tout avec des plaques V.A. (véhicule administratif) afin de leur garantir les privilèges minimaux de tous les chefs en Guinée: feux de détresse, accélérateurs et klaxons à fond pour un passage en force à travers les nombreux bouchons de circulation réservés uniquement aux pauvres civils sans portefeuilles. Eh oui, en Guinée, après 51 années de dictature, ce sont enfin et pour la première fois des intellectuels de l’opposition qui dirigent le pays – mais les avantages catégoriels acquis ne sont plus jamais discutables – cette tradition est toujours scrupuleusement respectée.
· La nouvelle voie: encore un domaine où la sévérité maximale sera de mise pendant les premières années (ce qui ne sera pas très populaire parmi nos politiciens qui seront bientôt élus démocratiquement) mais indispensable pour engager le changement progressif mais radical dans la gestion des biens de l’Etat. Cela devra commencer dès le départ de la nouvelle voie par des listes de tous les biens de nos principaux responsables nationaux élus qui seront analysées et classées au niveau de notre nouvelle Cour Suprême indépendante. Elles seront ensuite revues à intervalles réguliers et fréquents. Les procédures et les structures seront ensuite mises en place aux différents niveaux de l’administration pour que tous ceux qui gèrent les ressources de l’Etat soient régulièrement contrôlés de manière rigoureuse mais juste. Si on le veut vraiment – on le peut, même si le processus complet prendra sûrement de longues années à être rendu totalement opérationnel. L’exemple venant du Haut s’étendra rapidement après les premières démonstrations de tolérance zéro. Pour parler de la gouvernance nos compatriotes utilisent une formule succulente: «le poisson pourrit toujours par la tête». Quand nous aurons des têtes propres pour gérer notre pays il sera beaucoup plus facile de veiller à ce que les corps ne pourrissent plus impunément.
Et puis le moment est vraiment venu de mettre immédiatement fin à la continuité de l’intérêt de nos nouveaux chefs pour les séminaires internationaux, les visites de courtoisie des hommes d’affaires étrangers de passage chez nous et les ouvertures/clôtures journalières de séminaires dans toutes les grandes salles de réception de Conakry. Nous voulons les voir et les entendre s’occuper exclusivement des urgences de leur mandat et nous pensons qu’il serait beaucoup plus utile que notre P.M. nous fasse chaque semaine le point sur l’évolution de cette très courte transition. C’est pour cela uniquement qu’ils sont dans leurs fauteuils confortables aujourd’hui! Quand on nous annonce qu’entre le 15 janvier et le 28 février 2010 les sorties des caisses de l’Etat se montent à 500 milliards de GNF et que les principaux responsables de ce scandale sont toujours à la tête de ce pays, on est persuadé que le changement véritable n’a pas encore commencé en Guinée… Et que ceux qui ont trainé des pauvres civils pour les faire honnir devant leurs familles et devant tout le pays, pour que la justice démontre ensuite leur innocence et exige leur relaxe, soient obligés de retourner à la même RTG devant eux et devant tous les Guinéens pour leur présenter des excuses publiques – c’est le minimum acceptable si le changement n’est pas finalement qu’une nouvelle arnaque nationale...
Le nouveau gouvernement a augmenté le prix de l’essence de 5,000 GNF à 6,500 GNF le 01 Mars 2010, date anniversaire de la monnaie guinéenne:
· Pour: Cette décision est un grand pas en avant dans la bonne direction. Cessons d’être naïfs, la vérité des prix est obligatoire chez nous comme partout ailleurs. On nous répète tous les jours que «le pays est commandé» mais en attendant ceux qui le font (militaires, douaniers, gendarmes, policiers) sont les principaux artisans du plus grand trafic régional de carburant. De deux choses l’une: soit nos forces de défense et de sécurité et leurs complices civils cessent de piller le pays et retournent faire leur travail dans les camps avec la fin possible de tous leurs trafics mafieux, soit nous compterons encore pendant des siècles sur l’aide internationale (et son appui budgétaire) pour financer le budget de fonctionnement du gouvernement. Quand j’entends des «nationalistes patriotes» qui se vantent que «nous n’avons pas besoin des blancs» sans savoir que ce sont eux qui paient leurs salaires mensuels, j’ai toujours un sourire; un mendiant ne peut pas avoir de fierté mal placée, et ils nous le rappellent sans aucun gant de plus en plus souvent. Quand nous serons auto-suffisants sur les plans alimentaires et financiers, ce qui est tout à fait possible en 10 ans, alors nous pourrons ressortir ce vieux couplet…
· Contre: Cette décision fait très mal à tous les Guinéens qui ne puisent pas dans les caisses de l’Etat et qui triment chaque jour pour survivre. Pour eux, chaque jour est pire que le précédent et on peut aisément comprendre qu’ils rêvent tous d’accéder à la mangeoire, même si c’est pour 6 mois. Des mesures compensatoires bien calculées sont donc non seulement souhaitées mais urgentes et obligatoires. Néanmoins les hausses inconsidérées de salaires proposées ne sont pas du tout une bonne solution – ce qui va en fait le plus augmenter avec cette décision rocambolesque, c’est l’inflation nationale qui frappera toujours les mêmes.
· La nouvelle voie: La réalité de la bonne gouvernance durable sera un jour clair chez nous: il faudra absolument dégraisser fortement notre fonction publique excessive tant en nombre qu’en âge de ses principaux acteurs. Puis il faudra réévaluer totalement les salaires de la nouvelle génération de travailleurs de l’Etat et laisser enfin la justice punir très sévèrement tous ceux qui continueront à puiser dans la caisse nationale. Il faudra mettre un STOP final aux récompenses des voleurs et tricheurs et (une fois encore) l’exemple devra venir de la tête du pays, pas de la large base de la pyramide nationale.
La liste nominative des membres du CNT a été finalement publiée le 07 mars:
· Pour: Enfin un 2e pilier de la transition est mis en place avant la fin du 2e mois de la transition de 6 mois.
· Contre: Nous sommes passés sans aucune explication claire et valable de 101 membres à 159 membres, non compris ceux qui vont sûrement s’y rajouter vu que la présidente a annoncé le même jour sur les ondes nationales que la liste restait toujours ouverte aux boudeurs et qu’elle était donc extensible. Cette augmentation unilatérale de 57% est une très grave entorse à la crédibilité du reste de la transition car il est fort possible que ces nouveaux désignés aient une mission particulière.
· La nouvelle voie: les nouveaux pouvoirs en place devront cesser de prendre les guinéens pour des enfants: un parlement composé de toutes les couches socioprofessionnelles du pays n’en fait pas pour autant un organe représentant tout le peuple. Les désignations telles qu’elles sont faites habituellement ici (copinage, intérêts politiques, ethniques et financiers…, etc.) aboutissent forcement à une caisse de résonnance au service des diverses tendances aux commandes. Pour moi, ce CNT peut discuter de tout ce qu’il veut et nous lire ensuite ce qui lui sera dicté comme décisions finales, mais il ne le fera sûrement pas au nom du peuple de Guinée. Pour avoir travaillé à tous les échelons de l’administration guinéenne de 1985 à 1990, j’ai appris une règle d’or de ce système: quand tu veux noyer définitivement un dossier important, il faut créer une commission nationale; après cela, plus de problèmes pour faire passer ce que tu veux, quand tout le monde est fatigué de l’inefficience du groupe.
Une petite équipe de 10-15 experts pointus dans les différents domaines constitutionnels (et il y en a) avec un appui de collègues de la sous-région pouvait bien boucler ce dossier en moins d’un mois de travail; ensuite un référendum pour que tous les Guinéens se prononcent effectivement sur notre nouvelle Loi Fondamentale (coulée dans du béton armé) serait la meilleure manière de procéder pour ce travail, la seule qui serait vraiment représentative de la volonté de tous les Guinéens. Si on ne le fait pas aujourd’hui, alors il faudra le faire demain; les règles de l’Art seront indispensables pour assoir une fois pour toute l’état de droit en Guinée.
Conakry, le 24 Mars 2010
Alpha Oumar Telli Diallo
www.guineeactu.com
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