vendredi 14 mars 2008
Une braderie coupable !
Lansana Kouyaté

Nous assistons depuis quelques semaines à la volonté du gouvernement Kouyaté de vendre les bijoux de famille. Il parle de privatisation. Mais en réalité, il s’agit d’une braderie. Le groupe Gesficome, Merca et le CRED fait le diagnostic de la situation.

Nous sommes très surpris de l’attitude de M. Kouyaté qui engage la Guinée dans des contrats dont l’utilité n’est nullement démontrée et hypothèque de manière incroyable l’avenir de nos enfants.

Nous sommes très surpris de l’attitude de M. Kouyaté qui engage la Guinée dans des contrats dont l’utilité n’est nullement démontrée et hypothèque de manière incroyable l’avenir de nos enfants.

Pour cela, nous prendrons trois exemples récents,  qui effraient beaucoup de spécialistes :

-          La signature par le  gouvernement avec une société espagnole portant sur la culture du « jatropha » pour la production de biocarburant ;

-          La signature par ce même gouvernement d’un contrat avec le groupe Boloré  pour la gestion du Port autonome de Conakry (PAC) et de l’aéroport International de Conakry ;

-          Le fait que les institutions de Bretton Woods  (FMI et Banque Mondiale) renouent contact avec la Guinée.

Passons en revue ces quelques exemples.

Le fait que l’on accepte la présence de sociétés étrangères notamment espagnoles dans l’agriculture pour une production agricole de « jatropha » qui sera faite au détriment de nos cultures vivrières pose un sérieux problème. La production de « jatropha » sera faite pour produire des biocarburants.  Alors que  près de huit millions de Guinéens (80%) ne mangent pas à leur faim, on peut s’interroger sur une telle opportunité. Le risque : voir naître une concurrence entre ceux qui veulent manger et ceux qui veulent rouler. En effet,  dans la mesure où les terres utilisées pour la culture de ces biocarburants seront très certainement les plus arables sans compter le risque de l’utilisation des OGM qui peuvent détruire d’autres productions. De plus, les OGM sont issus de la stratégie des entreprises multinationales qui essaient d’imposer leurs semences brevetées sans se soucier de l’impact sur la nature, dissémination, atteinte à la biodiversité, risques sanitaires… Aujourd’hui, nos paysans peuvent garder pour la semence par exemple de riz, une partie de leur production. Qu’en sera-t-il demain si toutes les semences deviennent brevetées, donc, que nos paysans devront payer pour y avoir accès ? Le risque est tellement grand que même dans les pays développés, les gouvernements sont très prudents sans compter que certains gouvernements européens rejettent totalement les OGM. L’Etat guinéen n’a ni les moyens ni les compétences pour nous garantir de la non nocivité de cette production. De plus, pensez-vous que si cette société est venue en Guinée, c’est parce qu’elle aimerait participer à la prospérité des Guinéens ? N’y a-t-il pas plus de terres arables en Espagne qu’en Guinée ? Nous vous rappelons que la superficie de l’Espagne fait près de deux fois celle de la Guinée.


N’est-il pas plus judicieux pour notre pays de travailler avec des entreprises ou des organisations agricoles qui produisent nos cultures vivrières (riz, fonio, maïs, manioc,…), qui ont une technologie compétitive pouvant facilement être intégrée et exploitée par nos paysans ? En tenant compte de nos réalités, nous pensons aux technologies agricoles chinoises qui peuvent être plus facilement transférables auprès de nos paysans.

La signature avec le groupe Boloré de l’agrandissement et de  la gestion du Port autonome de Conakry (PAC) n’est-elle pas en réalité faite au détriment de la Guinée ? L’argument qui consiste à dire que cela se passe ainsi dans beaucoup de pays n’est pas crédible. Le port maritime de Conakry et l’aéroport sont des lieux où l’économie interne est en relation avec l’économie mondiale. De plus, un pays en développement ne peut pas confier à une entreprise privée (qui cherche à maximiser son profit à court terme) des organisations aussi stratégiques, qui sont des outils de développement.


De plus, les mêmes conseillers des organisations dites « internationales », FMI, BM… avec l’appui de dirigeants guinéens corrompus nous demandent d’emprunter des moyens financiers auprès d’elles, afin de financer l’agrandissement du port maritime de Conakry ; mais, s’agissant de la gestion, la Guinée va confier la gestion à un groupe privé en l’occurrence le groupe Boloré.

C’est une approche qui est méprisante pour l’ensemble des Guinéens. En effet, nous allons nous endetter pour investir, mais, au lieu de profiter de nos investissements, nous allons confier le fruit de nos investissements à une entreprise privée qui soit n’a pas investi un franc dans l’affaire ou alors dans le meilleur des cas, a cherché à n’avoir qu’un investissement symbolique. La légitimité du profit en économie est la prise de risque, ici, l’investissement.

Comment peut-on investir et laisser les résultats de cet investissement à une tierce personne ? L’argument qui consiste à dire que l’Etat guinéen peut s’endetter à des taux d’intérêt faibles n’est pas convaincant. De qui se moque t-on ?

Cela nous rappelle la bêtise qui a été faite avec l’ex Société Nationale d’Electricité (SNE) qui a été scindée en deux entités Enelgui appartenant à l’Etat guinéen (qui devait supporter tous les investissements notamment la construction des barrages hydro-électriques en s’endettant auprès de la BM), qu’ils ont appelé Société de patrimoine, et la Sogel  (Société de gestion) qui devait juste gérer c'est-à-dire récolter les fruits de l’investissement d’Enelgui.  Nous voyons le résultat de ce choix inique pour la Guinée : ni eau, ni électricité.

Quand il y a un problème d’électricité ou d’eau, la société de gestion (entreprise privée) accuse la société de patrimoine (entreprise publique) de ne pas avoir fait les investissements nécessaires pour la production d’électricité ou d’eau.

Avec le projet d’agrandissement du Port maritime de Conakry et la volonté de confier la gestion du port maritime et de l’aéroport à un groupe privé, le groupe Boloré, les mêmes causes produisant les mêmes effets, alors le résultat sera le même.

Enfin, le fait que la Guinée renoue avec le FMI (fond monétaire International) et la Banque Mondiale (BM) n’augure rien de bon pour la Guinée. Ces organisations nous font en permanence croire que leur présence nous permet de sortir de la pauvreté. Réellement, leur présence au contraire, dans nos pays, entraîne l’accélération de la pauvreté dans la mesure où ces institutions pratiquent dans nos Etats les mêmes politiques économiques sans tenir compte d’aucune réalité locale. De plus, contrairement à ce que certaines personnes font croire, les choix en matière de politique économique ne sont pas neutres. L’économie n’est pas une science exacte !



Dans plusieurs de leurs publications, le FMI et la BM reconnaissent qu’ils ont échoué. Malgré tout, ils continuent à pratiquer la même politique. En gros, ces institutions cherchent à restreindre la consommation dans nos pays qui est constituée en moyenne à 97% d’alimentation ! et donc, de fait, augmentent la famine.

Tous les efforts demandés aux populations guinéennes (chômage massif, perspectives d’avenir bouchées pour l’ensemble de la population, éducation et santé à l’abandon…) ont pour unique objectif le remboursement des dettes, que les signataires guinéens des contrats ont empoché pour leur compte personnel. La seule aide que le FMI et la BM peuvent faire pour la Guinée, c’est de pouvoir aider la Guinée à récupérer les sommes volées à la Guinée

Le FMI est-il prêt à ce changement?

Alpha-Malal BARRY
Economiste, Coordonateur du groupe Gesficome, Merca et Cred

Retour     Imprimer cet article.    


Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011