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La mort du président Conté, survenu de façon inattendue, aurait conduit à un désordre certain, si l’armée ne s’était pas emparé du pouvoir, pour imposer l’observation d’une période transitoire – sous sa propre gestion – en attendant qu’il soit ouvert une voie à des élections.
A cent jours de sa gestion du pouvoir transitoire, le président Moussa Dadis Camara s’est investi d’une légitimité populaire, grâce aux actes posés et aux dispositions prises pour faire rendre à l’Etat ce que les voleurs et les délinquants financiers lui ont pris.
C’est dire que la période transitoire est d’autant plus indiquée pour l’assainissement des finances publiques, qu’il faudra accorder au président Dadis le temps nécessaire. Aussi, se demanderait-on à quoi servirait d’aller à des élections anticipée, quand le cadre politique qui doit servir de fondement à une véritable démocratisation est absent. Si la transition devrait être bouclée à décembre 2009, les efforts déployés par le pouvoir transitoire ne seraient que peine perdue. Puisqu’il faut oser reconnaître que ce qui n’aura pas été possible pendant la transition, en termes de redressement de l’Etat, ne saurait l’être après. Si la transition en cours devait être perçue comme un mal, ce serait donc un mal nécessaire, tout comme les douleurs qui génèrent la délivrance.
Les partis politiques auraient dû, plutôt, mettre à profit cette période pour s’atteler à la formation civique de leurs militants et ceux qui ont encore du temps consacré. Malheureusement, c’est à une démobilisation populaire qu’on assiste, à une campagne de propagande visant à mettre le leader politique avant son programme, à privilégier ses moyens financiers sur ses compétences réelles.
Ce ne serait pas exagéré de dire que la classe politique guinéenne fait peur. Son implication dans ce que fut la Guinée sous le système politique défunt étant d’autant prouvée, que ses participations aux différentes élections, sous feu Conté, n’auront fait que légaliser un pouvoir disqualifié par ses abus. Nos inquiétudes sont que la classe politique, dans ses dimensions actuelles, produira diffilement un chef d’Etat qui puisse répondre à l’attente des guinéens. L’usure du temps ayant eu raison de bien de ces acteurs politiques dont les ambitions démesurées coupent le souffle à tout citoyen averti. Plus de 60 partis politiques sont sur la ligne de départ, pour une course au pouvoir qui reservera bien des surprises. Déjà, certains leaders affirment qu’ils ont gagné ‘’le fauteuil électrique’’ et tous les strapontins de la prochaine Assemblée Nationale. Drôles de rêves pour des hommes qui se disent intelligents et doués de raison. A moins que l’on prenne les guinéens pour des naïfs.
Evidemment, ceux qui n’ont jamais été vus à l’œuvre, s’en prennent à leurs compatriotes ayant participé à la gestion des affaires de l’Etat sous le régime Conté, accusant ceux-ci d’être impliqué dans ce que nous avons vécu.
Histoire de rassurer sur leur bonne moralité, pour n’avoir pas eu l’occasion de prouver le contraire. L’on se demanderait qui aurait pu résister aux tentations sous l’ancien système. Dans notre pays, les discours seront toujours les mêmes, tenus par les mêmes. Tout haut cadre est propre avant qu’il ne soit associé à la gestion des affaires de l’Etat. Mais est-ce suffisant pour le fonds de commerce politique que tentent de nous livrer les marchands d’illusions.
La période transitoire est moins préoccupante que l’après-transition. C’est ce qu’il ne faudra pas perdre de vue. Malheureusement, habitués aux chants des sirènes, aux beaux discours, aux promesses mirobolantes, de nombreux citoyens se laisseront encore mener en moutons de Panurge. Notre sous développement est mental.
Voilà l’amertume !
Thierno Dayèdio Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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