mercredi 7 mai 2008
Une fête célébrée sur fond de division
Image d'archive

Le jeudi 1er mai, l’humanité a célébré la Fête Internationale du travail. En Guinée, l’évènement a été marqué par  un meeting organisé par l’inter centrale syndicale au stade « la mission » de Kaloum. Placé sous le thème : « Soutenir le changement par le dialogue et lutter contre la cherté de vie ». Même si ce 122è anniversaire du 1er mai a été rehaussé par la présence de diplomates, de représentants d’institutions internationales et d’une importante délégation gouvernementale composée d’environ une dizaine de ministres, il faut souligner toutefois la division qui mine le mouvement syndical guinéen et le monde du Patronat.

Un soleil de plomb, une foule éparpillée entre la tribune officielle, la pelouse et l’ombre des murs, une ambiance presque empreinte de morosité, tel est le visage que présentait  le stade de la mission  à l’occasion de la célébration cette Fête Internationale du travail, le 1er  mai dernier. La  ferveur populaire et l’immense mobilisation qui  caractérisaient jadis ces festivités ne sont plus qu’un lointain souvenir. Les cérémonies dont le démarrage officiel était  prévu à 9 heures TU ont finalement commencé avec un léger retard. Les leaders syndicaux de la CNTG, de l’USTG, de l’ONSLG et de l’UDTG sont apparus sourire aux lèvres, pour ne pas laisser transparaître les dissensions qui se font de plus en plus jour au sein de l’Intercentrale. Surtout pour  ce qui est des rapports entre la CNTG et l’USTG,  Après la traditionnelle présentation des officiels, suivie de la lecture du programme des festivités, l’allocution de Mme la secrétaire générale de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée(CNTG) a été la première d’une série de discours qui aura ponctué le déroulement de cette Journée Internationale du travail. Hadja Rabiatou Sérah Diallo, après avoir campé le contexte socio-historique de la célébration de la date du 1er mai, a mis en exergue les différents maux auxquels restent confrontés les travailleurs dans le monde. Selon elle, la classe ouvrière continue, en dépit des combats menés par les syndicats, à être en proie aux bas salaires, au manque de couverture sociale, à la confiscation des libertés civile et syndicale, au chômage et aux maladies telles que le VIH/SIDA, le paludisme… Pour la secrétaire générale de la CNTG, le développement socio-économique des Etats est aujourd’hui rendu aléatoire faute d’une politique d’emploi et en raison de la non prise en compte des initiatives privées au niveau de ces pays. La célébration de cette journée, au-delà de son caractère revendicatif et de mémoire, constitue une opportunité pour les organisations syndicales de procéder à une autoévaluation par rapport aux conditions de vie des travailleurs. C’est dans cette optique que Rabiatou Sérah soutiendra que la Guinée connaît depuis une décennie des mouvements de troubles aux conséquences fâcheuses n’ayant permis aucune avancée notable de développement économique. Laissant ainsi prospérer la pauvreté et l’insécurité, avec tout son cortège de désagréments, à notre peuple qui, pourtant, lutte pour sa survie, s’est-elle indignée. Malgré les immenses potentialités minières et minéralières dont la providence a doté la Guinée, elle fait bizarrement partie des PPTE, Pays Pauvres Très Endettés. Une situation paradoxale que Rabiatou Sérah justifie comme étant la conséquence d’une mauvaise gestion des deniers publics. Mettant l’accent sur la difficile conjoncture mondiale en général et guinéenne en particulier, qui se traduit par la cherté de la vie et la montée fantaisiste des prix du baril de pétrole, elle pointera un doigt accusateur contre le comportement spéculateur des grandes multinationales. « S’il est établi que les travailleurs guinéens ont les plus bas salaires de la sous-région, les retraités, eux, fera-t-elle constater, tirent le diable par la queue. Car les pensions de retraite, en général, sont en dessous du minimum par rapport aux coûts de la vie ».  Par la suite c’est une liste d’acquis à l’actif de la revendication syndicale qui sera égrenée par l’intervenante. Au nombre desquelles, elle énumère entre autres, le relèvement de l’âge de départ pour la retraite, de celui de la valeur du point indiciaire en fonction des catégories de fonctionnaires, l’intégration à la fonction publique de plus de 33 milles nouveaux cadres… A côté de ces résultats, elle va cependant, rappeler que de nombreux défis restent encore à relever. Notamment, la cherté de vie, la faiblesse du pouvoir d’achat, la corruption, le glissement de la monnaie, la révision du statut de la BCRG, la recrudescence de l’insécurité, la persistance des barrages de contrôle, la mauvaise gouvernance, le malentendu au sommet de l’Etat. Devant la crise alimentaire qui secoue le monde, l’inter centrale a invité le gouvernement à créer toutes les conditions pour mettre en valeur les vastes pleines agricoles dont regorge le pays afin d’y résoudre la problématique de l’autosuffisance alimentaire. Avant de terminer ses propos, Mme la secrétaire générale de la CNTG a tenu à lancer un appel pressant en direction du gouvernement et de la BCRG pour la mise en place d’un syndicat à la police.

La deuxième allocution, qui a exclusivement porté sur les comptes-rendus des travaux du comité de suivi et d’évaluation, a été présentée par Dr. Ibrahima Fofana. Le secrétaire général de l’USTG dans son intervention va longuement faire un commentaire sur le niveau d’application des accords dits tripartites ainsi que sur les mesures d’accompagnement proposées par le gouvernement visant à atténuer, au niveau de la population, les incidences négatives des dernières décisions de réajustement des prix de produits pétroliers à la pompe. Tout en appréciant le climat de sérénité, de franchise et de compréhension mutuelle qui a caractérisé les travaux, Dr. Fofana reconnaît que ce comité a permis d’évaluer intégralement les accords de 2006 qui portaient exclusivement sur les conditions de vie et de travail des travailleurs ainsi que des populations guinéennes. Parlant des accords de l’année 2007, le secrétaire général de l’USTG a fait remarquer que les revendications en cette année étaient fondamentalement à caractère politique, puisqu’elles posaient les problèmes liés au développement et à la gouvernance guinéenne. Sur ces différents points de discussion relatifs aux accords de 2007, il a avoué que le comité a accusé beaucoup de lenteur. En raison, précise-t-il, d’un besoin d’adaptation et de réactualisation de certaines composantes de ces dits accords. Tel est le cas de la révision des prix du Carburant et les mesures d’accompagnement proposées.  A ce niveau, Il a indiqué qu’aucun consensus n’a pu, pour le moment être dégagé des négociations entre le gouvernement et les syndicats. En terme de mesures d’accompagnement à court terme, Dr. Fofana a annoncé la décision du gouvernement de suspendre des droits de taxe sur les produits de premières nécessités. A l’en croire, cette  mesure doit s’accompagner par un contrôle des prix sur le marché. Pour sa part le ministère en charge du Commerce aurait donné quant à lui l’information que 500 contrôleurs sont déjà prêts à être déployés dans ce sens sur le terrain. S’agissant du relèvement du  niveau des indemnités de transport, il a révélé que les syndicalistes et le gouvernement ne sont pas encore parvenus pour l’instant à un accord à ce propos. Jusqu’au mercredi 30 Avril, les négociations achoppaient sur ces questions. Par rapport à la crise alimentaire surtout pour faire face à la période de soudure, il a témoigné que le gouvernement vient de bénéficier de la part du FMI et de la Banque Mondiale  d’une subvention de 30 millions de Dollars US. Une autre enveloppe de 500 mille dollars aurait été acquise pour l’expérimentation des cantines scolaires en milieu rural.

Les festivités prendront fin par les discours de Elhadj Youssouf Diallo au nom du Patronat et du ministre de la Fonction Publique. Elhadj Mamadou Sylla, lui, sera convié à prendre part aux festivités organisées par l’intersyndicale de Magbè Bangoura, dans la commune de Matam. Ce qui illustre bien la division au sein du CNP-Guinée et des syndicats.

Les grands absents à cette fête ont été le Premier ministre, Lansana Kouyaté et le Président de l’Assemblée Nationale, M. Aboubacar Somparé, qui ont tous deux boudé la cérémonie. Les mauvaises langues affirment qu’ils craignaient d’être pris à partie par les travailleurs, qui, durant les festivités de l’année dernière avaient eu à huer certaines personnalités.

Camara Moro Amara
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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